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Full text of "MIE 17 Pallary, Paul - Marie Jules-César Savigny 1, La vie de Savigny (1931)"

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MEMOIRES 


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A L’INSTITUT D'ÉGYPTE 


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M. PAUL PALLARY 


PREMIERE PARTIE. 


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D’ARCHÉOLOGIE ORIENTALE 






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ET PUBLIÉS SOUS LES AUSPICES 
DE 

SA MAJESTÉ FOUAD P, ROI D’ÉGYPTE 


TOME DIX-SEPTIÈME 




E CAIRE 


IMPRIMERIE DE L’INSTITUT FRANÇAIS 


D’ARCHÉOLOGIE ORIENTALE 


1931 






















MARIE JULES-CÉSAR SAYIGNY 


SA VIE ET SON OEUVRE 

PAR 

M. PAUL PALLARY 

LAURÉAT DE L’ACADEMIE DES SCIENCES, 

DE L’ACADEMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES, 

DE LA SOCIÉTÉ D’ETHNOGRAPHIE (MEDAILLE JOMARd), 

DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE ET DE LA SOCIETE D’AQUICULTURE DE FRANCE; 
MEMBRE HONORAIRE DE L’INSTITUT D’ÉGTPTE ; 

CORRESPONDANT DU MUSEUM. 


PREMIÈRE PARTIE 


LA VIE DE SAJIGNY 


















f 






V 


I 






Médaillon de Savigny, à l’âge de 24 ans (1802) 
par David d’Angers. 


IMP. CATALA P«.S. 


_ 



























AVANT-PROPOS. 


Quand nous avons publié, en iga6, /Explication des planches de 
Savigny, nous ignorions ce quêtait devenue sa collection. De Savigny, 
lui-même, nous ne savions que très peu de chose. 

Les trouvailles que nous avons faites de sa collection et de ses ma¬ 
nuscrits nous éclaire-davantage sur son existence et celle, inséparable, 
de son admirable compagne. 

U ouvrage que nous publions aujourd’hui ne fait pas double emploi 
avec celui de igaô : il en est seulement un gros complément. Nous le 
plaçons également sous le patronage de l’Institut d’Égypte qui pour¬ 
suit, si brillamment, les traditions de son glorieux aîné. 

Nous partageons ce travail en deux parties : 

La pi emiere est consacrée a la. vie de Savigny, sans nous étendre 
sur ses travaux. 

La deuxieme, au contraire, sera exclusivement consacrée à ceux-ci. 


Beyrouth, le i er mars ig3i. 








































PRÉFACE. 


Fin avril 1927 j’allai rendre une visite d’adieu à mon vieüftmi M. 
Ganu, à Versailles. Peu de temps auparavant l’Institut d’Égypte avait 
publié une Explication des planches de Savigny dont je suis un des 
auteurs. M. Ganu, étant membre honoraire de l’Institut, avait donc 
reçu l’exemplaire des Mémoires qui lui revenait. 

Or, depuis plusieurs années, dormaient dans les sous-sols de la 
Bibliothèque de la ville de belles collections eonchyliologiques et 
minéralogiques que l’ignorance d’un conservateur avait reléguées 
pêle-mêle dans cet endroit comme s’il s’agissait d’objets de rebut. 
Mais M. Ganu, qui avait eu plus d’une occasion de les examiner pour 
essayer de les sauver de la destruction, avait remarqué que certaines 
des coquilles ressemblaient étrangement aux figures des planches de 
Savigny que l’Institut avait rééditées avec le plus grand libéralisme. 
H me fit donc part de ses soupçons que la collection de Savigny, 
dont nous ignorions le sort et regrettions la disparition, pouvait bien 
être là. Il me priait de consacrer quelques instants pour m’assurer si 
réellement les coquilles concordaient bien avec lés figures du splen¬ 
dide Atlas que tous les naturalistes connaissent. 

Je n’eus pas de peine à reconnaître, en effet, que certaines de ces 
coquilles étaient bien celles qui avaient servi pour l’illustration des 
planches. 

Mais il était tard, et mon séjour à Paris touchait à sa fin, car je 























- IV 


devais retourner au Maroc. Cependant la trouvaille était d’importance 
et offrait pour moi trop d’intérêt pour ne pas chercher à en avoir 
une confirmation plus précise. Je consacrai donc toute la journée du 
lendemain à l’examen des tiroirs. 

Les meubles dans lesquels étaient logés les tiroirs se trouvaient 
dans deux petites pièces sombres et humides, pavées de galets. Pêle- 
mêle, fraternisaient fossiles, mollusques marins, fluvial des et terres¬ 
tres, la plupart sans étiquettes, recouverts d’une épaisse couche de 
poussière noire. Dans une pièce attenante, des fossiles et des miné¬ 
raux gisaient en vrac dans des caisses, des tiroirs ou des vitrines. Et 
cependant c’étaient là des collections classiques, célèbres du vivant 
de leurs possesseurs : c’étaient la collection des roches pyrénéennes 
du général De Nansouty, et la splendide collection minéralogique de 
ïïuot, l’importante réunion des roches et fossiles, rapportée d’Égypte 
par Savigny, et les superbes séries paléontologiques locales qui fai¬ 
saient l’admiration des visiteurs. Toutes furent également traitées, 
sans le moindre ménagement. 

Ainsi donc l’impéritie d’un conservateur ignorant avait causé la 
destruction de ces importants documents. Pour arriver à ce résultat 
celui-ci avait surpris la bonne foi de M. Simon, alors maire de Ver¬ 
sailles, et profité du désarroi causé par la guerre. 

En temps normal un pareil acte de vandalisme n’aurait pu se pro¬ 
duire. 

Je consacrai donc toute une journée à chercher dans ce fouillis les 
coquilles de Savigny. J’en retrouvai plusieurs; mais ne pouvant pro¬ 
longer plus longtemps mon séjour, je me bornai à faire part de ces 


V 


constatations, en l’absence du professeur Joubin, à M. E. Lamy. Et 
je rentrai à Oran. j. 

Après une centaine d’années d’oubli, l’annonce que la collection 
Savigny était retrouvée fit sensation au Muséum. Un accord intervint 
rapidement entre le Directeur du Muséum, M. Mangin, le professeur 
Joubin et M. Ganu, en qualité de délégué de la Société des sciences 
naturelles de Seine-et-Oise. Il fut convenu que je serais chargé de 
dégager de l’amas qui gisait dans les caves de la bibliothèque de Ver¬ 
sailles tout ce qui avait appartenu à la collection Savigny. Les moyens 
m’en furent libéralement accordés par le Muséum et le Gouvernement 
général de l’Algérie voulut bien aussi contribuer à cette tâche en me 
procurant les moyens de traverser la Méditerranée. 

C’est ainsi que je vins m’installer à Versailles le 20 août et que je 
passai quatre mois à dégager, pièce par pièce, non seulement les 
mollusques, mais encore ce qui restait en fait de polypiers, bryozoai¬ 
res et oiseaux. 

Je fais grâce au lecteur de ce que fut ce travail effectué dans les 
conditions que j’ai exposées plus haut. J’aime dire tout de suite que 
mes recherches eurent un résultat plus heureux que je ne l’espérais. 

Non seulement la collection type fut reconstituée presque com¬ 
plètement mais je retrouvai les éléments de la collection générale 
formée par Savigny en Égypte et restée inconnue, sa collection 
d’étude, ainsi qu’une série de coquilles recueillies par lui au cours 
de son voyage en Italie. 

Mais à cela ne se bornèrent pas nos trouvailles, car nous eûmes 
l’agréable surprise de retrouver dans la bibliothèque cinq grands vo¬ 
lumes des vélins originaux des planches concernant les crustacés. 














VI 


mollusques, polypiers, bryozoaires et échinodermes, et dix grosses 
liasses de manuscrits. 

La réunion et l’inventaire des collections une fois terminés, nous 
les fîmes transporter au Muséum où nous les installâmes le 12 octo¬ 
bre. Le plus gros dépôt revint naturellement au Laboratoire de Mala¬ 
cologie. Ainsi cette importante collection est maintenant à la disposi¬ 
tion des naturalistes. 

D’autre part, avec les doubles de la collection j’ai constitué une 
série qui restera dans le Musée de la ville de Versailles en souvenir 
de Savigny. 

Plus tard, des démarches entre le Muséum, le Ministre de l’Ins¬ 
truction publique et la ville de Versailles amenèrent également à la 
bibliothèque de notre grand établissement national les vélins et les 
précieux manuscrits que nous avions si heureusement découverts, M. 
Ganu et moi. 

L’assemblée des professeurs du Muséum voulut bien nous témoi¬ 
gner sa satisfaction pour ce travail : ce dont nous fûmes bien heureux. 

Dé plus, M. Ganu reçut, en 1 901, la croix de la Légion d’iion- 
neur, juste hommage rendu à une vie de labeur et de désintéresse¬ 
ment, aux services rendus aux sciences naturelles et, en particulier, 
à l’étude des Bryozoaires. 

Pour terminer cette introduction, il me reste encore à déclarer le 
concours actif que j’ai trouvé auprès du bureau de la Société des 
sciences naturelles de Seine-et-Oise, de mon actif collaborateur et 
ami de vieille date, M. F. Ganu, de M. Chabrol, de Provins, qui me 
procura d’utiles renseignements et me servit de guide dans la ville 
natale de Savigny. Je lui dois encore la copie des notes originales de 


vn 


l’exemplaire de l’Expédition d’Egypte déposé à la bibliothèque de 
cette ville. 

La recherche des testaments de Savigny et de M ,le Letellier, con¬ 
servés chez M e Monjou, notaire, place Hoche à Versailles, a pris 
également beaucoup de temps. Aussi, en plus de M. Canu, je dois 
mentionner M. Houth, qui a collaboré activement à ces recherches. 

Je suis redevable au général Paul Azan, directeur du Service his¬ 
torique de l’État major de l’Armée, qui a laissé de si bons souvenirs 
en Oranie, d’avoir pu consulter les importantes archives du Ministère 
de la guerre, ce qui m’a permis d’y retrouver plusieurs documents 
intéressants. 

J’ai surtout de grandes obligations à M. Dehérain, bibliothécaire 
de l’Institut, au D r Dorveaux, et à M. Bultaingaire, bibliothécaire 
du Muséum, dont l’amabilité et l’érudition ont grandement facilité 
mes recherches. G’est un réel plaisir de travailler avec des savants 
aussi complaisants. 

Enfin je dois à l’amabilité de M. Chevalier fils les photographies 
de la maison natale et de la tombe de l’infortuné naturaliste. 

Ainsi donc, il y a cinq ans, nous né savions que très peu de choses 
de Savigny. Lue modeste brochure à peu près ignorée nous rensei¬ 
gnait seule sur sa vie ou plutôt sur les derniers actes de sa vie. 

Les dictionnaires sont très sobres de détails sur lui et bien souvent 
disent des choses inexactes. Et c’est à peine si les historiens de 
l’Expédition d’Égypte mentionnent son nom. Son contemporain et 
homonyme, l’illustre jurisconsulte allemand, semble plus spéciale¬ 
ment avoir attiré l’attention des biographes, a ce point que le 

















VIII 


médaillon du naturaliste par David d’Angers es! attribué à son homo¬ 
nyme dans le Catalogue officiel du Musée du Louvre (1) . 

Infortuné savant! L’oubli injuste dans lequel il a été si longtemps 
laissé va enfin cesser. 

Et cependant Savigny a exercé une grande influence sur les natu¬ 
ralistes de son temps. Il n’y a guère que Cuvier dont les œuvres 
ont eu autant de retentissement. On ne peut ouvrir aucune publica¬ 
tion entre 1800 et i 85 o sans voir la place importante que tenait 
Savigny comme naturaliste. Ses articles ont été traduits dans plu¬ 
sieurs langues et commentés comme ceux d’un maître. 

Mais l’oubli est venu et la noire poussière versaillaise a recouvert 
ses belles collections. Seules, les fondations de son admirable com¬ 
pagne à l’Institut et à la ville de Provins perpétuent encore sa mé¬ 
moire. Le pieux souvenir de ses concitoyens est toujours aussi vivace 
et chaque année des jeunes gens bénissent son nom. 

Savigny ne fut pas seulement un grand naturaliste : il fut aussi 
un homme au grand cœur. 

Oran-Versailles, mars-juillet 1 9 3 1. 


W Musée national du Louvre, Catal. des sculpt. du Moyen âge, de la Renaissance et des 
temps modernes, XI e partie, 1322, p. h 6 : 

Médaillons de David d’Angers — 1176 Savigny (Fréd. Ch. A) — diam. 0,1g. 
Par un carieux hasard, un Savigny de Moneorp, invité par le Khédive à l’inaugu¬ 
ration du Canal de Suez, probablement à cause de son nom, a publié en 1878, chez 
Hachette, le Journal d’un voyage en Orient, i 86 y-i 8 yo, Egypte-Syrie- Constantinople. 
Mais nulle part dans ce livre ne figure le nom de notre naturaliste. 


MARIE JULES-CÉSAR SAVIGNY. 


SA VIE ET SON OEUVRE 

PAR 

PAUL PÀLLARY 

LAURÉAT DE L’ACADEMIE DES SCIENCES, 

DE L’ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES LETTRES, 

DE LA SOCIÉTÉ D’ETHNOGRAPHIE (MEDAILLE JOMARDj, 

DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE ET DE LA SOCIETE D’AQUICULTURE DE FRANCE, 
MEMBRE HONORAIRE DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE, 

CORRESPONDANT DU MUSEUM. 


CHAPITRE PREMIER. 

LE BERCEAU. 

La ville de Provins est accessible par la route et la voie ferrée de Paris- 
Bâle, dont le rapide franchit les 89 kilomètres qui la séparent de Paris en 
1 h. 20. Le voyageur venant de Paris doit descendre à la station de Longue¬ 
ville, où l’attend un train qui part aussitôt après l’arrivée du rapide et le con¬ 
duit à Provins, qui n’est éloigné que de 7 kilomètres, après un court ar#êt 
à Sainte-Colombe. 

C'est une bien gentille petite ville que Provins! Elle s étale au pied et sur 
une colline déterminant ainsi deux quartiers : la ville haute et la ville basse. 

Sur la ville haute sont les restes des anciens remparts de celle-ci, l’abbave 
de Saint-Jacques, le refuge des moines de Preuilly, et surtout la Grosse J our 

Mémoires de l'Institut d'Egypte, t. XVIL 1 



















— 2 — 


du Roi, qualifiée par le commun de «Tour de Césarn, donjon qui date du 
xu c siècle, car Provins fut surtout une ville cléricale du xn e au xvi e siècle. 

On admire encore les débris de l’ancien palais des comtes de Champagne 
qui furent les seigneurs de la ville après les comtes de Yermandois, de Blois 
et de Chartres. 

Provins est la capitale de la Brie, célèbre par ses fromages. Elle a donné 
son nom à une variété de roses, utilisée en pharmacie et en confiserie. 

Ses habitants sont des Provinois. 

La ville basse est moins riche en vestiges du moyen-âge, mais elle l’est da¬ 
vantage en maisons du xvn e siècle, dont elle garde coquettement de beaux 
échantillons, telle sa bibliothèque. 

Une jolie petite rivière, la Voulzie, chantée par Hégésippe Moreau, la tra¬ 
verse paresseusement en décrivant de nombreux détours. Des lavoirs bas 
égaient ses rives et quelques petites industries, teintureries, minoteries, uti¬ 
lisent la lorce de son courant. 

La ville basse est bien plus active que la ville haute; on y voit davantage 
de mouvement. Les dragons y ont leur cantonnement depuis un temps immé¬ 
morial. 

Quant à la ville haute, cest la cité du silence, celle qu’il faut recommander 
aux surmenés des grandes villes, aux intellectuels fatigués pour y faire une 
cure de repos cérébral. 

Provins s’enorgueillit de quelques-uns de ses fils qui ont rendu son nom 
célèbre : Guyot de Provins, l’illustre amiral Nicolas de Yillegagnon, qui accom¬ 
pagna Charles-Quint dans son expédition sur Alger, Toussaint Rose, qui fut 
secrétaire de Louis XIV, des savants, Savigny et Nocard, des poètes et litté¬ 
rateurs, Pierre Lebrun, Pierre Dupont, Hégésippe Moreau et Lenient. Encore 
en oublions-nous! 

Savigny, le seul qui nous intéresse dans cette pléiade, a sa maison natale 
encore très bien conservée sur la place du Châtel, où elle porte le n° 1. C’est 
un bâtiment élevé d’un premier étage qui a façade sur la place et dont un 
des côtés est en bordure d’une petite impasse. C'est sur cette dernière face 
qu’on admire deux fenêtres de style gothique encore en fort bon état. 

Cette maison appartient actuellement à M. Chevalier, dont un des fils, 
ingénieur, a bien voulu la photographier à notre intention. Au-dessus la mu¬ 


— 3 - 


nicipalité, dans une pieuse pensée, a fait placer une plaque de marbre qui 
porte cette inscription : 

ICI EST NÉ 

M. J. C. LELORGNE DE SAVIGNY 
LE 5 AVRIL 1777. 

Face à la maison de Savigny, de l’autre côté de la place, est l’ancien hôtel 
de la Coquille, dont la porte s’orne d’une coquille de pèlerin sculptée sur la 
ciel de voûte. 11 servait de relai pour les rouliers qui allaient à Paris ou en 
venaient. 11 appartient à factuel conservateur du Musée et de la Bibliothèque 
de Provins, M. Robillot, ancien juge de paix de la ville. 

Dans les environs, commune de Saint-Hiüiers, et dans le hameau qui porte 
le nom de Savigny, existe une ferme importante qui porte également le nom 
de Savigny. 11 est certain quelle n’a pas appartenu au père du naturaliste, 
mais il est bien plus probable qu’elle a été la propriété d’un de ses parents du 
côté paternel. En tous cas le nom a été conservé jusqu’à nos jours puisqu’il 
figure sur des affiches annonçant la mise en vente de cette propriété en 1929. 

D’autres affiches signalent tous les ans aux Provinoîses la distribution du 
legs Savigny et sollicitent les candidatures au bénéfice de celte fondation. 
Nous reparlerons plus loin de cette généreuse initiative à laquelle la baisse 
actuelle du franc a, malheureusement, beaucoup fait perdre de sa valeur. 

Le nom de Savigny est assez répandu dans l’est et le centre de la France. 
Nous connaissons plus de trente localités qui portent ce nom, ce qui tend à 
faire croire que c’est une ancienne appellation, peut-être gauloise, qui s’ap¬ 
plique au terroir et dont la signification est aujourd’hui perdue. 

Ce nom de Savigny a été déjà porté par un écrivain, Christophe de Savigny, 
né en i53o dans les Ardennes^ 1 ), et par le contemporain du naturaliste, le 
savant jurisconsulte allemand, Frédéric Charles de Savigny, né à Francfort - 
sur-le-Mein en 1779, mort à Berlin en 1861, qui est un des créateurs de la 
science du droit en Allemagne. 


(1) Voir, pour ce nom et le suivant, le Grand dictionnaire Larousse , quoiqu’il ne soit pas toujours bien 
exact surtout en ce qui concerne le naturaliste. Ainsi celui-ci n’est pas cité dans l’article consacré à 
Provins. Il est dit de plus qu’il a fait un voyage en Chine, ce qui n’a pas eu lieu. Enfin ou lui attribue 
Y Explication des planches de l'Expédition d'Egypte (i836), alors que c’est Àudouin qui en est Fauteur. 















_ 


CHAPITRE II. 


L’ENFANCE. 


C’est dans ce cadre harmonieux, dans le calme et la vie paisible de la pe¬ 
tite capitale de la Crie, dans cette maison de la ville haute, en bordure de la 
place du Ghâtel, dont nous venons de parler et qui appartenait à sa famille 
depuis plusieurs générations, que Savigny est venu au monde, le 5 avril 
J 777’ qu’il y a passé son enfance. 

Il était le fils de Jean-Jacques Lelorgne de Savigny, bourgeois (dit Pacte 
de naissance), et de dame Françoise Josèphe de Barbaud, d’origine noble et 
de situation aisée. 

11 fut baptisé deux jours après en l’église de Saint-Ayoul. Son parrain fut 
J. B. Belly, vicaire de la paroisse, et sa marraine Marie Marguerite Lelorgne 
de Savigny, sa tante paternelle. 

11 comptait dans son ascendance un oncle, conseiller du Roi, officier en 
1 élection de Provins, maître Louis Lelorgne de Savigny, décédé le î o octobre 
*762, qu’il ne connut donc pas. Sa parenté était d’ailleurs peu nombreuse 
et nous ne lui connaissons qu’un seul cousin qui lui ai survécu : Henry Le¬ 
lorgne d’ideville W. 

Il neut qu une sœur, Amable Eléonore Louise Josèphe, ne'e le 22 mars 
1 779 » q ui P or t a il les mêmes prénoms que son aïeule paternelle et qui épousa 


'U Le baron Lelorgne d'Ideville, ancien secrétaire de l'Empereur, maitre des requêtes au Conseil 
d’Etat et membre de la Chambre des députés. 

H avait encore comme parents : Louis Etienne Grespin de la Radiée, ancien conseiller du Roi, 
Lieutenant général au Bailliage et siège présidial, président du Tribunal civil de Provins, qui ne l’a 
précédé que de quelques mois dans la tombe, et le capitaine Hector Besaard. du ioo a régiment 
d infanterie, qui Yy suivit de deux mois! Il légua son épée à l’officier qui commaudait le détache¬ 
ment chargé de lui rendre les honneurs. 





























— 6 — 


un M. Louis Delezenne. Nous n’avons pas d’autres renseignements sur elle, 
sinon qu’en 1882 elle avait plusieurs enfants et habitait Perpignan. 

Son enfance fut heureuse. Doué d’une vive intelligence et d’une curiosité 
précoce, il lui arrivait fréquemment de s’échapper de la maison paternelle, 
et, par les ruelles voisines, d’aller rendre visite aux Génovéfains de Saint- 
Jacques (Congrégation de France) qui, séduits par sa gentillesse, l’accueillaient 
toujours avec plaisir : ils étaient frappés de sa curiosité, des questions qu’il 
posait, car, dit son historiographe W, il les questionnait souvent et à propos. 

Sa plus grande joie était de feuilleter les livres à images et d’en demander 
1 explication. Aussi le prieur, le R.P. Michel Guignace de Villeneuve, et le 
bibliothécaire le tinrent en affection, lui apprirent à lire et à compter et, dès 
qui! put lire couramment, lui prêtèrent des livres, ce qu’il désirait ardem¬ 
ment. 


Ce fut au Collège des Oratoriens que Savigny fit ses premières études : il y 
passa six années et étonna ses professeurs par son ardeur au travail. Non con¬ 
tent des leçons qu’il recevait, il rendait fréquemment visite au bibliothécaire, 
le I ere Joseph Moutier (ou Dumoutier)C), qui, comme beaucoup de religieux, 
était un homme non seulement très instruit, mais en même temps très af¬ 
fable, et au lieu d’être importuné par les visites de l’écolier il les stimulait, 
et s intéressait a ses études. Ce fut lui qui lui enseigna les premiers éléments 
de la philosophie et de 1 histoire naturelle. Il mit à sa disposition les trésors 
de sa bibliothèque et lui donna 1 excellente habitude de toujours vérifier ce fjuil 
avait lu, habitude qui! conserva depuis lors et qui lui fut d’un grand secours 
par la suite. 


Dans cette atmosphère de science le jeune étudiant put feuilleter les atlas 
et y suivre les routes des grands voyageurs dont les récits l’émerveillaient. 
Mais ce qui le ravissait par dessus tout était d avoir à sa disposition un micro¬ 
scope. Déjà se dessinaient en lui les deux grandes passions de sa vie, l’amour 
des voyages et 1 étude de la nature, qui décidèrent de sa vocation. Aussi pour 


Le D' Michelin, car c’est lui qui est l’auteur d’une plaquette, fort rare aujourd’hui, intitulée : 
M. J. C. Savigny, Provins i85a, recueil dédié à M"” Letellier de Sainteviile. Nous avons largement 
puisé dans ce recueil. Les passages entre guillemets, sans nom d’auteur, en sont extraits. 

(,) Le I,r Michelin dit de lui que c’était un "homme d’un rare mérite, à la fois savant et candide». 


— 7 — 

se procurer des éléments de travail faisait-il, en la compagnie de ses profes¬ 
seurs, des promenades dans les champs et forêts du voisinage. 11 prit goût 
aux herborisations et commença un herbier qu’il enrichit ensuite et qui resta 
en la possession du couvent jusqu’à la Révolution h). 

Mais ces travaux post-scolaires, comme nous dirions aujourd’hui, ne le dé¬ 
tournèrent pas des études. Avec sa vive intelligence il apprit très facilement 
le latin, le grec et l’hébreu, et son biographe ajoute même qu’en hébreu, 
il aborda intrépidement les aspérités du mappik et du kolem (2 h 

Cette culture, si éclectique, devait favoriser ses goûts naissants pour l’his¬ 
toire naturelle et le seconder grandement dans cette branche. On en eut un 
exemple éclatant lorsqu’il publia son célèbre mémoire sur Y Histoire de l’Ibis, 
où il dut interpréter des textes hébreux et grees. 

II est évident que les bons religieux, émerveillés des progrès de leur élève, 
comptaient bien qu’il entrerait dans les ordres : c’était aussi le désir de ses 
parents. Mais Savigny aimait trop sa mère, l’indépendance et les voyages pour 
se résigner à une vie passive. 

Le jeune étudiant avait quelques occasions d’aller dans la ville basse, sur¬ 
tout lorsqu’il devait aller chercher des médicaments chez un pharmacien 
nommé Opoix (3 h Là encore il se fit remarquer par sa curiosité intelligente. 
Aussi le praticien se faisait-il un plaisir de lui montrer son laboratoire et 
même de le faire assister à quelques expériences île chimie. On pense si le 
jeune César était heureux d’assister à ces manipulations! 

A peine ses études terminées, il devint 1 élève d’Opoix, se fortifia en chimie 
et surtout en botanique. 

Nous laissons maintenant Savigny raconter ce qu’il fit ensuite : 

c-Je n’ai demeuré à la ville basse qu’accidentellement en 1793. J’y ai pris 
rapidement une idée des sciences physiques les plus nouvelles, sous la direc¬ 
tion bienveillante de M. Bellanger, et c’est un fait que j’aime à me rappeler. 


(1) L’ouragau révolutionnaire détruisit de fond en comble l’abbaye de S' Jacques. 

Le mappik est un point qu’on met à la fin d’un mot pour indiquer qu’il faut faire sentir la 

lettre h. Le kolem ou kelem donne le son de ou à la syllabe longue d. 

(’> Je dois ce renseignement à M. Dorveaux, archiviste de l’Institut. Cet Opoix était conseiller 

municipal en 18 h >, lorsque le I )' Leroi vint faire la remise de l’exemplaire de la Description de 
l'Ègypte, que Savigny offrait à sa ville natale- 
















«J ai quitté Provins la même année, à l’âge de seize ans et demi, envoyé 
a J ans sur Je rapport d’une commission de trois examinateurs et conformé¬ 
ment à un décret de la Convention pour y suivre les cours de l’École de Santé W 
Les cours de cette nouvelle école, substitués à ceux de l’ancienne Faculté, 
n étaient pas réservés aussi exclusivement à l’art de guérir. Les sciences pro¬ 
pres à éclairer, à féconder cet art, la physique, la chimie, la botanique et 
d autres branches de l’histoire naturelle devaient y être également enseignées. 
Des cours plus étendus sur ces mêmes sciences, ceux du Muséum d’histoire 
naturelle, en particulier, m’étaient d’ailleurs ouverts.„ 


Z * ** h ° on,e “ ,ion “ <»• . 


pi. i 


Mémoires de l'Institut d’Égypte, T. XVII. 



Photo Chevalier fils. 


Maison natale de Savigny, à Provins. 



Photo F. Canu, 


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Chalet de Gally. — État actuel. 

Vue sur la cour de la ferme. Portion xvm® siècle de l’ensemble. La partie de droite est plus ancienne. 


mp. catala FRtrra 

L 









































































i 


CHAPITRE III. 


SAVIGNY À PARIS. 

Entre temps Savigny avait eu le malheur de perdre son père. Sa mère avait 
du vendre la maison familiale; sa situation était fort critique, et lui-même se 
trouvait dans une gène voisine du dénuement. Aussi, n’ayant pas les moyens 
de payer sa place dans le coche qui faisait alors le service entre Paris et Pro¬ 
vins, ne manquait-il pas, lorsqu’il disposait de deux à trois jours, de faire, à 
pied, les vingt-deux lieues qui séparent Paris de Provins, et, dit encore son 
biographe, le chemin ne lui paraissait long qu’au retour. 

Aussi, dès qu’il eut quelques ressources, il s’empressa de faire venir sa 
mère auprès de lui, tandis que sa tante élevait sa jeune sœur. 

On lira plus loin dans le discours, plein de sensibilité, que Geoffroy Saint- 
Hilaire prononça à ses obsèques, quelles furent les misères qu’endurèrent la 
mère et le fils. Savigny n’avait pas encore vingt ans quand il eut le malheur 
de perdre sa mère. 

A 1 Ecole de Santé, Savigny eut comme professeurs Lagrange, Berthollet, 
Fourcroy. 11 logeait dans une mansarde de la rue Copeau, près du Muséum. 
11 était plein d’ardeur et d’espoir, mais c’était un étudiant pauvre, si pauvre 
qu’il ne possédait qu’un seul habit! 

Mais le voisinage du Muséum était un avantage pour lui : il arrivait le 
premier à l’amphithéâtre et se plaçait le plus près possible de Lamarek, de 
Cuvier ou de Daubenton, notant leurs paroles avec un respect religieux. 

L’assiduité et la tenue singulière de cet auditeur (car son habit était de 
nankin) attirèrent l’attention de ses professeurs. Lamarek, qui avait assumé la 
rédaction de la partie botanique de la nouvelle Encyclopédie, mais qui était 
surchargé de besogne, cherchait des collaborateurs. Son préparateur, Dumé- 
ril, lui proposa son camarade Savigny. Lamarek lui demanda s’il se sentait 
capable de rédiger l’article : Oseille. Savigny accepla et le lendemain matin il 

Mémoires de VInstitut d’Egypte, t. XVII. a 
















wm 


■ ■■■ ' ' 


— 10 — 

remit sa copie. Lamarck la lut et manifesta sa surprise : «Voyons, dit-il, est- 
ce bien vous qui avez écrit cela? En ce cas, pas de fausse modestie : signez 
cet article et dorénavant j’entends que vous ayez l’honneur de votre travail. 
C’est de toute justice. « 

Au Muséum il se lia avec Cuvier, Duméril, Geoffroy Saint-Hilaire, Jussieu, 
Michaud, Payraudeau, à l’amitié desquels il resta fidèle toute sa vie. 

Peu de temps après il fut nommé professeur de botanique à l’Ecole cen¬ 
trale de la Seine Inférieure. Son collègue, l’illustre Cuvier, le trouvait trop 
jeune et pour qu’il eût un air grave il exigea qu’il portât une perruque bien 
fournie. 

Mais il n’alla pas à Piouen, où il fut remplacé par un de ses camarades, 
M. Guersant* 1 * * 4 ), et n’eut donc pas à porter perruque. 

Bonaparte, qui avait de grands projets sur l’Orient, préparait déjà, dans le 
plus grand secret, son expédition d’Egypte. 11 voulait non seulement occuper 
le pays et en faire une base pour une campagne plus lointaine, mais il voulait 
encore l’organiser à sa façon et en faire un modèle de culture française. Dans 
ce but il incorpora au corps expéditionnaire un groupe de savants spécialisés 
dans des disciplines différentes, des artistes, peintres, architectes, arabisants, 
imprimeurs, et des ouvriers d’art qu’il groupa sous le nom de Commission des 
Sciences et Arts (2 b 

Ce fut alors (1798) que Cuvier à qui Bonaparte s’était adressé pour les 
naturalistes, proposa à Savigny de faire partie de cette Commission à titre de 
zoologiste avec Etienne Geoffroy Saint-Hilaire comme collègue h). 

Savigny hésitait : «Eh bien, mon cher ami, la peste vous ferait-elle peur ?a 


(1) Quelques biographes disent que Savigny a fait un voyage en Chine. Outre que lui même 
n'en parle pas, on ne voit pas très hicn à quelle époque de sa jeunesse il aurait pu l’effectuer 
attendu que nous sommes documentés sur sa vie, année par année, à partir de 179 . 

On lui attribue Y Histoire des Dorades de la Chine . Mais c’est à tort car hauteur de cet ouvrage est 
le naturaliste Sauvigny qui Ta publié en 1780 . Or, à ce moment, Savigny n’avait que trois ans! 

Bonaparte avait chargé le général Caffarelli-Dufalga (mort devant Saint-Jean d’Acre) de tous 
les détails concernant cette Commission. 

(S) Cuvier n’était pas encore professeur au Muséum : il n’élait que le suppléant, chargé de cours, 
de Mertrud. le titulaire de la chaire, jusqu’à la mort de ce dernier (7 octobre 1803). 

(4) Geoffroy Saint-Hilaire 11 e devait s’occuper que des animaux vertébrés. Les invertébrés incom¬ 
baient donc à Savigny. 


— 11 


La peste était ce qui préoccupait le moins notre naturaliste. II fit valoir 
qu’il était botaniste et non zoologiste : or c’était un zoologiste qu’il fallait. 

Mais Cuvier, qui avait vu l’homme à l’œuvre et avait apprécié ses mérites, 
fit bien vite tomber ses scrupules : 

«Acceptez donc, vous serez zoologiste quand vous voudrez \v 
Savigny avait alors exactement vingt-et-un ans. 






















CHAPITRE IV. 


LA BASSE-ÉGYPTE. 


De nouveau nous laissons parler Savigny : 

rcJc partis donc, non pour Rouen, niais pour Toulon, où je me rendis 
honore' d'un grade supérieur^). Mes collègues étaient nombreux; nous mon¬ 
tâmes à bord en nous séparant et, le 20 mai 1798^, l’ordre fut donné de 
mettre à la voile. 

Nous étions tous jeunes, brûlant d’impatience, la tête remplie de projets. 
L’émulation était générale; et malgré les revers qui, dans la suite, nous 
assaillirent tant de fois, elle ne fut jamais affaiblie.» 

Cependant, si nous en jugeons par une lettre qu’il adressa à Cuvier (voir 
dans les pièces justificatives), il avait et l’esprit malade» et il se plaint que les 
passagers soient trop nombreux. 

Nous avons heureusement, par Geoffroy Saint-Hilaire, des détails sur 
1 ’embarquement à Toulon et le parcours de la flotte à Malte et à Alexandrie. 

Geoffroy Saint-Hilaire nous apprend qu’au départ de Paris les membres 
de la Commission étaient groupés en cinq classes : la première avec 6000 
francs d’émoluments et les autres, respectivement, 5 ooo, 4ooo, 3ooo et 
2000 W. 


(l> C’est du a 5 germinal an VI, <]u’est datée la nomination de Savigny comme membre de la 
Commission. 

m L’historien de l’expédition, ainsi que Geoffroy Saint-Hilaire, donnent la date du 3o floréal an 
VI = 19 mai 1798. L’arrivée à Alexandrie eut lieu le 29 juin, et le î" juillet l’armée occupait la ville 
après un combat peu meurtrier. 

11 faut lire les lettres de Geoffroy Saint-Hilaire pour avoir des détails sur la vie qu’on menait, 
à bord durant la traversée et sur les incidents de la route. Certainement Savigny a dû, lui aussi, 
envoyer des lettres à ses amis, mais elles ne nous sont malheureusement pas parvenues. C’est 















Mais Savigny n’avait été placé que dans la quatrième et c’est probable¬ 
ment pourquoi il était aigri au moment de rembarquement. Mais grâce aux 
réclamations de Geoffroy Saint-Hilaire il fut admis en première classe ainsi 
que son collègue, le botaniste üelile, ce qui leur donnait rang d’officier 
supérieur. 

Mais ce classement ne plut pas aux généraux et amiraux, qui ne pouvaient 
admettre d’avoir comme collègues de si jeunes gens (car Savigny n’avait que 
21 ans et Delile 20). Cependant beaucoup d’officiers supérieurs n’étaient 
guère plus âgés puisque le général Reynier, un ami de Geoffroy, n’avait que 
27 ans! 

Mais tandis que Geoffroy Saint-Hilaire était embarqué sur une belle 
liégate, 1 Alceste, Savigny avait été placé sur le Dubois, vaisseau vénitien, 
non armé, que commandait le capitaine Lelong, bateau très solide, mais si 
mauvais marcheur qu’on lui donna comme attelage deux frégates, très bonnes 
voilières (fi. 

fendant le trajet de Toulon a Alexandrie, qui ne dura pas moins de qua- 
rante-et-un jours, Savigny se lia avec un des architectes de la Commission, 
de Balzac (fi, et dès le débarquement du corps expéditionnaire à Alexandrie, 
le i er juillet, tous deux se mirent à la recherche des animaux et plus spécia¬ 
lement des coquilles tant à Alexandrie qu’à Damiette W et à Rosette. Que de 
fois j’ai lu soit sur des coquilles, soit sur des étiquettes cette abréviation : 
Balz., qui m’avait tant intriguée au commencement de mes recherches! 

Voici maintenant ce que nous apprend Geoffroy Saint-Hilaire sur le court 
séjour de la Commission à Rosette : 

frNous sommes établis, vingt personnes de la Commission des sciences, 
dans une maison. Nous y vivons tous en commun, à peu de frais et avec nos 
rations. Notre service est fait par trois esclaves maltais et un Français que 


pourquoi celles de sou collègue nous sont si précieuses pour combler le vide de cette période de 
son existence. 

On y trouvera, notamment, des détails curieux sur l’occupatiou de Malte. 

;i litres de Geoffroy Saint-Hilaire, in Hàmv, p. 3 i, 35 . 

(2) P ortra it de Balzac figure dans ÏHist. scient et milit de l’eæpéd., t. V, en face la page ihi. 
51 On procédait alors, dans celle localité, à l’embarquement du matériel qui devait parvenir 
au Caire par la voie du Nil. 




— 15 — 

plusieurs d’entre nous ont attachés à leur personne. Je vous promets, de plus, 
abondance de lait, de raisin et de gibier. 

crSi vous vous décidez à venir nous joindre, faites tous vos efforts pour 
nous apporter notre esprit de vin et notre poudre à giboyer; nous ne pouvons 
rien tenter à l’égard des quadrupèdes, ovipares et poissons, sans ce secours d. 

«La Commission des sciences est restée un mois à Rosette jusqu’à ce que 
l’Egypte fût entièrement soumise (fi. n 

Bonaparte ne s’était pas attardé longtemps à Alexandrie. Il s’était mis en 
route pour Le Caire car 1 époque de l’inondation du Nil était proche : il était 
entré dans cette ville le 2.3 juillet, après le combat des Pyramides(fi. 

Malheureusement la Hotte française fut détruite dans la nuit du i er au 2 
août, par Nelson, dans la rade d’Aboukir, privant ainsi l’armée de toute com¬ 
munication avec la France. 

Au Caire, Bonaparte s’occupa activement d’organiser le pays : il publia des 
ordres sévères pour faire respecter les croyances religieuses des Musulmans, et, 
le premier, en donna l’exemple. Il fit nettoyer la ville, qui en avait le plus grand 
besoin, et fonda l’Institut d’Egypte, dont nous parlerons au prochain chapitre. 

Aussitôt après la fin de l’inondation il avait envoyé Desaix dans la Haute- 
Egypte pour réduire Mourad bey qui s’y était réfugié après le combat des Py¬ 
ramides (octobre 1798). 

A l’instigation des Turcs une révolte éclata au Caire le 21 octobre : elle 
fut réprimée aussitôt avec d’autant plus de sévérité que Bonaparte s’était 
montré généreux et bienveillant à l’égard des habitants (fi. 


Hamy, loc. cit., lettre XII, à Redouté jeune, de Rosette, le 7 thermidor au VI —mercredi a5 
juillet 1798, pages 53 , 5 â. 

Quelques historiens, à propos de la bataille des Pyramides, ont raconté que les savants de 
l’expédition étaient montés à âne et que les soldats les avaient fait placer dans un carré en s’écriant ; 
crÀu centre les ânes!». 

Il est probable que c’est là un mot qui, comme la plupart des mots historiques, a été inventé de 
toutes pièces. D’abord, sauf un très petit nombre de savants qui arrivèrent au Caire par la voie du 
iNil, le gros de la Commission était resté h Alexandrie et ne vint au Caire que bien plus lard. En¬ 
suite il est peu probable que les membres de celte Commission, qui avaient rang d’officier, eussent 
des âues comme monture. En réalité aucun savant n’a assisté à la bataille des Pyramides. 

(3) On trouvera dans une lettre de Geoffroy Saint-Hilaire à Norry, architecte, resté à Alexandrie, 
des détails impressionnants sur celte insurrection (in Hamv, loc . cit, p. io 3 -i 10). 


_ 




















— 16 — 


Après ces émeutes Bonaparte constitua une Commission ce composée des 
citoyens Nouet, Méchain fds, astronome, Doiomieu, Geoffroy Saint-Hilaire, 
Deüsle, Savigny, Cordier, Coquebert, naturalistes, et Gratien Lepeyre, ingé¬ 
nieur des Ponts et Chaussées r> dans le but détudier l’ancien delta, les natu¬ 
ralistes étant plus spécialement invités à s’occuper de recherches faunistiques. 

La Commission s embarqua sur un chebek pour Damiette dès les derniers 
jours de novembre de lan VII. Mais l’ignorance de 1 officier subalterne de 
marine qui commandait la barque ne permit pas à la Commission d’effectuer 
des recherches durant le trajet. Ce ne lut qu’à l’arrivée à Damiette que les 
membres de la Commission purent reprendre leur liberté d’action. 

Geoffroy Saint-Hilaire et Savigny explorèrent le lac et capturèrent des 
poissons et des oiseaux. Ils séjournèrent plusieurs semaines dans les îles du lac 
Menzalé W. 

Au début de septembre ils visitèrent Salahieh et rentrèrent ensuite à Da¬ 
miette ou ils restèrent jusqu’à la fin de décembre. Les deux naturalistes 
revinrent alors au Caire, Savigny en excellente santé, mais Geoffroy si fatigué 
que Bonaparte renonça à l’emmener en Syrie. 

Durant ce temps, Bonaparte, avec une escorte relativement faible, était 
aile jusqu a Suez( 2 l (1 avait le projet de réunir la Méditerranée à la mer 
bouge 1 ” et venait se rendre compte des difficultés de l’entreprise. Il s’était 
lait accompagner par Berthollet, Monge, Dutertre, Descotils, Le Père et 
Costaz. 

Pendant que les divers groupes travaillaient, Bonaparte alla visiter les Lacs 
Amers, les sources de Moïse et le couvent de Sainte-Catherine au Sinaï. Il 


(1] Savigny a tenu un journal de son séjour dans cette région. Nous le publierons dans la deiï- 
xième partie. C’est le seul document relatif à sa campague qui nous soit parvenu. 

Par le Journal de E. Devilliers nous savons qu’une première mission, composée de a 1 membres. 
était installée à Rosette depuis le 10 juillet; que le i 3 , plusieurs membres de la Commission des 
arts arrivèrent d’Alexandrie, et que le 1 h (aG messidor), les naturalistes firent une exploration au¬ 
tour de Rosette. 

Le général Bon l’avait précédé d’une vingtaine de jours, pour occuper la ville. 

L’article 3 de l’arrêté du Directoire du a 3 germinal an VI (la avril 1798) prescrivait au 
général eu chef de l’armée d’Orient de faire couper l'isthme de Suez et de prendre tontes les me¬ 
sures nécessaires pour assurer la libre possession de la mer Rouge à la République française. 



— 17 — 

donna des ordres pour faire rebâtir l’aile droite du célèbre couvent, qui tom¬ 
bait en ruines (8 nivôse). 

Après son retour au Caire, Bonaparte envoya une nouvelle mission d’ingé¬ 
nieurs pour procéder aux opérations de nivellement et de lever de plans. 
Cette mission se mit en route le 2 k nivôse (16 janvier 1799) sous les ordres 
du général Junot. 

Mais pendant son séjour à Suez, Bonaparte,ayant appris queDjezzar, pacha 
de Syrie, venait de s’emparer d’El-Àrish, rentra aussitôt au Caire et prépara 
rapidement le corps expéditionnaire de Syrie. 



Mémoires de VInstitut d’Egypte, t. XVII. 


3 
























* 


CHAPITRE V. 


SAINT-JEAN D’ACRE. 

Bonaparte n'était pas homme à se laisser chasser d’Égypte par les Turcs. 
Déjà il avait rejeté en Syrie Ibrahim bey après le combat de Belbeïs et envoyé 
Desaix dans la Haute-Egypte pour réduire Mourad bey et l’empêcher de se 
joindre à Ibrahim bey. 

Dans les premiers jours de février 1799 il se mit en route pour la Syrie 
avec les divisions Bon, Kléber, Lannes et Reynier, soit un effectif de 18.000 
fantassins, et, en plus, la cavalerie de Murat, formant une autre division. 

El Arisch fut prise le 1 7 février, puis ce fut le tour de Gaza et, le 3 mars, 
celui de Jaffa. 

L’armée arriva devant Saint-Jean d’Acre (Akka) et en fit aussitôt l'investis¬ 
sement. Malheureusement le matériel de siège, qui avait été expédié par voie 
de mer, fut enlevé par la flotte de Sydney Smith qui vint s’embosser devant 
la place et utilisa ce matériel contre nous. 

Akka était défendue par Ahmed el Djezzar et par un émigré français An¬ 
toine le Picard de Phélippeaux, ancien condisciple de Bonaparte à Brienne, 
officier de génie de mérite qui était passé au service de l’Angleterre W. 

Raconter en détail les péripéties du siège de Saint-Jean d’Acre (de même 
que pour la bataille des Pyramides dont nous n’avons pas parlé) sortirait de 
notre cadre. Celte bicoque, comme l’appelait Bonaparte, marqua l’arrêt de 
ses projets. En parlant de l’amiral Sidney Smith il disait : ccCet homme m’a 
fait manquer ma fortunes. Plus tard il devait écrire : s J’ai laissé mon imagi¬ 
nation devant Saint-Jean dAcrcn. 

Apprenant qu’une armée turque réunie par Abdallah, pacha de Damas, 


(1 ' Il mourut de la peste, dans la ville même, peu de temps après la levée du siège. 

3 . 


j 
















— 20 — 


venait au secours de Saint-Jean d’Acre, il alla au devant d’elle avec les divi¬ 
sions Bon et Kléber, et défit cette armée au mont Thabor. 

Malgré plusieurs assauts meurtriers la place tint bon. Le siège avait com¬ 
mencé le 20 mars. Bonaparte dut le lever le 20 mai, après avoir écrasé la 
ville sous un bombardement affreux. Mais il avait perdu quatre mille hom¬ 
mes, le tiers de son armée. 

Le retour fut lamentable. Faute de cavalerie les officiers durent abandonner 
leurs bagages et une partie de leur équipement. Et malheureusement la co¬ 
lonne avait plus de deux mille blessés et malades, que Bonaparte confia aux 
religieux du mont Carmel. 

Mais à peine l’armée française était-elle en route que les janissaires de 
Djezzar arrivèrent en trombe au couvent, égorgèrent tous les blessés et ma¬ 
lades et expulsèrent les religieux de leur résidence pour les punir d’avoir 
accompli cet admirable devoir de fraternité. Par cet acte odieux de cruauté 
Djezzar souilla son nom de défenseur de Saint-Jean d’Acre. 

Nos soldats purent souffler quelque peu à Jaffa. Mais la peste était dans 
cette ville et la mortalité s’accrut dans des proportions effrayantes. 

La retraite reprit enfin et 1 année rentra au Caire le i 4 juin, sans matériel 
et presque sans artillerie. Faute de chevaux on avait du utiliser les petits ânes 
du pays comme moyens de transport. 

Dans les très rares documents intéressant la vie de Savigny, il 11’y a qu’une 
seule attestation concernant sa participation, ignorée jusqu’ici, à l’expédition 
de Syrie b). C’est une lettre de Geoffroy Saint-Hilaire aux professeurs du Mu¬ 
séum, datée du Caire, 29 thermidor an VII (16 août 1799), in Hamy, loc. 
cit., p. 127. 

Nous avions toutefois soupçonné cette participation par la trouvaille, dans 
sa collection, de quelques mollusques terrestres de Syrie. 


(1) Aucun do ses biographes n’en fait mention. 

An cours de nos laborieuses recherches nous avons fini par trouver dans une rarissime plaquette 
de trois pages, que nous reproduirons dans le deuxième volume, le court paragraphe suivant : et 11 
est le seul naturaliste qui ait suivi l'armée française en Syrie, et qui l’ait accompagnée dans le cours 
de cette expédition.» (Titres présentés à la classe de sciences mathém. et phys. de l'Institut, 8 février 
1816, page première). 


— 21 — 


Voici, in extenso, le très important témoignage du collègue de Savigny : 
et 11 n’y a eu qu’un naturaliste, le citoyen Savigny, qui ait fait le voyage de 
Syrie. Au moment du départ, j’étais malade à Damiette, et quand je fus infor¬ 
mé que l’intention du général était que je l’accompagnasse, je me trouvais 
dans l’impossibilité d’y satisfaire. Le citoyen Savigny me remplaça. Il employa 
un zèle et surtout un désintéressement très grand à remplir son objet; il ne 
fut ni arrêté par les dépenses qu’il fallait faire, ni attiédi par les pertes de 
chameaux et de chevaux qu’il éprouva; et quand tous les militaires pouvaient 
à peine suffire aux fatigues énormes de la traversée du désert, il employa 
son temps à ramasser les insectes qui s’y trouvaient. La collection faite en 
Syrie est d’un très grand intérêt. 11 a bien voulu me remettre les lézards, 
serpents et quadrupèdes qu’il a rapportés v. 


* 

























CHAPITRE VI. 


L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 

On sait qu’après l’occupation d’Alexandrie, une faible partie des savants 
put arriver au Caire par la voie du Nil. .Monge, et Berthollet notamment se 
trouvaient sur la flottille qui remonta le Nil et qui fut attaquée le i 3 juillet 
(2 5 messidor). Mais le gros de la Commission des Sciences et Arts (compre¬ 
nant, entre autres, Dutertre, Norry, Peyre, Protain, Baizae, Dolomieu) était 
resté à Alexandrie, où, suivant l’expression de Kléber, elle ne se nourrissait 
pas d'esprit. 

Ce ne fut qu’au début d’août que Bonaparte donna l’ordre à la Commis¬ 
sion de rallier le Caire et le 3 fructidor (20 août) il fonda l’Institut d’Égypte, 
dont il choisit les membres parmi ceux de la Commission. 

L’Institut fut installé dans deux des plus vastes palais du Caire, celui de 
Kacim bey et celui d’Hassan Kachef boy, près de Bab Gheïî el-pacha, et une 
dotation princière en assura le fonctionnement. 

Bonaparte répartit ainsi les membres de l’Institut dans les quatre sections 
suivantes : 

Mathématiques : Andréossy, Fourier, Costaz, Girard, Lepère, Monge, Bo¬ 
naparte, Leroy, Nouet, Say, Malus, Quesnoy. 

Physique et Histoire Naturelle : Conté, Descostils, Dolomieu, Berthollet, 
Geoffroy Saint-Hilaire Ghampypère, Delile, Desgenettes, Dubois, Savigny. 

F 

Economie Politique : Cafïarelli, Gloutier, Shulkowsky, Poussielgue, Sucy, 
Tallien. 


(1) Geoffroy Sainl-Hilaire avait comme adresse : Geoffroy, à l'Institut, maison de Cassitn bey, 
quartier de Nasrié, au Caire* 



























— 24 — 


l ittiïrature et Beaux-Arts : Denon, Parsevaî de Grandmaison, Ri^el, 
Du tertre, Norry, Redouté, Venture, Don Raphaël. 

L Institut tint sa première séance le 6 fructidor (28 août). Monge en fut 
le premier président; Bonaparte, par modestie, ne voulut être que vice- 
président; Fourier fut nommé secrétaire perpétuel et Costaz secrétaire adjoint. 

Un piincipe, les séances devaient se tenir régulièrement tous les cinq jours. 

INon seulement 1 Institut tint des séances mais encore ses membres organi¬ 
sèrent des sorties. La première excursion eut les Pyramides pour objectif et, 
avec une ardeur toute juvénile, les membres de l’Institut en entreprirent 
1 escalade. Ce fut Monge qui arriva le premier au sommet. 

Dès lors Savigny s’occupa, avec ardeur, à la recherche non seulement des 
animaux vivants, mais encore des fossiles, des roches, des antiquités. Il visita 
les galeries souterraines, puits et hypogées, les tombes, les ruines. H explora 
spécialement les ruines de Memphis et surtout le fameux Puits des Oiseaux 
doù il a rapporté des momies d’ibis sacré. 

Il fouilla les canaux, le fleuve, les ravins; il escalada les montagnes, re¬ 
tournant les pierres, battant les buissons. Il ramassa ainsi une grande quan¬ 
tité danimaux de toute sorte, des momies humaines et d’animaux divers, ne 
ménageant ni son temps ni sa santé, et réunit la plus importante collection 
d’animaux égyptiens qui ait été jamais constituée. 

De plus il prit part aux travaux de l’Institut et publia, entre autres, la des¬ 
cription d’une nouvelle espèce de Nénuphar dans la Décade égyptienne de 
* 799 - 

11 ne rayonna pas seulement autour du Caire, mais remonta le Nil jusqu’à 
Philæ, dans la Haute-Égypte. 

G est au cours de ces recherches, dans un pays désertique, sous un climat 
brûlant, qu'il prit les germes de la maladie qui devait avoir de si funestes 
résultats pour son organisme. 


CHAPITRE YII. 


LA HAUTE-ÉGYPTE. 

On sait qu’après le combat des Pyramides, Mourad bey dut s’enfuir dans 
les déserts de la Haute-Egypte où il pensait trouver un refuge inviolable. 
Mais il avait compté sans Desaix que Bonaparte avait chargé de poursuivre 
et de réduire le chef mameluk. 

La marche de la division fut rapide. Partie du Caire le 16 décembre, elle 
était le 2i à Minieh, le 2a à Siout et le 29 à Gîrgeh. 

Desaix infligea une première défaite aux mameluks, le 22 janvier 1799, 
à Semenhoud et arriva le 2 lx janvier à Dendérah. 

Là, à la vue des ruines majestueuses de cette localité, le peintre Denon 
demanda au général de faire halte, mais ses prières n’aboutirent qu’à obtenir 
un ralentissement de la colonne. 11 se mit alors à dessiner fièvreusement tout 
ce qui lui parut offrir le plus d’intérêt. C'est ce jour-là qu’il découvrit le 
fameux zodiaque. 

La division Desaix arriva le 2'6 devant Thèbes, dont les ruines imposantes 
remplirent nos soldats d’admiration. 

Mais l’armée, qui avait un but précis, ne s’attarda pas à Thèbes et continua, 
sans trêve ni répit, sa poursuite acharnée vers les frontières de la Nubie. 

Mourad, Hassan, Soleïman et les autres beys, se voyant serrés de si près, 
se réfugièrent en toute hâte dans le pays des Barabras. 

Le jour même de l’arrivée à Syène, le h février, Desaix donna l’ordre de 
se remettre en route et nos soldats parvinrent à Philæ. Ce fut le point extrême 
atteint par la division. Elle rebroussa alors chemin et revint à Syène, où 
Desaix laissa le général Belliard avec mission de remonter à Philæ pour em¬ 
pêcher le retour des chefs mameluks en Egypte. Puis il revint à Esneh. 

Mais la marche sur Philæ ayant été ajournée à la suite de nouvelles rassu¬ 
rantes reçues du sud, les soldats de la 2 i c division légère s’installèrent à Syène. 

Mémoires de VInstitut d’Egypte, t. XVII. 















— 26 — 

Cf Dès le second jour de son établissement il y avait déjà dans les rues de 
la ville des tailleurs, des cordonniers, des orfèvres, des barbiers français 

avec leurs enseignes.Ce n’est plus un camp : c’est une cité où chacun 

travaille comme il le peut pour la plus grande utilité de tous et pour son 
bénéfice individuel. 

«Ainsi l’on vit en peu de jours à Syènc des jardins, des cales et des jeux 
publics.Des restaurants à prix fixe avaient été improvisés et leurs en¬ 

seignes étaient à la fois ironiques et pompeuses : A la renommée des bonnes 
matelotes — Salon des deux couverts. — Ici on fait nopces et festins. Dans d au¬ 
tres on dinail à la carte et l’appétit devait y être excite par la longue litanie des 
mets succulens et des vins de toute espèce promis aux consommateurs : les 
salmis, les blancs-mangers, les truites saumonées, les bécasses truffées, etc., 
figuraient avec honneur sur l’affiche, mais les prix manquaient, ce qui, selon 
l’usage, voulait dire qu’il n’y en avait point pour le moment. 

«Au sortir du village une allée d’arbres se dirigeait au nord; les soldats y 
posèrent une colonne milliaire avec 1 inscription : Route de Parts n° i r> 
(llist. de l’Expéd., t. II, p. A77 et h 78). 

Bonaparte voulut que les membres de la Commission des arts pussent 
profiter des opérations de Desaix pour effectuer la reconnaissance de la Haute- 
Égypte, et voici les détails que nous tenons soit de Geoffroy Saint-Hilaire, 
soit de de Villiers sur la participation des savants : 

«Aujourd’hui, nous préparons une grande expédition : nous nous disposons 
à parcourir toute la Haute-Égypte. Mille contrariétés nous ont empêché de 
l’entreprendre jusqu’à présent; mais le général en chef, qui n’a jamais perdu 
de vue les membres de la Commission des arts, vient de prévenir tous leurs 
désirs. 11 est toujours rempli pour nous des manières les plus bienveillantes, 
et il est entré dans une multitude de détails qui assureront le succès de notre 
entreprise et qui nous épargneront beaucoup de tracasseries et de fatigues fd». 

Le premier groupe, qui était parti du Caire le 27 thermidor an Vil, était 
placé sous la direction de Costaz et comprenait Nouet Méchain, Coquebert, 


IIajiy, toc. cil., p. 127. 


— 27 — 


Coutelle, Savigny, Bipault, Balzac, Corabœuf, Lenoir, Labatte, Lepère, Saint 
Genis et Viard. 

Le deuxième groupe avait quitté Boulaq le i er fructidor : il était dirige 
par Fourier et était composé de Villoteau, Delile, Geoffroy Saint-Hilaire, 
Cécile, Lancret, Jomard, Redouté, Lacipière, Chabrol, Arnollet, Vincent et 

Rouycr. ... 

Le quatrième jour complémentaire de l’an VII, ces deux commissions arri¬ 
vèrent à Esné (E. de Villiers, loc. cit., p. 218). 

Les membres des deux commissions, qui avaient suivi naturellement 1 iti¬ 
néraire des colonnes Desaix et Davoust et dont les noms figurent sur un des 
murs de Philæ, travaillèrent avec ardeur à étudier tout ce qui se présentait 
à eux : ruines, statues, inscriptions, habitants, animaux, plantes, minéraux, 

roches. 

Savigny fut un de ceux qui se firent le plus remarquer par leur zèle a re¬ 
chercher des matériaux pour la connaissance de la faune du pays. Il rapporta 
de ce séjour dans la Haute-Égypte un matériel de premier ordre, dont l’étude 
devait l’absorber jusqu’à la crise qui lui interdit tout travail. U se fit admirer 
par son entrain, sa bonne humeur, son endurance et surtout par sa modestie. 
11 est bien fâcheux que l’état de sa santé ne lui ait pas permis de publier ses 
impressions de voyageW. Nous aurions eu un journal plein de vie, avec des 

observations précisés sur tout ce cjuil vu* 

Nous savons que Kosséir, port sur la mer Bouge, a été occupé par un dé¬ 
tachement de la colonne Desaix, le 29 mai 1799. Mais nous ignorons si 
Savigny a fait partie de cette petite expédition. Cependant dans ses collec¬ 
tions^! y a un certain nombre de coquilles de la mer Bouge qui paraissent 
bien venir de cette région plutôt que de Suez. Mais on peut supposer aussi 
que notre naturaliste aurait pu charger un de ses amis de procéder a la cueil¬ 
lette de ces coquilles W. 


O D’autant plus que la correspondance de Geoffroy Saint-Hilaire, relative à cette expédition, ne 
nous est malheureusement pas parvenue. 

m C’est très probablement Du Bois Aymé qui a rapporté â Savigny des coquilles de Kosseir. Cet 
ingénieur rendit à la petite garnison française un grand service en trouvant de l’eau potable alors 
que les puits indigènes ne fournissaient que de l’eau saumâtre. 


4 . 





















— 28 — 


Avant de quitter deTinitivement Philæ, Desaix fit graver l’inscription sui 
vante sous la grande porte du pylône : 

L’AN G DE LA RÉPUBLIQUE, LE 13 MESSIDOR, 

UNE ARMÉE FRANÇAISE 
COMMANDÉE PAR BONAPARTE 
EST DESCENDUE À ALEXANDRIE. 

L’ARMÉE AYANT MIS, VINGT JOURS APRÈS, 

LES MAMELOUKS EN FUITE AUX PYRAMIDES, 

DESAIX, COMMANDANT LA PREMIÈRE DIVISION, 

LES A POURSUIVIS AU DELÀ DES CATARACTES, 

OÙ IL EST ARRIVÉ 
LE 13 VENTÔSE DE L’AN 7. 

LES GÉNÉRAUX DE BRIGADE 
DAVOUST, FRIANT ET BELLIARD, 

DONZELOT, CHEF DE L’ÉTAT-MAJOR, 

LATOURNERIE, COMMANDANT L’ARTILLERIE, 

EPPLER, CHEF DE LA 21' LÉGÈRE. 

LE 13 VENTÔSE AN 7 DE LA RÉPUBLIQUE, 

3 MARS, AN DE J.-C. 1799. 

GRAVÉ PAR CASTEIX, SCULPTEUR. 


De leur côté, les savants de la Commission des Sciences et Arts ajoutèrent, 
plus loin, sur la face du mur qui ferme le temple à l’est, cette modeste in¬ 
scription qui rappelle leurs noms : 


R. F. 

AN 7 

BALZAC, COQUEBERT, CORABOEUF, 
COSTAZ, COUTELLE, LACIPIÈRE, 
RIPAULT, LEPÈRE, MÉCHAIN, NO U ET, 
LENOIB, NECTOUX, SAINT-GENIS, VINCENT, 
DU TERTRE, SA VIGNY. 
LONGITUDE DEPUIS PARIS 3o° 34' ,6". 
LATITUDE BORÉALE a 4° U 34". 


CHAPITRE VIII. 


LE GOLFE DE SUEZ. 


Bonaparte avait déjà envoyé deux missions à Suez, Mais aucun naturaliste 
n’avait fait partie de leur personnel. Aussi, après son départ d’Egypte, Kléber 
qui prépara la troisième, à la fin de 1799, n’omit pas d’adjoindre aux offi¬ 
ciers et aux ingénieurs qui la composaient les naturalistes de l’Institut. 

Dans une lettre adressée aux professeurs du Muséum et datée de Suez, le 
17 nivôse an VIH (7 janvier i8oo)G). Geoffroy Saint-Hilaire donne les 
détails suivants sur cette mission qui comprenait, outre lui, Delisle, Savigny, 
Rozières, ingénieur des mines, Girard, Aîibert, Deviliiers, Berth, officier 
d’artillerie, et plusieurs ingénieurs des Ponts et Chaussées. 

Cette mission se scinda en deux groupes : le premier, qui comprenait 
Delisle, Rosière, Berth et plusieurs ingénieurs, suivit une route non encore 
parcourue par des Européens, celle de la vallée de l’Egarement. 

((Savigny et moi sommes arrivés ici par une autre route, non encore fré¬ 
quentée; ces excursions auront fourni à l’accroissement de nos recherches 
scientifiques. 

cA Sués, nous nous livrons sans relâche aux recherches qui nous sont pro¬ 
pres. Le citoyen Delisle parcourt le désert en tous sens et les bords de la mer 
pour vous rapporter les plantes qui croissent dans ces lieux; le citoyen Savigny 
n’épargne ni dépenses ni peines pour se procurer les mollusques, madré¬ 
pores, oursins, coquillages vivants et généralement tous les animaux à sang 
blanc que la rade de Sués peut fournir.(p. i 55 ). 

((Nous avons, il y a trois jours, traversé la mer Rouge pour nous porter 
aux fontaines de Moyse. v (p. i 56 ). 


(1) Hamy, loc. cit., p. 1 55. 












— 30 — 


Quant à Savigny, il rapporta une très importante série d’invertébrés des 
bords de la mer lîouge. Tout son temps se passa à recueillir, noter et pré¬ 
parer les animaux qu’il trouvait. 

G elait un de ses rêves de voir la mer Rouge : il pensait qu’il y ferait ses 
plus belles trouvailles. Mais la réalité dépassa ses espérances! 

Savigny n’avait pas encore vu de marées et il éprouva un sentiment d’ad¬ 
miration pour la vue de ce phénomène qui lui facilitait si grandement ses 
recherches. Mais ce qui f émerveilla par dessus tout fut le magnifique champ 
d’animaux marins qui s’offrait à lui. Les grands Bénitiers (Tridacnes et Ilip- 
popus), dans leur plein épanouissement, formaient un véritable parterre de 
fleurs rares! 1 '. Les actinies, les étoiles de mer, les oursins avec leurs gros 
piquants, les polypiers de formes si variées, et surtout les coquillages aux cou¬ 
leurs éclatantes, comme ceux des mers chaudes, le transportaient d’admiration. 
Avec une hâte fiévreuse il se mit à recueillir ces belles productions de la mer. 
Et en cela il fut grandement secondé par les troupiers de la colonne. Car 
partout où des soldats séjournent au bord de la mer c’est un plaisir, pour eux, 
de récolter des coquilles. Celles de la mer Rouge, si différentes de celles de la 
France, avec leurs vives couleurs et leurs formes étranges, devaient plus 
particulièrement les frapper d’admiration. 

Les petits indigènes lui furent aussi d’un grand secours en lui rapportant 
des coraux, des poissons, des crustacés, des oursins, et surtout des coquillages 
qu’ils ramenaient, en plongeant, du fond de la mer pour quelque menue 
monnaie ou un peu de nourriture. 

Son ami Geoffroy Saint Hilaire avait eu la prévoyance d’emmener du Caire 
quelques pêcheurs pour la capture des poissons et il fit profiter son collègue 
des invertébrés qu’ils rapportaient. 

Savigny a exprimé le regret de n’avoir pas eu assez de temps pour prendre 
les figures des polypes vivants : 

rtC’est, dit-il dans ses notes inédites, une lacune que j’eusse remplie tôt 


n-Le manteau de ces Mollusques est vivement coloré : on a sous les yeux l’un des plus char¬ 
mants spectacles que Ton puisse voir lorsque, par une petite profondeur, un grand nombre de ces 
animaux étalent le velouté de leurs couleurs et varient les nuances de ces parterres sous-marins» 
(Qüqy et Gaimarh, in Paul Fischer, Manuel de Conchyliologie, p. io35). 


— U — 


ou lard si le sort m’eut secondé. Je n’ai fait sur les côtes de la mer Rouge 
qu’une excursion de quelques jours, des événements très graves, tels que la 
prise d’El-HarichW et la marche des troupes ottomanes sur le Caire, m’ayant 
forcé de l’abréger. Le naturaliste qui s’établirait à Suez avec un dessinateur 
habile pourrait, en moins de six mois, doter ces premières publications du 
complément le plus riche et le plus intéressant. Mais le fait que je présente 
ici comme possible est-il déjà un fait accompli? Nos relations avec 1 Egypte, 
l’Arabie, etc., sont maintenant faciles et je conçois les conquêtes que, depuis 
vingt ans, les sciences ont pu faire dans cette partie du monde! n (:i) . 

Hélas, même en 1980, ce desideratum de l’illustre naturaliste n’a été sa¬ 
tisfait qu’en partie. 

Pour terminer ce chapitre nous ajouterons qu’on prévit le cas où les Turcs 
arriveraient jusqu’à Suez après la prise d El Arish et la ce marine s était mise 
en mesure de faire, en cas de besoin, le voyage de Pile de France. 

a La caravane des savants, aussitôt que 1 ennemi sera aperçu, doit s en 
aller à bord de la goélette pour en former la garnison, les matelots devant 

tous se rendre dans des chaloupes pour favoriser la retraite de la troupe. 

«Nous devons toutefois rester en rade pour attendre des nouvelles du 
Caire. Nous pouvons attendre un et même deux mois dans cette situation; 
nous pourrions aussi aller augmenter la garnison de Gosséir, notre goelette, 
les trois chaloupes canonnières réunies et les 987 hommes de Suez-o. 

Mais on n’eut aucun besoin d’avoir recours à ces projets pessimistes et les 
savants purent rentrer au Caire sans avoir été inquiétés. 


(■) Par Djezzar, pacha de Syrie, celui-là même gui venait de défendre si vaillameut, peu de temps 
auparavant, Saint-Jean cTÀcre. 

Ceci a été écrit vers i85o. 

W Hàmy, loc . ciL, p* 161 et 162 . 



















CHAPITRE IX. 


LA CAPITULATION D’ALEXANDRIE. 

Bonaparte avait quitté le Caire le i cr fructidor an VII (18 août 1799), 
emmenant avec lui Berthier, Cannes, Murat, Andréossy, Monge, Berthollet 
et Dcnon. 

Il s’était embarqué à Alexandrie le 92 août pour gagner la France après 
avoir écrit à Desaix de le rejoindre au plus tôt. 

Après le départ de Bonaparte, les événements se précipitèrent. L’armée 
ayant à faire face aux Turcs, qui venaient de reprendre El Arish, aux Anglais 
et aux indigènes, sans aucun moyen de communication avec la France, s’affai¬ 
blit de jour en jour et son moral s’en ressentit fâcheusement. Aussi Kléber se 
décida à entrer en pourparlers avec le commodore Sidney Smith et le grand 
vizir et signa avec eux un traité pour l’évacuation de l’Egypte (91 janvier 
1800). Mais cette convention, bien que portant la signature du général en 
chef, ne fut pas approuvée par le gouvernement anglais, qui exigeait que 
l’armée française se rendît prisonnière sans conditions. Kléber, indigné de ce 
manque de foi, riposta par la victoire d’Héliopolis (20 mars 1800) et la ré¬ 
pression d’une grave émeute au Caire. L’Égypte était de nouveau reconquise. 

Malheureusement il tomba, peu après, sous le poignard d’un fanatique 
indigène et le commandement échut à un officier incapable, un rénégat sans 
énergie ni autorité, le général Menou. Celui-ci se fit battre honteusement à 
Ganope, le ai mars 1801. 

Devant ce désastre le général Belliard signa au Caire, le 8 messidor (27 
juin 1801) une convention pour l’évacuation de cette ville' 1 '. 


(i) Ou trouvera dans tes Mém. du gèn, Reynier, Camp. d’Égypte, 2* partie. 1827, pages 296 à 
337, des délaiis très précis sur l’évacuation du Caire par les troupes françaises. 

Mémoires de l’Institut d’Egypte, t. XVII. 5 

























— 34 — 


La garnison se replia sur Aboukir, puis sur Alexandrie. Mais la Commission 
des Sciences et Arts, groupée avec l’Institut d’Égypte, avait déjà quitté le 
Caire le 6 avril. 

Les savants et artistes arrivèrent le 11 à Rahmanieh, où ils furent l’objet 
d’avanies de la part de la soldatesque. Ce ne fut qu’à l’arrivée du général de 
brigade Cavalier, qui prit les savants sous sa sauvegarde, que ceux-ci purent 
enfin quitter Rahmanieh et arriver à Alexandrie. 

Mais leurs tribulations ne faisaient que commencer! 

Menou, informé de la venue des membres de la Commission, entra dans 
un violent accès de colère et leur interdit l’entrée de la ville. Ils durent donc 
passer la nuit sous les murs de la place. Le lendemain, il leur imposa une 
quarantaine de cinq jours durant lesquels un des membres, Lerouge, mourut 
de la peste ainsi que deux de ses serviteurs. 

Une fois à Alexandrie, les savants demandèrent à rentrer en France. Menou 
leur fit subir toutes sortes de vexations, exigeant, entre autres, la remise des 
collections, manuscrits, dessins. 

Naturellement, tous refusèrent de se soumettre à cette injonction. 

Enfin les membres de la Commission, au nombre de quarante-cinq, s’em¬ 
barquèrent le 5 juin sur le brick l 'Oiseau. Toutefois ils durent rester en rade, 
durant vingt-et-un jours, avant que Menou autorisât leur départ. Ce ne fut 
que le 26 que le brick put enfin quitter Alexandrie. Mais il fut, presqu’aus- 
sitot, arrêté par une frégate anglaise qui conduisit le brick à Aboukir. L’ami¬ 
ral, lord Keith, lui refusa l’autorisation de poursuivre sa route et l’obligea à 
revenir à Alexandrie. 

Oiseau arriva le 16 juillet devant la ville. Menou, par un ordre sauvage, 
menaça de le couler s’il n’évacuait, pas le port dans un quart d’heure ! 

Il faut lire dans Y Histoire de l’Expédition d’Égypte, vol. VI, chap. xm, à la¬ 
quelle nous empruntons ces détails, les humiliations que durent subir nos 
savants ballottés entre lord Keith, qui tenait à les faire rester à Alexandrie, 


L’article 11 de la convention intervenue entre les généraux anglais, turcs et français spécifiait 
que les (rmcmhres de la Commission des Sciences et Ârls. . . jouiront des mêmes avantages que les 
militaires. Tous les membres.. . emporteront, en outre, avec eux, .. . leurs papiers particuliers, 
ainsi que les autres objets qui les concernent» (p, 3a3). 


— 35 


et Menou, qui refusait de les recevoir! Ce ne fut que le 27 juillet que le 
brick revint encore une fois à Alexandrie où il dut subir une quarantaine de 
cinq jours. Les malheureux passagers purent alors débarquer de nouveau. 

Menou se décida enfin à réunir un Conseil.de guerre, qui accepta le prin¬ 
cipe d’une capitulation qui comportait, entre autres, cet article 16 : 

Demande. — Les individus composant l’Institut. d’Egypte et la Commis¬ 
sion des arts emporteront avec eux les papiers, plans, mémoires, collections 
d’histoire naturelle et tous les monuments d’art et d’antiquité recueillis par 
eux. 

crRéponse. —- Les membres de l’Institut peuvent emporter avec eux tous 
les instruments d’art et de science qu’ils ont apportés de France; mais les 
manuscrits arabes, les statues et autres collections qui ont été faites pour la 
République française, seront considérées comme propriété publique, et. seront 
à la disposition des généraux des armées combinées .n 

Ce projet de capitulation fut adopté à l’unanimité le 3 i août 1801. 

«Tout le monde pourtant ne se résigna pas à subir cet article 16 de la 
capitulation, qui dépouillait nos savants du fruit de leurs longues et laborieuses 
explorations. La conquête s’arrogeait un droit sur des choses qu en tout temps 
elle avait respectées, sur la propriété intellectuelle. Cela avait passé entre 
militaires, comme un article insignifiant qui ne valait même pas la peine 
d’être discuté. Menou avait bien fait entendre quelques représentations timi¬ 
des, mais il s’était arrêté ensuite devant une fin de non recevoir. 

«Quant à Hutchinson, désintéressé en cela, il se guidait sur les conseils 
d’un littérateur, distingué d’ailleurs, nommé Ha mi 1 ton W, venu à la suite de 
l’armée anglaise, et qui, aveuglé par une préoccupation irréfléchie, semblait 
trouver, plus simple alors d’accaparer les travaux de nos savants, travaux 
tout recueillis, tout complets, s'aidant, s’éclairant les uns les autres, plutôt 
que de commencer lui même une tournée solitaire, où il aurait vu peu et 


(■) Get Hamillon William Richard, né â Londres le 9 janvier 1777, était le secrétaire de lord 
Elgin, ambassadeur d'Angleterre à Constantinople, ceiui-là même qui procéda à l'enlèvement des 
frises du Parlhénon. 

L’ambassadeur l’avait envoyé en mission diplomatique auprès du général Hutchinson. 

Plus lard il publia un mémoire sur les monuments égyptiens que leur volume avait fait laisser 
à Alexandrie et qui furent transportés au British Muséum par ses soins. 


5 . 

















— 36 


mal, où il aurait glané après la moisson faite. Plus tard cet instant d’erreur 
fut noblement réparé; mais à l’heure actuelle, complice ou abusé, Hutchin- 
son agissait pour ce littérateur qui peut-être n’était là lui-même que dans 
l’intérêt de quelque société scientifique de Londres, d’Oxford ou de Cam¬ 
bridge. Quoiquil en soit, l’article fut consenti sans que les parties intéressées 
fussent appelées à le combattre. Ils ne le connurent qu’au moment où on leur 
signifia qu’ils allaient être dévalisés, n 


CHAPITRE X. 


INTERVENTION DE GEOFFROY SAINT HILAIRE, 
SAVIGNY ET DELILE. 


Il y a ici un chapitre émouvant de l’histoire de Savigny, que nous préférons 
reproduire d’après Y Histoire scientifique et militaire de l’Expédition française en 
Egypte, t. Vif, p. b i6 et suivantes. Ces pages bien qu’écrites quinze ou vingt 
ans après le retour de l’armée en France, sont encore vibrantes de l’indigna¬ 
tion de nos savants quand on leur eut signifié la décision qui les concernait, 
sans qu’ils eussent été consultés au préalable à ce sujet : 

«Alors se réveilla chez nos savants ce courage spécial, cette énergie propre, 
cpie l'occasion seule met en relief. A ce moment l’armée abattue se fût laissée 
dépouiller de ses derniers canons, ces nobles joyaux militaires; nos savants, 
eux, ne voulurent pas laisser à l’ennemi une seule pièce de leur riche maté¬ 
riel : ni collections, ni échantillons, ni papiers, ni momies, ni inscriptions 
lapidaires, ils ne voulurent rien abandonner. 

«C’était à eux, cela : ils l’avaient gagné bel et bien, à la sueur de leurs 
fronts, malgré les Arabes, malgré le soleil perpendiculaire, malgré le sable 
cuisant, malgré nos soldats eux-mêmes, qui souvent se riaient de cette ardeur 
incomprise. C’était à eux cela, ou plutôt à la France et au monde; mais 
perdu pour le monde et pour la France, si on le leur enlevait, car eux seuls 
en avaient la clef. 

«Quand ils surent qu’on les avait ainsi vendus à l’ennemi, qu’on avait fait 
de leurs richesses un trafic à la façon de celui du champ du potier, ils n’hési¬ 
tèrent, pas un instant; tous réunis dans un élan spontané, rassemblés sans 
s’être convoqués, ils écrivirent à Menou une lettre collective dans laquelle ils 
protestaient contre la violence dont on usait à leur égard. Ils déclinèrent la 
compétence de la juridiction à laquelle ils avaient été soumis; ils conclurent 






















— 38 — 

en disant que, si le Général en chef avait pu et dû disposer du sort de l’ar¬ 
mée, disposer de son attirail de guerre, disposer d'un pays conquis, il avait 
dépassé ses pouvoirs quand il s’était fait le maître et le donateur d’une pro¬ 
priété particulière, d’une propriété de science et d’art, la plus sainte de toutes. 

«A cela Menou répondit que les réclamans avaient raison, et qu’il allait 
demander le redressement de l’article. Il le fit en effeth); mais sa parole n’avait 
aucun poids auprès du Général en chef de l’armée anglaise. Impatienté d’an¬ 
ciens tâtonnements, et croyant toujours que Menou ne cherchait que des 
excuses à ses lenteurs, Hutchinson déclara qu’il n’y avait pas à revenir dé¬ 
sormais sur un acte signé et que l’article qui concernait les savants et les 
artistes suivrait son plein effet. 

«Quand les membres de l’Institut et de la Commission virent quel crédit 
avait Menou auprès du Général en chef de l’armée anglaise, ils écartèrent 
tout intermédiaire et envoyèrent trois de leurs collègues auprès de Hutchinson, 
comme porteurs des paroles et avocats de leur droit. Ces trois délégués étaient: 
Geottroy Saint-Hilaire, Savigny et Delilei 2 ). 

« Reçus dans le camp anglais avec des égards mêlés de froideur, ils expo¬ 
sèrent leur réclamation avec douceur d’abord, puis avec énergie. Ils établirent 
que ce que l’on se proposait de faire à leur égard était contraire aux lois et 
aux usages des nations civilisées, que la propriété particulière avait, en tous 
temps, été laissée hors de cause, dans un démêlé entre nations, à plus forte 
raison celle des objets d’art et de science, la plus individuelle de toutes, celle 
qui est le moins transmissible, celle qui périt en changeant de mains. 

«Vous nous enlèverez, dirent-ils, nos collections, nos dessins, nos plans, 
nos copies de hiéroglyphes, mais qui vous donnera la clef de tout cela? Ge 
sont des ébauches que nos impressions personnelles, nos observations, nos 


(1) Voir aux pièces justificatives la correspondance échangée, à ce propos, entre lui et le général 
Hutchinson. 

(S) Geollroy Saint-Hilaire est bien connu comme zoologiste. Âfire Raffeneau Delile, né à Versailles 
en 177®’ était botaniste, il a publié à Paris, en 1824, une Flore d’Egypte illustrée , qui comprend 
320 pages et 62 planches dessinées par Redouté. Outre son titre de membre de l’Institut d’Égypte, 
il était directeur du Jardin botanique du Caire. 

Après son retour eu France il orthographia son nom : de Lile et fut professeur à la Faculté des 
sciences de Montpellier. 11 mourut en i 85 o. 


39 — 


souvenirs doivent compléter. Sans nous, ces matériaux sont une langue morte, 
à laquelle vous n’entendrez rien, ni vous, ni vos savants. Nous avons passé 
trois années à conquérir, une à une, ces richesses, trois années à les réunir 
de tous les coins de l’Egypte, depuis Philæ jusqu’à Rosette : à chacune d’elles 
s'attache un péril surmonté, un monument aperçu et gravé dans nos mé¬ 
moires. Et nous trouverions ici, sur cette frontière, un camp de soldats, qui 
se transformerait en corps de douaniers, pour arrêter et confisquer ces pro¬ 
duits de l’observation et de l’intelligence! Il n’en sera point ainsi. Plutôt que 
de laisser accomplir cette spoliation inique et vandale, nous détruirons notre 
propriété, nous la disperserons au milieu des sables libyques, ou nous la jet¬ 
terons dans la mer; puis nous protesterons en face de 1 Europe, et dirons par 
quelle violence nous avons été réduits à détruire tant de trésors lu 

Le général Hutchinson écouta froidement ce plaidoyer; ne voulant pas 
faire une réponse directe, il dit seulement qu’il pèserait tout cela et qu’il avi¬ 
serait. Hamilton devait être porteur de sa réponse. 

II vint, en effet, dans la même journée à Alexandrie : «Le général anglais 
est inflexible, dit cet envoyé; il exige que la capitulation soit exécutée même 
pour ce qui vous concerne. ■» 

Quelques membres de la Commission insistèrent. 

«Non, Messieurs, poursuivit Hamilton, je crois que toutes démarches nou¬ 
velles seraient inutiles; elles aboutiraient à des rigueurs que pour ma part je 
voudrais éloigner de vous; elles vous exposeraient à être retenus comme pri¬ 
sonniers de guerre, y, 

Ce fut alors que par un élan courageux, par une inspiration énergique, 
Geoffroy Saint-Hilaire sauva une partie que tout le monde considérait comme 
perdue. «Non, dit-il à l’envoyé du général anglais, non, nous n'obéirons pas : 
votre armée n’entre que dans deux jours dans la place. Eh bien ! d ici la le 
sacrifice sera consommé. Vous disposerez ensuite de nos personnes comme bon 
vous semblera. Non, vous dis-je, il ne sera pas dit qu’un pareil sacrifice ait 
pu s’accomplir. Nous brûlerons nous-mêmes nos richesses. C-’est à de la célé¬ 
brité que vous visez? Eh bien ! comptez sur les souvenirs de l’histoire : vous 
aurez aussi brûlé une bibliothèque dans Alexandrie, ri 

Ces mots firent une péripétie : l’idée de passer pour un incendiaire, pour 
un Omar, bouleversa la physionomie de l’envoyé anglais. Nourri d’études 


















— 40 — 


honorables et sérieuses, loyal jusque-là, affectueux clans ses rapports privés, 
il ne voulut pas subir la chance de l’horrible célébrité qu’on lui offrait en 
perspective : a Qu allais-je faire? dit il avec un profond retour sur lui-même. 
Comptez sur moi, Messieurs, je retourne au camp anglais, je vais plaider votre 
cause; nul ne la gagnera si ce n’est moi.» 

En effet il parla avec tant de chaleur que le général Hutchinson devint 
plus malléable. II craignit detre désavoué; comme il l’eut été, sans doute, 
pai la portion eclairee de la nation anglaise; il comprit que l’on ne pourrait 
expliquer un acte aussi barbare que par deux sentiments également condam¬ 
nables : ou le désir de dépouiller des savants français pour offrir leurs tra¬ 
vaux en holocauste aux compilateurs anglais, ou 1 exaspération de l’animosité 
nationale poussée jusqu’au suicide, jusqu’à l’anéantissement de matériaux qui 
appartiennent à toute l’humanité. 

II se radoucit donc, se départit de la rigueur des conditions premières, et 
consentit, après quelque résistance, à laisser aux membres de la Commission 
le droit de disposer de ce qui leur appartenait. 

Réconcilié avec nos savants, Hamilton fut alors admis à visiter leurs riches 
collections, et il se retira émerveillé de ce qui avait passé sous ses regards.» 

Mais, ajoute un autre historien, et oubliant la générosité du procédé des 
Français à son égard, il ne rougit point de iaire à la Commission la proposi¬ 
tion outrageante de venir, avec lui, à Londres, et d’y publier, sous les auspices 
du gouvernement de la Grande Rretagne, le résultat de leurs travaux, leur 
promettant les plus brillants effets de la munificence nationale. Les savans lui 
répondirent en dissimulant l’injure qu’ils recevaient : te Si vous étiez dans la 
même position que nous, viendriez-vous en France?» Hamilton garda le si¬ 
lence et retourna vers les siens ». (1 ) 


(I ’ Victoires, conquêtes, désastres, revers et guerres civiles des Français de îjga à iSi 5 , par une 
Société de militaires et de gens de lettres. Tome i 4 ', Paris Panckoucke, 1819, pages n5 et 116. 


CHAPITRE XL 


LE RETOUR EN FRANCE. 

Ainsi, grâce à l’énergie des trois savants français, les collections recueillies 
par nos naturalistes restaient leur propriété. 

Savigny revint donc avec les derniers vaisseaux anglais qui rapatriaient 
l'armée, sans qu’aucun incident eût marqué la monotonie de la traverséeM. 
Mais à Marseille les savants et leurs caisses furent soumis à une rigoureuse 
quarantaine. Les lettres de Geoffroy Saint-Hilaire nous renseignent sur le 
séjour qu’il y lit avec son ami et sur les ennuis qu’ils durent supporter P). 
Après avoir pris possession de ses précieuses caisses, Savigny rentra enfin à 
Paris dans les premiers jours de février 1809, après plus de trois ans d’absence. 

Il put donc écrire, non sans fierté, wJe rentrai certain d'avoir pleinement 
rempli ma mission.» 

Son premier soin, comme bien on pense, fut de revoir son cher Provins, 
de se retrouver au milieu des siens et de ses amis. 11 passa plusieurs jours 
dans la famille de M. Bellanger. Ses camarades d’enfance fêtèrent le jeune 
naturaliste, orgueil de la cité. 

Savigny revenait en Fi ance mûri, non par l’âge, puisqu’il n avait alors que 
9 h ans, mais par son labeur, ses voyages, les vicissitudes dont il avait été 


Les membres de ta Commission des Arts et de lTustitut furent évacués, tes uns (8 membres) 
par le San Nicolô, qui quitta Alexandrie le a 6 septembre 1801. 

Deviliiers et la majeure partie des restants s'embarquèrent sur VAmico sincero qui, parti le lende¬ 
main, arriva à Marseille le 26 brumaire (17 novembre). 

Savigny et Balzac étaient arrivés, un peu auparavant, par VAlligator. 

Quelques jours avant leur départ, les savants avaient enfin pu encaisser une partie de leur solde 
arriérée. Savigny figure pour 333 livres 6, 8 sur l'état établi par Fourier le 1 5 fructidor an IX (12 
septembre). — (D'après les documents des Archives historiques du Ministère de la guerre.) 

Voir aux pièces justificatives, p. 89. 

Mémoires de VInstitut d* Egypte, t. XVII. 


6 
















42 — 


1 objet ou le témoin; sa santé avait été parfaite jusque-là, tandis que ses com¬ 
pagnons avaient été éprouvés par les fièvres, le typhus, la peste, les ophtal- 
mies . Et cependant c’est d’Égypte qu’il rapportait les germes de la ma¬ 

ladie nerveuse dont il devait souffrir jusqu’à sa mort. 

Les savants de l’Expédition étaient à l’honneur. David d’Angers, le grand 
statuaire, qui était alors a 1 apogée de sa gloire sollicita l’honneur de faire 
leurs médaillons. 

C’est grâce à cette circonstance que nous devons de connaître la physiono¬ 
mie de Savigny. 

Pour l’établissement de sa maquette, David d’Angers utilisa le dessin à la 
plume que Dutertre avait exécuté pour l’historique de l’expédition, dessin 
dont une copie fait partie, aujourd’hui, des collections de la Société de Géo- 
giaphie de Paris. Lest grâce à MAI. Grandidier et Reizler que j’ai pu avoir 
connaissance de ce portrait et en faire prendre une copie W. 

Ce dessin représente Savigny pendant son séjour en Égypte, en 1799,3 
1 âge de 22 ans. Sa figure est celle d’un tout jeune homme : elle est remar¬ 
quable par Pair d'intelligence qu’elle reflète, par un front plat, par de longs 
sourcils, un nez allongé, des lèvres plutôt épaisses que minces et un menton 
arrondi. La tête est couverte de cheveux retombant sur le front et sur les 
joues qu’ils cachent en partie. Sur la nuque ils sont un peu relevés. Son vi¬ 
sage est imberbe. 

Le cou est entouré d’une large cravate nouée sur le devant, à la mode de 


Les portraits de la Société de Géographie ne portent pas de signature. Mais ils sont reproduits 

dans l'Hist. de l'expéd. avec le paraphe de Dutertre, dont le portrait figure au volume IV, en face la 
page i 4 7 . 

Ce sont des épreuves avant la lettre et non encore retouchées. A la Bibliothèque nationale il y a 
des épreuves semblables (dont le nom est en cursive anglaise) et d’autres, retouchées et signées, 
avec îe nom en majuscules antiques blanches. 

Dutertre, qui était également membre de l’Institut d’Égypte, avait dessiné à la plume, dans le 
même format, les bustes des principaux officiers de l’armée, ainsi que de plusieurs savants. 

Celui de Savigny se trouve dans le tome VIII, entre les pages 4*8 et 4 19. 

11 y a, page 2 5 g, le portrait d un A. Gérard, zoologiste, qui, à notre connaissance, 11’a rien 
produit et dont le nom même nous était inconnu. 

On trouvera dans l’ouvrage d’E. de Villiers du Terrage, hum. et souv. sur l’Expéd. d’Égypte, 
*899, pages 355 à 364 , des détails intéressants sur Dutertre. 
















Mémoires de l'Institut d’Égypte, T. XVII. 



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\ ■’i. .V 


Portrait à la plume de Savigny à 22 ans, par Dutertre (1799). 
Collection de la Société de Géographie de Paris, 


Mémoires de VInstitut d'Egypte , T. XVII. 



Dernières lignes du premier testament de M ll? Letellier, daté du 6 janvier 1854, 

avec le codicille et la signature du général Le Bœuf. 









































— 43 — 


l’époque, et le buste est pris dans un veston de drap à col large mais replié 
comme le portaient les officiers de la Révolution. 

David d’Angers modela la figure de Savigny en utilisant en grande partie 
ce portrait. Le profil a du nécessiter, de plus, au moins une séance de pose. 
Il fit le beau médaillon dont l’original figure au Musée d’Angers. C’est celui 
dont nous donnons la reproduction dans le frontispice de cet ouvrage b*. La 
seule différence que l’on remarque est que, dans le médaillon, le nez de 
Savigny est busqué au lieu d’être rectiligne comme le représente la figure 
de Dutertre. 

De retour à Paris, Savigny travailla fiévreusement à la confection des plan¬ 
ches et aux divers mémoires dont il avait rapporté les éléments. Il fit paraître 
successivement toute une série d’études, qui s’échelonnent entre 1801 et 181 o 
et dont nous parlerons dans le deuxième volume. 

Pour donner une idée de son activité et de sa patience, nous dirons qu’il 
a étudié en détail l’appareil buccal de 1200 insectes de divers groupes I 11 
a été ainsi amené à conclure que la bouche des insectes suceurs n’est qu’une 
dérivation de celle des insectes broyeurs. 

11 était si précis que Latreille disait de lui : «C’est un observateur dont 
personne ne contestera la scrupuleuse exactitude 1 » (Cours d’entom., p. 48 s.) 

Le plus célèbre de ces travaux est son Histoire naturelle et mythologique 
de ïlbis, qui date de i 8 o 5 , et qui eut un grand succès. Savigny fit preuve 
d’une rare érudition en commentant des textes anciens grecs, hébreux et 
latins. 

Ces publications attirèrent sur Savigny l’attention des naturalistes français 
et étrangers et lui valurent d’être nommé membre de plusieurs sociétés sa¬ 
vantes étrangères. 

Elles lui valurent aussi d’être fait chevalier de la Légion d’honneur en 
181 A. 

En 181 5 Savigny habitait à Paris, rue Cassette n° 35 , dans le quartier 


<1! Il en existe une réplique au Musée de Louvre. Une reproduction photographique, à petite 
échelle, figure dans l’ouvrage Les médaillons de David d'Angers par son fils, Paris 1867, planche Irj. 

11 fut tiré de ce médaillon une épreuve en hronze qui fut offerte à Savigny mais qui fut vendue 
à la mort de M u * Letellier. Nous ignorons ce qu’il est devenu. 


6. 













— 44 — 


Saint Sulpice (actuellement VI e arrondissement), non loin du LuxembourgG). 

Mais avant de se fixer rue Cassette, il avait demeuré, en 1812, rue du 
Helder n° 1 /1, et en 181 h , rue de la Loi, hôtel d’Espagne, n° 292. Il se faisait 
adresser sa correspondance au nom fie M. de Savigny, professeur^ 2 ). 

Malheureusement Savigny abusa trop de sa puissance de travail. La rnala- 

r 

die d’yeux, dont il avait rapporté les germes d’Egypte, se traduisit par une 
affection nerveuse de forme très grave dont il ressentit la première atteinte 
le h août 1817 : 

ce Je fus tout à coup atteint, spécialement dans l’organe de la vue, d’une 
affection nerveuse très grave, qui me força de suspendre immédiatement 
tout travail et de me retirer à la campagne. Cette affection qui, suivant les 
médecins, devait diminuer par le repos et mettre quatre à cinq mois à se 
dissiper, s’étendit infiniment au delà de ce terme. 

ce Fatigué à la longue d’une inaction qui m’était peu naturelle, je me laissais 
aller quelquefois à des études dont les occasions, à la campagne, se multi¬ 
pliaient autour de moi. Enfin je partis pour l’Italie dans l’espoir d’accélérer 
ma guérison et dans le dessein de me livrer, sur les côtes du golfe Adriatique 
et de la Méditerranée, à des recherches plus importantes, sans être péril¬ 
leuses. Je prolongeai cette excursion jusqu’à la fin de 1822.')? 

Nous croyons que c’est dans cette période de sa vie que Savigny réunit les 
éléments de sa belle collection d’oiseaux de bocage et qu’il prépara les sque¬ 
lettes de petits animaux, qu’il augmenta le nombre de coquilles qui consti¬ 
tuaient sa collection d’étude et que nous avons retrouvée, en partie, ces temps 
derniers. 

Savigny ne nous donne aucun détail sur ce voyage. Mais en consciencieux 
naturaliste, il recueillit des coquilles partout où il passa et les étiquettes des 
boites renfermant ses cueillettes en Provence et en Italie nous renseignent 
sur son itinéraire à partir de Marseille. C’est ainsi que nous savons qu’il passa 


(l) Savigny a longtemps conservé son domicile de la rue Cassette n° 35 , faubourg Saint Germain, 
car dans des actes notariés datés des a 4 octobre i 83 i et ai novembre 1 833 (actuellement chez 
M° Monjou), il indique ce domicile comme ordinaire, tandis que celui du chalet de Gally est mo¬ 
mentané. 

<2) Bibliothèque nationale. Manuscrits. Nouv. acquis. Lettres à Van Praët, 87 4 , f°‘ i 35 et 187 


— 45 — 


par Marseille, Aix, Cassis, Nice, qu’il alla en Corse, puis à Florence, Sienne, 
Turin, La Spezzia, Naples, Marais pontins et Rome. 

D’autre part, par une lettre de Camiilo Ranzani nous sommes informés de 
son passage à Pologne, le 2 novembre 1822 b). 

11 séjourna donc plus de quatre ans en Italie, mais il ne dut pas aller sur 
la côte adriatique, comme il en avait le projet, ou alors il n’a rien rapporté 
de cette région, ce qui serait bien extraordinaire étant données ses habitudes. 

Il est très probable qu’il ne fit pas ce voyage seul puisqu’il connaissait 
déjà M Ue Letellier, qui l’avait soigné avec la plus grande sollicitude, et que son 
état ne lui permettait guère de voyager seul. 

Nous ignorons également quelles sont les obligations cries plus impérieuses r, 
qui le rappelèrent à Paris, à la fin de 1822. 

Mais ce séjour en Italie, en calmant son système nerveux et en reposant 
sa vue, lui fit le plus grand bien. Il se crut guéri et se remit à l’ouvrage de 
plus belle. 

On aura une idée du labeur auquel il s’assujettit en se référant au chiffre 
officiel de ia 5 planches qu’il fournit pour VAtlas de l Expédition d’Egypte. 
Encore ce chiffre ne s’applique-t-il qu’aux planches publiées, mais d’autres 
avaient été préparées qui ne l’on pas été. 11 faut aussi penser au travail pré¬ 
paratoire, long et minutieux, nécessité par l’exécution de ces planches. 11 n’y 
a que ceux qui en ont publié qui peuvent se faire l’idée d’une telle besogne. 


(*> Ranzani profite du passage de Savigny pour lui remettre le dernier volume de ses publications 
accompagné d'une lettre pour Cuvier (Acad, sciences, carton 3244 , pièce 61). L'illustre zoologiste 
italien est flatté d’avoir reçu la visite d’un naturaliste aussi distingué que Savigny. 






















CHAPITRE XII. 


LE CHALET DE GALLY. 

Le chalet (le Gally est à l’extrémité occidentale du grand parc de Versailles, 
dans une très belle situation, assez éloigné pour qu'on n’y puisse entendre les 
bruits de la ville. C’est la campagne avec ses frais ombrages et son calme 
reposant. 

Son histoire tient en quelques lignes. 

L’abbaye de Sainte-Geneviève de Paris possédait, sous le nom de chapelle 
de Galbe, un lieu de culte et une grange dimeresse, dès n 63 ; mais Galbe 
dépendait de la paroisse de Trianon. 

Galbe, sous le nom de Val de Galbe, était un beu qui avait donné son 
nom à toute la vallée voisine. 

Louis XIV acheta Galbe, le i 3 novembre i 684 , en même temps que 
Choisy-aux-Bœufs, et l’incorpora au grand parc. 

lin mur de la grange existe encore à gauche de l’entrée. Des restes de la 
chapelle sont visibles à droite de la ferme. Les bâtiments actuels, élevés entre 
le mur et la partie ancienne, datent des xvu e et xvm e siècles. L’ensemble est 
resté propriété de l’Etat et loué comme ferme. Sur le cadastre il est ortho¬ 
graphié Gally W, 

Au moment de notre histoire le chalet était occupé par M. Alexandre Lc- 
tellier de Sain Le vil le' 2 ), Inspecteur des Domaines de la Couronne, qui fit bé¬ 
néficier sa nièce du bail qu’il tenait de l’Etat. 

Au début de i 83 o il fut procédé à une révision des biens de la Couronne 
et l’infortuné naturaliste se vit menacé, un moment, d’être expulsé de son 
asile. Dans cette situation il s’adressa à son protecteur et ami Cuvier, qui était 
lont puissant, et obtint enfin la jouissance gratuite de ia maison et du petit 


( ' ! Nous devons ces précieux renseignements à l’érudition de M. Émile Houlh, lauréat de l’Institut 
et diplômé d'études supérieures d’Histoire et de Géographie. 

Ce nom est tantôt écrit en deux parties, LeTellier, tantôt en un seul, tandis que de Saillie- 
ville est toujours écrit en un seul mot. 






















domaine. Il remercia Cuvier par une lettre touchante qu’on lira â la fin dé 
ce volume. 

Savigny habitait la partie gauche des bâtiments, qui est véritablement le 
chalet de Gally. Le jardin était placé derrière. 

Nous ignorons dans quelles circonstances Savigny avait fait la connaissance 
de la famille Letellier, mais cette connaissance était assez intime puisque, dès 
le début des crises, M. de Sainteville lui avait généreusement offert l’hospi¬ 
talité. Il y fut transporté dans un état lamentable et y séjourna, comme nous 
l’avons déjà dit, jusqu’à son départ pour l’Italie. 

A son retour il resta encore quelque temps à Paris. Mais à partir de 182 h 
il s’y réinstalla et ne le quitta plus jusqu’à sa mort. 

M. de Sainteville, pour laisser plus de liberté à son ami, lui abandonna 
complètement le chalet et vint loger à Versailles, avenue de Paris, n° 3 , à 
la Grande Poste aux chevaux. 

Il mourut le 3 1 octobre 18 2 5 GL 

Quoiqu’il en soit, Savigny se remit sérieusement au travail. Mais il avait 
trop présumé de sa guérison. 

cDes symptômes de la nature la plus inquiétante ne tardèrent pas à se 
manifester. Te pressentais une rechute, je le disais; mais rien de visible à 
1 extérieur ne paraissait justifier ce pressentiment. On hésita à me croire et 
je succombai. 

crLe temps s’écoulait au milieu de continuelles anxiétés lorsque, le 20 mars 
1 82Ô , se déclara brusquement la rechute tant redoutée, ou plutôt une affec¬ 
tion nerveuse, mille fois plus grave, et dont rien ne put arrêter les progrès. 
C’était la funeste névrose, connue des médecins sous le nom d 'exaltation de 
la sensibilité, liée, dès son principe, au sentiment d’une invincible terreur. 
Quoique commune à tous les organes des sens, cette nouvelle affection avait, 
comme la précédente, son siège principal dans l’organe de la vue. Elle ne 
pouvait, quelle que fut sa violence, amener la cécité, dans l’acception rigou¬ 
reuse du mot, mais elle rendait peu à peu mes yeux incapables de supporter 
la lumière et dans 1 obscurité toujours plus profonde où elle me forçait de me 


(l) Il est curieux de noter que c’est également dans le mois d’octobre que décédèrent Savigny et 
M-Letellier. 


tenir, elle faisait briller une foule d’images vivement colorées, dont les émis¬ 
sions successives, réitérées à l’infini, me fatiguaient, m’obsédaient sans cesse. 
A ces premières apparences en succédèrent de plus formidables encore. Bientôt 
des phénomènes impétueux, lumineux, ardents, immenses, remplissant nuit 
et jour, sous mille aspects divers, provoquèrent les crises les plus intenses, les 
plus déplorables. D’autres phénomènes, distingués des précédents moins par 
leurs formes et par leurs couleurs que par leur redoutable influence, vinrent 
périodiquement en accroître, en aggraver les effets. Aux sensations propres à 
la vue s’unirent un entraînement rapide en haut, en bas, en tous sens; une 
odeur fétide, des sifflements aigus, des sons harmonieux ou discordants, des 
voix humaines chantant, ou parlant, déclamant, et d’autres bruits non moins 
étranges. Le sommeil suspendait rarement ces détestables illusions sans qu'il 
se produisit au réveil des visions menaçantes, bizarres, incompréhensibles. 
Je citerai, comme Tune des plus fréquentes, la voûte spacieuse formée par 
d’innombrables faces humaines, toutes également expressives, prenant je ne 
sais quel air inflexible, et fixant sur moi des regards sinistres. 

rr On le comprendra sans peine : un tel ébranlement du système nerveux 
m’interdisait non seulement toute application, tout travail do l’esprit, mais 
encore toute relation sérieuse au dehors.» 

Savigny a communiqué à l’Académie des sciences, sous le titre : Remarques 
sur les Phosphènes, phénomènes dont le principe est dans l’organe de la vue ou 
Fragments du journal d’un observateur atteint d'une maladie des yeux (18 mars 
1889), une longue étude des phénomènes qui le torturaient. Malheureuse¬ 
ment nous n’avons pas retrouvé l’original de ce journal. 

H serait désirable qu’un neurologiste pût prendre connaissance de la com¬ 
munication de Savigny à l’Académie et des notes que nous reproduisons pour 
nous éclairer sur la nature de ces troubles nerveux. 

Nous avons dit que la vue de la lumière était insupportable à Savigny et 
qu’il lui était nécessaire de vivre dans l’obscurité. Quand, par hasard, il 
devait séjourner dans une pièce éclairée, il devait envelopper sa tête d’un 
voile noir. C’est dans cet état qu’on peut le voir dans le tableautin qui est 
conservé à la Bibliothèque de Provins. Nous le reproduisons plus loin.' 1 ) 


(1) Ce petit cadre a été exécuté par la maison Collard, rue de la Pompe, -a 5 , à Versailles. 
Mémoires de VInstitut d’F'gypte, t. XVII. 7 


















CHAPITRE XIII. 


LA «DESCRIPTION DE L’ÉGYPTE”. 

Un des premiers actes de Napoléon I er fut de faire publier un Recueil des 
observations et des recherches qui ont été faites en Egypte pendant l’expédition de 
l’armée française, sous le titre de : Description de l’Egypte. 

Tous les lettrés connaissent ce superbe ouvrage, du format grand aigle, 
magnifiquement imprimé et illustré, qui forme le monument le plus impor¬ 
tant qui ait jamais été publié sur l’Égypte. Il constitue un des plus beaux 
titres de gloire du grand empereur. 

Il fut distribué dans les principales bibliothèques et il est peu de villes, 
en France, qui ne le possèdent.. Savigny l’offrit à la ville de Provins en 1810, 
mais la remise n’en fut faite que bien plus tard (i 8 & 3 ). 

La rédaction de cette importante publication fut répartie entre plusieurs 
commissions techniques, qui se chargèrent chacune dune spécialité sous la 
présidence de Jomard. 

Après l’abdication de Napoléon, Louis XVIII poursuivit l’achèvement, de 
l’ouvrage. 

Seul, le format grand aigle est une incommodité pour le maniement des 
volumes qui constituent la Description de L’Egypte. Aussi Panckoueke, en pu¬ 
blia une deuxième édition, en 1827, dans un format plus commode. 

Savigny avait sa partie dans ce grand travail. Étienne Geoffroy Saint- 
Hilaire setait chargé des vertébrés! 1 ), mais les invertébrés formaient le lot de 
notre naturaliste. Aussi, dès son retour en France, s’occupa-t-il activement à 
faire dessiner les petits animaux qu’il avait rapportés. Il fit exécuter les fi 
gures avec un soin méticuleux par les meilleurs dessinateurs de lepoque : 


0 ) Toutefois il u’est Tailleur que du texte. La paternité de la planche incombe bien à Savigny. 


7 - 























— 52 — 


Huët père et fils, Turpin, Meunier, Bessa, Binguet, Barraband et Prêtre, qui 
illustrèrent à l’aquarelle et à la gouache des vélins qui font l’admiration de 
tous les connaisseurs. Mais la reproduction de ces dessins en couleurs aurait 
été tellement difficile que la Commission dut se borner à les faire publier en 
noir. 

Si nous ne sommes pas très documentés sur la façon dont Savigny fit pré¬ 
parer les planches, nous savons que l’avancement de la publication exigeait 
la remise du texte correspondant aux planches. 

Savigny avait bien livré à l’impression plusieurs mémoires relatifs aux 
Oiseaux et aux Annélides, mais il n’avait pas encore préparé le texte relatif 
aux invertébrés figurés. Aussi, après plusieurs années d’attente, r; 1 adminis¬ 
tration, voulant terminer, sans plus de retard, cette publication, renonça à 
l'idée d’y comprendre les planches de Savigny et en avait même ordonné la 
suppression, lorsque M. Cuvier, appréciant tout l’intérêt qu’offrait la partie 
iconographique du travail de Savigny, même dans cet état incomplet, inter¬ 
vint auprès du gouvernement et obtint l’autorisation de faire paraître les 
planches en question, accompagnées seulement d’une explication très som¬ 
maire dont l’impression pouvait être promptement achevéeW .d 

Le sous-secrétaire d’Etat, Ministre de l’Intérieur, Corbière, écrivit alors à 
Savigny la lettre suivante : 

Paris, le 19 mars 182b. 


trMonsieur, depuis deux ans les Chambres n’allouent plus de fonds pour la 
Description de l’Egypte et cet état de choses m’a mis dans la nécessité de pren¬ 
dre des mesures urgentes pour l’achèvement d’un ouvrage aux dépenses du¬ 
quel il ne me serait plus possible de pourvoir. 

tr Parmi les mesures adoptées, se trouve la publication immédiate des plan¬ 
ches d’histoire naturelle qui sont gravées et qui devaient faire partie d’un 
travail que l’état de votre santé ne vous a malheureusement pas permis d’a¬ 
chever dans les délais fixés. 

tr Cependant, Monsieur, en prescrivant la publication immédiate de ces 
planches, j’ai pris des dispositions pour que les explications sommaires qui 


(,) G. H. Acad, sc., t. LXXV, a 5 novembre 1872. 


53 


devront les accompagner ne nuisent pas aux travaux que vous aviez com¬ 
mencés, et que je conserve l’espoir de vous voir reprendre plus tard, lorsque 
votre santé sera rétablie. 

rrC’est dans ce but, et pour vous prouver l’estime que m’ont inspirée l’é¬ 
tendue de vos connaissances et votre caractère, que j’ai choisi un de vos 
élèves, M. Audouin, pour dresser ces explications. Comme son travail se 
rapportera aux descriptions complètes qui pourront vous devoir le jour, la 
science n’est pas moins intéressée que l’administration à ce qu’aucune erreur 
grave ne se glisse dans l’explication des planches qu’on va publier. 

rc Je vous prie donc, Monsieur, de donner à M. Audouin tous les rensei¬ 
gnements dont il pourrait avoir besoin pour bien remplir sa tâche, et de 
mettre à sa disposition les matériaux qui seront disponibles entre vos mains. 

«Agréez, etc. 

Signé : Corbière. 

Cette lettre arriva malheureusement dans un moment où Savigny était le 
plus gravement atteint et elle ne lui fut pas communiquée. 

Une consultation médicale eut lieu et les docteurs furent unanimes à dé¬ 
clarer qu’il était impossible de faire, même la proposition, de demander à 
Savigny le moindre travail intellectuel. 

Cette décision fut transmise au Ministre. 




















■ 


CHAPITRE XIV. 


L’INTERVENTION D’AUDOUIN. 

Audouin était professeur d’entomologie an Muséum : c’était un bon natu¬ 
raliste, spécialisé dans la faune française, et, par suite, peu préparé pour la 
tâche qu’on lui demandait. 11 s’était fait connaître par des études sur les 
Crustacés, la Pyrale de la vigne, la Muscardine des Vers à soie. On lui doit, 
en collaboration avec Milne Edwards, une Histoire naturelle du littoral de la 
France. 

Il était le gendre de Brongniart, membre de l’Institut et directeur de la 
Manufacture de Sèvres; Cuvier le patronnait. 11 n’avait que vingt-huit ans 
lorsque Corbière le chargea de donner une explication sommaire des plan¬ 
ches de Savigny. 

Evidemment, pour les insectes, Audouin pouvait se charger de leur iden¬ 
tification. Mais il n'était pas qualifié pour la détermination des Mollusques, 
des Annélides, des Bryozoaires et des Polypiers. Sous ce rapport, le choix 
d’Audouin ne fut pas heureux. Des malacologistes tels que de Blainville, 
Deshayes ou de Férussac, par exemple, auraient été bien plus autorisés pour 
entreprendre ce travail. 

r 

La Commission d’Egypte se borna à remettre à Audouin deux exemplaires 
des planches déjà tirées (1) . Il se plaignit alors de n’avoir pas à sa disposition 
les échantillons eux-mêmes. 

À distance on comprend mal le reproche d’Audouin. Il est inadmissible 
que la Commission n’ait pu disposer des collections ou tout au moins des 
vélins. De plus une partie des invertébrés était déposée dans le laboratoire 


(1) Audouin en découpa les figures et en forma un petit atlas qui est ma’ntenant à la Bibliothèque 
du Muséum où nous avons pu l’identifier. 

























mm 


— 56 — 

de Cuvier au Muséum depuis 1802 et cela était publich). 11 paraît étrange 
qu’Audouin l’ait ignoré. 

Que Savigny eut conservé par devers lui les vélins qui sont aujourd’hui 
au Muséum cela est très probable, sinon certain. Mais enfin ces vélins s’étaient 
forcément trouvés entre les mains des graveurs pour l’exécution des planches 
en noir et, de plus, soit à la Commission, soit à l’Imprimerie royale, on 
devait posséder les autres planches en couleurs (peut-être même y sont elles 
encore?). Or, avec de telles planches, Audouin pouvait travailler avec une 
précision suffisante, en l’absence des originaux, surtout pour les animaux 
articulés ( 2 b 

Car les vélins de Savigny sont de purs chefs d’œuvre. L’éminent entomo¬ 
logiste Latreille les citait avec admiration à ses élèves : «Êtes-vous dans la 
nécessité de représenter des objets que vous avez décrits, ayez toujours sous 
les yeux les incomparables planches d’histoire naturelle que M. Savigny a fait 
exécuter pour la Description de l’Egypte^. v 

Ce lut avec une amertume non dissimulée que Savigny apprit, plus tard, 
l'intervention d’Audouin. Lorsqu’il put prendre connaissance delà façon dont 
cet entomologiste avait traité ses planches il ne put s’empêcher d’écrire les 
appréciations suivantes qui ont été ajoutées, sous sa dictée, dans l’exemplaire 
de l 'Expédition d’Egypte de Provins : 

«M. Audouin, ou plutôt un collaborateur malhabile, car ce ne saurait être 
M. Audouin, n’a pas saisi l’ordre des six premières planches de coquilles et 
l'a interverti dans ses points les plus importants. . . L’auteur de ce grave 
désordre. 

«J’ai longtemps hésité à écrire cette note qui ne saurait avoir d’utilité bien 
réelle. Pourtant j’ai du craindre de paraître approuver, par mon silence, les 


rrLa collection des Annélides formée par Cuvier pour le Muséum s’est rapidement accrue par 
les dons que nous ont faits MM. Savigny et d’Orbigny. Le premier nous a remis d’abord toutes les 
especes qu il avait recueillies dans la mer Rouge, ensuite la série des lombrics ou Vers do terre, 
desquels il a fait une 1res belle monographie, enfin la collection qu’il vient de rapporter des mers 
d’Italie. (Deeeüze , Hist. et descr. du Mus. roy. d’hist. nat., 1 8a3 , p. G11). 

(2) Ce sont précisément ceux qui nous manquent, preuve qu’ils n’étaient déjà plus entre les 
mains de Savigny. 

(3) Cours d Entomologie, i 83 t, p. 3 o 8 . 


— 57 — 


suppressions, les altérations de toutes sortes prodiguées, avec les meilleures 
intentions du monde, au texte que la Commission avait entre les mains et 
qu’elle n’a pas su faire respecter. 

«M. Audouin réitère ici un regret déjà souvent exprimé, celui de ne pou¬ 
voir consulter les dessins dont les couleurs lui eussent facilité la détermina¬ 
tion des espèces. 

«La privation dont il se plaint n’a pas été aussi absolue qu’on pourrait le 
croire. Beaucoup de dessins étaient restés, depuis la gravure, dans les cartons 
de la Commission et ne me sont pas encore revenus. Il y avait, en outre, 
ceux de dix planches d’hyménoptères. Us ont certainement été mis à la dis¬ 
position de M. Audoin (sic) et rien que je sache, si ce n’est le plan qu’il 
s’était tracé, 11’a pu l’empêcher d’en faire usage.« 

«Il parait bien, d’après une note aperçue à l’instant, que ce n’est, pas 
Al. Audouin qui a placé les Zoophytes avant les Polypes. 

«Qui est-ce donc? 11^ 

Nous reproduirons intégralement ces notes dans la deuxième partie de 
notre ouvrage. Mais ces citations suffisent à démontrer que l’intervention 
d’Audouin a été plutôt néfaste qu’utile à l’œuvre de Savigny. Mais Audouin y 
a gagné de se voir attribuer, et bien souvent à tort, la paternité d’un grand 
nombre d’espèces qu’il ne connaissait même pas ! 

Dans notre Explication des planches de Savigny, 1926, pages 8 à i 3 , nous 
avons reproduit les appréciations de quelques naturalistes français et étrangers 
sur l’intervention d’Audouin. Tous la jugent avec sévérité. Nous y renvoyons 
nos lecteurs afin que ce travail ne fasse pas double emploi avec celui-ci. 


De plus, Savigny a fait des réserves, sur les altérations faites à ses notes par la Commission 
d’Egypte, par une lettre à l'Académie des sciences, du 28 décembre i 84 A (C. R page 1601.) 


Mémoires de P Institut- d’Egypte, t. XVII. 


8 

























► 


f 

ï 

i 



Mémoires de l'Institut d'Égypte, T. XVII. 


PL. II 



rf 



b* 

S*** 



Autographe de Savigny (1816). 


«F. CM MA FRÈRES, 
































* 


CHAPITRE XV. 


LES HONNEURS ET LES SOUFFRANCES. 

Le 3 i juillet 1821, Savigny avait eu l'honneur d’être élu membre de 
1 Académie des seiences, section d’Analomie et de Zoologie. 11 succédait à 
Richard (Claude Marie). Cette élection fut approuvée par lettre du Ministre 
de l’Instruction publique du 3 août. 

Les remarquables travaux qu’il avait publiés et la notoriété dont il jouis¬ 
sait le firent passer au premier tour. 

Mais Savigny n’avait pas de fortune ou plutôt n’en avait qu’une médiocre W. 

C’était sa compagne qui, non contente de vivre en recluse et de soigner 
avec la plus touchante sollicitude «ce martyr de la science-», comme elle 
l’appelle dans son testament, sacrifiait, sans regret, une fortune assez élevée. 

Emus de cette détresse, ses collègues prirent l’initiative de demander au 
roi une pension et, par une lettre adressée au baron Dupuytren, en date du 
38 novembre 1825, le roi fixa à 1200 francs la pension annuelle accordée 
à Savigny 

L’importance des publications de Savigny lui avait déjà valu la croix de 


(l) D’après deux procurations de Savigny à M (l) 11 * Letellier, datées, i’une du ad octobre 1831 et 
l’autre du 91 novembre i 833 , nous savons que la fortune de Savigny se composait de 1 900 francs 
de rente k 0/0, de son traitement d’académicien, de ses droits de présence et des indemnités qui lui 
revenaient sur la vente de ses travaux. 

Nous devons à l’amabilité de M' Monjou, notaire à Versailles, communication de ces documents, 
ce dont nous le remercions vivement. 

m irD’après le compte rendu au roi ( par MM. Dupuytreu et Portai, membres de la Commission 
nommée par l’Académie à ce sujet) des mérites, des services et des malheurs de M. Leiorgne de 
Savigny, l'un des membres le plus distingués de l’Institut d’Egypte et de l’Institut de France. Sa 
Majesté a daigné lui accorder une pension de 1200 francs sur sa cassette.» - Exlr. du Journ. des 
Maires du 3 o nov. x 8 a 5 , n° i 43 . 


8. 


















— CO — 


chevalier de la Légion d’honneur, en 181 4 ; il fut promu officier en 1 846 . 

La plupart de ses travaux ont été traduits en allemand dans Ylsis, la plus 
importante revue d'histoire naturelle de l’époque. 

Enfin il était membre d’un grand nombre de Sociétés savantes françaises 
et étrangères qui se faisaient honneur de le compter dans leur sein. 

Parmi les plus notoires des Sociétés dont il faisait partie nous citerons les 
Académies d’Oxford, d’Amsterdam, de S 1 Pétershourg, de Dublin, de Stock¬ 
holm, de Turin et de Marseille, la Société Wernerienne d’Edimbourg, Die 
Gesellschaft naturforschender Freunde, de Berlin, la Société des naturalistes 
de Moscou, la Begalis Sociefas Londini pro scientia naturali promovenda 
(Londies), les Sociétés Philomathique, dHistoire naturelle et Lmnéenne 
de Paris et la Société entomologique de France. 

On peut dire qu’à partir de i 8 ak Savigny ne fut plus qu’une loque hu¬ 
maine au point de vue physique. Mais son cerveau était resté lucide et, dans 
les laies moments de calme, il dictait a sa fidcîe amie soit des notes concer¬ 
nant ses tiavaux, soit surtout le journal de scs souffrances, ajournai unique, 
insensé peut-être, que j’ai dicté avec constance, en affrontant mille angoisses, 
dans la pensée qu’il donnerait un jour la juste intelligence des causes de si 
affreuses tortures». Avec une précision étonnante, étant donné son état, il 
notait toutes les phases de sa cruelle affection. Gomme nous l’avons dit plus 
haut, quelques parties de ce journal ont été publiées dans les Comptes rendus 
de 1 Académie des sciences, mais d’autres ne nous sont pas parvenues. Peut- 
être ne sont-elles pas définitivement perdues. 

Dans une des lettres qu’il dictait dans les moments où le calme renaissait 
dans son esprit, rien n est plus poignant que le récit qui! fait des souffrances 
intolérables qui le suppliciaient, des hallucinations bizarres et épuisantes qui 
le hantaient. Et, lorsque des périodes de rémission se produisaient, la vue 
demeurait d’une telle susceptibilité qu’il était condamné à vivre dans l’obscu¬ 
rité absolue. 

Les médecins avaient d’abord déclaré que quelque temps de repos, deux à 
trois ans au plus, suffiraient pour amener la guérison. Mais les mois et les 
années passaient et 1 état du pauvre naturaliste ne s’améliorait pas. Dans cette 
détresse il n’avait pour tout réconfort que l’amitié de sa compagne et les vi¬ 
sites de rares amis, du D r Leroi, son médecin et ami de longue date, puis de 


— 61 _ 


M. Landrin Ù>, qui désirait se documenter sur la faune de l’Égypte, du peintre 
Bida, un fervent d’orientalisme qui était célèbre à cette époque, d'Étienne 
Geoffroy Saint-Hilaire, son collègue, et du fils de celui-ci, naturaliste déjà 
distingué, qui devait avoir l’honneur de prononcer son éloge funèbre. Enfin 
il s était lié avec la famille Le Bœuf dont un des enfants sut capter son amitié 
et surtout celle de sa compagne. 

Mais ces visites étaient rares et elles ne faisaient du bien au malade que 
lorsqu’elles coïncidaient avec une période de calme. 

Cette vie végétative pesait lourdement à l’homme actif dont nous avons 
raconté la vie laborieuse et, pour occuper ses rares moments de calme, il eut 

I idee d envoyer a la ville de Provins 1 exemplaire de la Description de l'Égypte 
qu’il avait promis, en septembre 181o, à M. Laval, alors maire de Provins. 

II avait fait richement relier cet exemplaire et avait fait construire un meuble 
en acajou, dans le style égyptien, avec des rallonges qui permettent de l’étaler 
et de le consulter commodément. 

11 chargea son ami, le D r Leroi, qui était alors bibliothécaire de la ville 
de Versailles, d'aller remettre cet ouvrage à la ville de Provins. 

Le D r Leroi s’acquitta de cette mission en octobre i 843 . Il fut reçu par le 
conseil municipal, réuni pour la circonstance, le i 3 octobre, et lui fit remise 
de 1 exemplaire et du meuble destiné à le contenir ainsi que d’une lettre 
dictée par Savigny dans laquelle il rappelait, en termes émus, les souvenirs 
de son enfance, son séjour en Egypte et sa maladie. 11 faisait part de ses projets 
futurs, tellement l’espérance est vivace en l’homme! 

c-La lecture de cette lettre, écoutée avec une religieuse attention, excita 
chez tous les membres de l’Assemblée une vive et profonde émotion. 

•c Le Conseil chargea M. Leroi d’exprimer à M. de Savigny les sentiments 
de sympathie et de reconnaissance des habitants de Provins et de lui adresser 


01 M. Landrin, naturaliste amateur, voulait étudier la faune de l’Égypte et avait le projet de pu¬ 
blier les coquilles de la collection Savigny. 11 s'était donc mis en rapport avec Savigny, Desbayes et 
Bourguignat. Il alla à Provins, en 1 843 , demander des renseignements à M. Curé, juge d’instruc¬ 
tion. Il est l’auteur duu ouvrage sur les plages de France, d’un dictionnaire de minéralogie, et de 
plusieurs articles parus dans le Bulletin de la Société des sciences naturelles de Seine-et-Oise et dans la 
Nature. On lui doit la publication de la Correspondance de Linné avec Cl. Richard. 






















— 62 


les vœux que forment ses concitoyens pour le rétablissement de sa santé et 
l’entier achèvement de ses œuvres. 

te Le Conseil vota ensuite l’impression de la lettre de Savigny à /too exem¬ 
plaires et chargea le Maire, M. Destremau, de se rendre à Gally, pour offrir, 
en personne à M. de Savigny, les témoignages de l’affection et de la vive 
reconnaissance de ses concitoyens, « 

En 18/16, le jeune Charles Lenient, élève du Collège de Provins, ayant 
été lauréat du Concours général, le savant naturaliste lui écrivit une lettre 
charmante pour le féliciter (h. 

Ce fut cette même année que Savigny lut promu Otlicier de la Légion 
d’honneur l 2 b 

Ce fut la dernière distinction que reçut le grand naturaliste. 

En t 85 o il s’inquiéta des membres de sa famille, restés à Provins, en très 
petit nombre, hélas! Une de ses cousines M me Lestumier ayant manifesté le 
désir de le voir, il lui écrivit une longue lettre P) dont nous détachons le passage 
suivant : ce Vous annoncez, ma chère cousine, l’intention de me faire une visite 
amicale dans le cours de cette année; j'ose espérer que cette promesse ne sera 
pas vaine. L’aimable dame (M Ue de Sainteville) que vous connaissez un peu 
vous recevra avec le plus vif empressement, et son amitié nous viendra en aide 
si nos maux ne sont pas adoucis et que nous ayons besoin de nous consoler. 
Surtout, ma chère cousine, faites en sorte de venir dans la belle saison; vous 
verrez alors que notre solitude n’est pas sans quelques charmes; qu’on peut y 
jouir d’une fraîche verdure et respirer le parfum des Heurs, y entendre le chant 
des fauvettes et des rossignols; voila de ces jouissances vraiment pures que la 
nature ne refuse à aucun de ses enfants, et que la mort ou une affreuse desti¬ 
née peuvent seules nous ravir n. 


On lira cette lettre dans le recueil que le D r Michelin a dédié à M llc de Sainteville, à la page 36 , 
Les Archives de la Légion d’honneur ayant été incendiées en 1871, il ne nous a pas été pos¬ 
sible de connaître les dates précises des deux promotions de Savigny dans cet Ordre. Encore nous 
a-t-il fallu rechercher la dernière dans ï Almanach royal de 1867, 

(3) Daté du 29 janvier i 85 o. Page 3 g du meme recueil. 


CHAPITRE XVI. 


LA FIN DU NATURALISTE. 

Savigny attendait la mort depuis longtemps, cette mort qui allait mettre 
un terme à ses souffrances, avec la résignation d’un sage. 

Sa fin fut celle d’un philosophe antique : 

La mort ne surprend pas le sage. 

H est toujours prêt à partir M. 

Dieu eut enfin pitié de son long martyre. Savigny s’éteignit doucement, à 
l’âge de 75 ans, dans les bras de sa bien aimée compagne, le dimanche 5 
octobre i 85 i, à 2 heures et demie de l’après-midi, dans ce chalet de Gally 
où il était reclus depuis vingt-sept ans! 

Son ami, le D l LeroiW, qui l’avait soigné avec la plus admirable sollici¬ 
tude, avait été désigné comme exécuteur testamentaire. 11 prévint donc 
l’Académie des sciences et écrivit au Maire de Provins pour lui demander de 
réserver un emplacement dans le cimelierc de Saint-Quiriace, ou Savigny 
désirait être inhumé. 

Mais à cause de la durée des funérailles il fut nécessaire d’embaumer le 
corps. 


D) La Fontaine , Fables , La Mort et le Mourant, 

m Le D r Joseph Adrien Le Roi est né en 1797, à Versailles. Il fut atteint du typhus en i 8 i 5 
lors de l’invasion. Chef de clinique de l’Hôpital en i 83 o, il succéda, en i 845 , à Huot dans la 
charge de bibliothécaire de la ville et publia plusieurs ouvrages appréciés sur Versailles ou sur des 
événements se rapportant à sou histoire. Chevalier de la Légion d honneur en 1807. 

Il fut la cheville ouvrière de la Société des sciences naturelles, fondée en i 83 1 et collabora active¬ 
ment aux travaux des Sociétés d Agriculture et d Horticulture. 

11 mourut en 1873, après une vie bien remplie. 

Son biographe, le D r Le Duc, ne dit pas un mot de ses relations avec Savigny (Mém. soc. sc. nat. 
et me die, de Seîiie-clOise, XI, 1875). 



















— 64 — 


N fui ensuite transporté 4 Paris, où l’Académie des sciences fit célébrer le 

corps, z r:::;- ei l,sc ^- 

P s convo. se dirige, vers la barrière de Fontainebleau 

Les cordons du char étaient tonus par MM. Rover président de l’A I- • 

des scences. Du,péril, Jomard et de Villiers. On LaZit „ • . “ 

tants, les principaux zoologistes alors présents à Pari, les d ’ eS . aSsli " 

de l’Institut d’Égvpte : J 0 “ a„ Vl i , / *, ara ’ ies , dernlers «"rvivanls 
Flourens Milne'Vl I r ’ ’ et Confier, et plusieurs notabilités : 

CÏÏÏT*' Fa,C ’ Lehf0D ' H ° ta “ T ““‘- Ale, 

vooé°e n cZlaC n MmT,' * ''ïT Le,01 '«” e d ï d ™"*> - Mêle et dé¬ 
vouée compagne, MM. V.try et Leroi conduisaient le deuil 

de t„ a sibTitr oui SH,0re Ge °^ Sai " t ■ Hi,aire " , F»”»"** » discours, plein 

rappelant la belle condVitTde sT”’ P 7 l0 "î' t™" 1 aJ °“ la C| " el 'l ues mols 
VI , n ,, ? d haVIgny ]ors de ,a capitulation d’Alexandrie 

ù Pâti 86 “ “" T * [m - h P'“ *"■*• partie de l’assistance “n^a 

à S L ain!-oÎr ain ’ mere ? dî l5 ’/ eS ° b8è ï Ues eu ™t lieu aux frais de la ville, 
la population^Le « . pre ® en £ e düne grande a/iluence de toutes les classes de 
d’enfancp T mS ’ MM * Michaud et Choiselat ses camarades 

de S Z " ‘T bB ’ ,e Maire ’ "’ “««i». P'-ononça un discours où il fit Mo- 

LW re "’ r d Par S ° D » malheureux par sa e ° 

L -stanee se retira profondément impressionnée par cet e trist céré- 


C '“‘ le fjs de l ' i " a,tre del’cspMUton. Lo père était décédé» ,844. 


— 65 — 

Dans ses séances du i 5 octobre et du 2 décembre i 85 i, la Municipalité 
concéda ; à perpétuité , un terrain au cimetière Saint-Quiriace et donna le nom 
de Savigny à la rue qui longe la partie latérale de la maison où il est né et 
aboutit à l’ancienne abbaye de Saint-Jacques. Elle fit placer une plaque de 
marbre au-dessus de la porte d’entrée de sa maison natale, plaque dont nous 
avons reproduit l’inscription au chapitre i er . 

Quelques années plus tard, la population de Provins conduisait, clans ce 
même champ de repos, le corps d’un vieux soldat de l’Expédition d Egypte, 
le capitaine Jénot, de la Garde impériale. 

La tombe de l’ancien dragon n’est éloignée que de quelques mètres de celle 
de Savigny. Ainsi Provins a l’honneur de garder la dépouille de deux admi¬ 
rables soldats de l’armée de Bonaparte. 


Mémoires de VInstitut d’Égypte, t. XVII. 


9 















CHAPITRE XVII. 


OLYMPE LETELLIER DE SAINTEVILLE. 

De M !le Letellier nous ne savons que bien peu de chose. Nous ignorons 
même la date exacte de sa naissance ! Son acte de décès, dressé à la Mairie 
de Versailles, le 90 octobre 1860, dit seulement : «âgée d’environ 78 ans, 
née à Paris, quartier du Louvre P)r. 

Elle était la fille de François Letellier, frère aîné d’Alexandre Marie Le- 
tellier de Sainteville, Inspecteur des Domaines de la Couronne, Chevalier de 
Saint-Louis, qui était bénéficiaire d’un bail pour le domaine de Gally ( 2 ). A la 
mort de cet oncle, elle ajouta à son nom celui de Sainteville (par la volonté 
de son oncle, dit-elle dans un de ses testaments). 

Du vivant de son père, M lle Letellier habitait à Paris le n° 53 de la rue 
de Vaugirard. Elle conserva cet appartement tout le temps qu’elle passa à 
Gally. Mais elle n’y venait que très rarement, pour des achats ou des affaires. 
C’est dans ce domicile quelle fit transporter le corps de Savigny. 

Si nous ne savons que très peu de chose sur elle, c’est parce qu’elle s’ef¬ 
faça toujours devant la personnalité de son ami, et ce que nous allons en dire 
procède surtout de déductions et des très rares documents qui nous sont 
parvenus. 

Nous n’avons plus d’elle qu’un seul portrait : c’est, une petite aquarelle de 
Bida W. Son testament mentionne bien un portrait à l’huile qu elle légua à sa 


(l) Dans la lettre qu'elle écrivit au Maire de Provins, et qu’on lira plus loin, elle fait savoir 
qu’elle est née au mois d'octobre. 

Dans son testament il est toujours fait mention de : ma maison de Gally. 

Bida, peintre et dessinateur (181 4 -i89 5 ). Elève de Delacroix, il est surtout connu comme 
illustrateur. Il exposa, aux salons de 18/17 à 1861, des scènes de l’Orient. Son portrait ligure dans 
le Larousse. Il fit, lui aussi, plusieurs séjours en Orient et en Italie. On lui doit l'illustration de la 
Bible, des Evangiles, des œuvres d’Alfred de Musset, de la vie de Jeanne d’Arc. 11 a publié un 


9* 














— 68 


fidèle cuisinière Émilie Félicité Bournisien. Nous n’avons pu savoir ce qu’il 
était devenu. Peut-être était-ce l’original de l’aquarelle de Bida. 

Bida était féru d’orientalisme et il était grand admirateur dé’ Savigny, avec 
lequel il avait souvent occasion de s’entretenir de l’Egypte. C’est certainement 
lui qui fournit les dessins des ornements qui illustrent un certain nombre 
de ses ouvrages, tels que les plats des couvertures de l’exemplaire de Provins 
et du meuble qui les contient. 

Cette aquarelle, qui a été faite vers i 845 , représente une femme à figure 
fraîche, à cheveux noirs en bandeaux recouverts en arrière d’une voilette, à 
visage haut, au front découvert, aux sourcils écartés, aux yeux bruns, grands, 
au nez aquilin et allongé, à la bouche petite et au menton haut; le cou est 
dégagé sans le moindre ornement. 

Cette figure donne une impression de calme, de bonté et de simplicité. 
Bida a bien traduit les trois principales qualités de son modèle car la bonté 
est souvent synonyme de dévouement. 

Comment connut-elle Savigny? Nous l’ignorons. Tout ce que nous savons 
est que, lors de sa première crise, son oncle, M. Letellier, lui avait offert l’hos¬ 
pitalité la plus généreuse dans son chalet de Gally. L’intimité qui s’établit 
alors entre son infirmière bénévole et lui dut prendre rapidement un carac¬ 
tère de compassion et de tendresse de la part de la jeune fille et de recon¬ 
naissance de celle de Savigny. De là à l’amour, il n’y avait qu’un pas. 

Le voyage en Italie (1817-1822) a toutes les apparences d’un voyage de 
noces. 

Au décès de son oncle, survenu à Gally le 3 i octobre 1825, M 1Ie Letellier 
hérita de scs droits sur la ferme, des meubles, bestiaux, voitures, graines et 
fourrages et d’une rente de 5 oo francs. 

Toute sa vie, nous le répétons, M Ue Letellier s’effaça devant son compagnon. 
Elle mena, durant vingt-sept ans, auprès du pauvre savant, la plus triste et 
la plus douloureuse existence, remplissant, oubliée de tous, l’oeuvre de charité 
la plus admirable. Avec une noblesse de sentiments qui l’honore profonde- 


recueil de poésies : Passe temps (1 883 ), dont le frontispice représente un joueur de harpe égyptienne. 
II a compté parmi ses élèves et amis, en plus de Savigny : le peintre Henri Régnault, tué à Bu- 
zenval, Jean Paul Laurens, Eugène Fromentin, l'architecte Garnier, Gaston Paris, etc. 


PL III 


Mémoires de l'Institut d'Égypte, T. XVII. 



Portrait de î*P e Letellier de Sainteville 
(d’après une aquarelle de Bida). 



Savigny recouvert d’un manteau noir 
(d’après un tableautin de la bibliothèque de Provins). 


u. DlluJ- 
























— 69 — 


ments, elle reporta sur Savigny toutes les bonnes actions quelle accomplit. 
Elle s’effaça toujours, avec une modestie qui nous émeut, devant le nom cé¬ 
lèbre de son compagnon. 

Les fondations de Provins et de l'Académie des sciences sont son œuvre et, 
cela, bien peu de personnes le savent. C’est n’est pas avec la très médiocre 
fortune dont jouissait le malheureux naturaliste qu’il aurait pu les constituer. 

Ne s’étant jamais séparés, nulle lettre d’amour n’était nécessaire. Mais s’il 
ne nous reste aucun témoignage écrit, comme les célèbres lettres d’Héloïse 
et d’Abélard, nous avons la preuve de cet amour d’abord dans l’existence de 
recluse qu’elle mena durant un quart de siècle, puis dans le désir exprimé 
de reposer auprès de lui et enfin de n avoir que son prénom : Olympe, gravé 
sur la pierre tombale. 

Dans son testament, Savignv ne la qualifie-t-il pas de «bien aimée*? 

Si M Ue Letellier mena une existence d’infirmière, si elle dut souffrir des 
réactions nerveuses que la maladie provoquait chez son compagnon, elle eut 
au moins, en compensation, des moments de calme où éclataient la profonde 
tendresse et la reconnaissance de son cher malade. Combien de femmes dont 
la vie fut également toute de dévouement et d’abnégation pour un homme 
n’eurent pas de telles satisfactions! Que l’on pense seulement à l’ingratitude 
dont fit preuve le D r Gardeil à l’égard de M Ue de la Chaux, cette lamentable 
histoire que nous a contée Diderot! 

Si M Jle Letellier ne put, faute de connaissances techniques, seconder Sa- 
vigny comme le fit M lle de Gournay pour Montaigne, elle eut du moins le 
grand mérite de sauver tous les matériaux, collections et manuscrits réunis 
par son ami, et ce n’est certes pas de sa faute, comme on le verra, si ces 
précieux documents ne nous sont pas parvenus intégralement. 

Dès 1 . 853 , M Ue Letellier, par l’intermédiaire du D r Leroi, offrait à la Ville 
de Versailles les collections de Savigny Mais ce ne fut que l’an d'après 
que le Conseil municipal vota les fonds nécessaires à l’achat des armoires et 
vitrines destinées à ces collections. 

Celles-ci restèrent dans ces meubles, spécialement achetés dans ce but, jusqu’en 


< l ) Dans te deuxième volume nous donnerons des détails plus étendus sur cette donation et sur 
1 état des collections. 

















70 — 


1 9 1 9 ’ époque à laquelle le conservateur, M. Hirschauer 9 ), les relégua dans 
les caves, pour disposer des pièces et des dits meubles! 

Après avoir ainsi pourvu aux dernières volontés de son compagnon, M llc 
Lctellier se prépara, à son tour, à le rejoindre. 

Elle rédigea plusieurs testaments, dont l’avant dernier est daté du i er dé¬ 
cembre 18 5 6, pensant qu’elle n’aurait plus longtemps à vivre. 

Cependant, elle survécut encore onze ans à Savigny. 

Elle ne décéda que le 19 octobre i 863 , dans le même mois que son ami, 
dans le chalet de Gallv qui lui était devenu si cher. 

Suivant ses dernières volontés elle fut inhumée à Provins aux côtés du 
compagnon de son existence et la même dalle recouvre les deux corps. On 
se borna à graver, sous le nom de Savigny, celui d’OLYMPE, pour se conformer 
à son désir. 

Ce fut le général Le Bœuf, demeurant à Paris, rue d’Amsterdam, n° 39 ( 2 ), 
que M )le Letellier avait désigné, dans ses divers testaments, comme son héritier 
qui procéda à ses obsèques et qui fit exécuter celui daté du 1“ décembre 
i8b6, mais qui ne fut reçu, par maître Piehard notaire à Versailles que le 
22 octobre i 863 . 11 approuva la donation faite à l’Académie des sciences, 
par acte notarié du 11 novembre, et c’est lui qui dut entrer en possession 
des documents, qui nous manquent aujourd’hui, sur les deux principaux 
acteurs de ce livre! 31 . 

Mais que sont-ils devenus? 


(l) Décédé en 1900, 

Le meme qui devint ensuite maréchal de France et qui, à ia veille de la guerre de 1870, à 
la tribune du Corps législatif, affirmait, de la façon la plus catégorique, que notre armée était prête 
et qu’il 11c manquait pas un seul bouton de guêtre à nos soldats. 

(S> Savigny avait dû laisser une volumineuse correspondance. Comme naturaliste il était en rap¬ 
port avec la plupart des zoologistes de son temps et il avait conservé des relations avec ses collègues 
de la Commission des sciences et de 1 Institut d Égypte ainsi qu'avec ses parents et amis de Provins. 
On peut voir par les manuscrits de Versailles combien il était conservateur car les brouillons de ses 
notices s’y trouvent en plusieurs états. D'autre part, étant donné le culte que M lle de Sainteville avait 
pour lui, il est très peu probable qu’elle se soit séparée de lettres qui lui rappelaient tant de souve¬ 
nirs de sou cher disparu. Comme, malgré toutes nos recherches dans les diverses bibliothèques de 
Paris et de Versailles, nous n’avons rien trouvé, il faut bien conclure que c’est le général Le Bœuf 
qui, nayant pu tirer profit de ces papiers, les aura détruits, sans sc douter de l’acte de vandalisme 
que sa cupidité lui faisait accomplir. 


CHAPITRE XVIII. 


LA SÉPULTURE. 

La tombe de Savigny se trouve à l’angle nord du cimetière Saint-Quiriace, 
dans un terrain otfert généreusement par la ville de Provins. 

Savigny disait souvent que son désir le plus cher serait de reposer, pour 
l’éternité, sous l’ombre d’un bois. 

«Son amie a, le plus possible, accompli ce vœu par des plantations. Dieu 
les défende du vent hostile de notre montagne! 

crM. de Savigny avait dit aussi qu’il ne voulait nul ornement pour sa tombe. 
On a respecté sa défense par l’érection d’une simple pierre, où se lit son 
nom. 

Je suis allé m’incliner sur la tombe des deux nobles figures, le i 3 février 
iq3o, en compagnie de M. Chabrol, qui a bien voulu me servir de guide. 

La tombe de Savigny est située dans un enclos, de 10 mètres sur 8, 
limité par une barrière basse. Deux thuyas d’un côté et trois de l’autre 
forment une bordure toujours verdoyante. A l’entrée se trouve une belle croix 
de fer que les bénéficiaires des prix! 1 ) viennent fleurir le jour de leur mariage. 
C’est une tradition sacrée à laquelle elles ne manquent pas. 

Le jour de ma visite, c’étaient deux palmes qui ornaient la croix : elles 
portaient les noms de Gbapotot et de José. 

Une dalle massive, en calcaire, verdie à la surface, porte, gravé en creux, 
à la partie supérieure : 

SAVIGNY 

Au milieu, une couronne d’immortelles dans le style empire, et au-dessous : 

OLYMPE 

sans aucune date. 


(*■ Voir au chapitre suivant. 


■ 
















— 72 — 


On aurait pu y graver également sa devise qui était Patientia, et qui doit 
être, en effet, la qualité primordiale de tout naturaliste. 

La tombe est ombragée par un magnifique cèdre du Liban recouvert de 
lierre à la base. 

Tout l’enclos du terrain est envahi par des herbes folles qui complètent 
ainsi la parure verdoyante de la sépulture. 

Le vœu de Savigny de reposer sous la verdure ne pouvait mieux être satis¬ 
fait! 

A quelques mètres en avant de cette tombe, se trouve celle d’un vieux 
soldat de 1 expédition d Egypte, dont nous avons copié 1 épitaphe : 

Ici repose un vieux soldat d’Egypte 
Félix François JEINOT de la Garde impériale 
Chevalier de la Légion d’honneur le 1 4 mars i8oG 
Décédé à Provins le i er novembre i 85 g 
à l’âge de 79 ans. 

Son buste, orné d’un casque de dragon, surmonte la plaque. 

Ln peu plus bas, on voit encore la sépulture du D r Michelin, ornée d’un 
chapiteau roman. 

Bien que la plaquette dédiée à M ile Letellier de Sainteville soit anonyme 
nous savons, par des témoignages très sûrs, que c’est le D r Michelin qui en 
est l’auteur. 

Ainsi donc, par un hasard bienheureux, les trois amis reposent dans le 
même enclos à peu de distance les uns des autres. La mort même n’a pu les 
séparer! 


CHAPITRE XIX. 


LES FONDATIONS SÀVIGNY. 

Par acte passé le •ah octobre 18/19 devant M e Pichard, notaire, demeurant 
à Versailles, M. de Savignv fit donation à la ville de Provins d’une rente de 
1 900 francs 3 ojo pour faciliter, chaque année, le mariage de quatre jeunes 
filles pauvres, nées à Provins. 

L’acte indique, avec précision, les conditions dans lesquelles ces dots 
devront, être attribuées. Elles dénotent le naturaliste méticuleux qu’était Sa- 
vigny, font l’éloge de son libéralisme et l'honorent : 

rrLa religion de la jeune fille, dit-il, sa conduite plus ou moins régulière, 

celle de ses parents.ne pourront, sous quelque prétexte que ce soit, 

fournir des motifs d’exclusion, v 

Et il ajoute encore au sujet du futur époux : 

kQ uant à ses qualités, bonnes ou mauvaises, on fera bien de s'en remettre 
pour leur appréciation à l’instinct, de la jeune fille, instinct qui la portera 
sans doute à vouloir une alliance pour la rendre heureuse et pour honorer 
sa famille, en l’honorant elle même (1 N 

Toutefois Savigny réservait la jouissance de cette fondation jusqu'au décès 
de sa compagne. Mais celle-ci ne voulut pas profiter de cette clause et voici, 
in extenso, la belle lettre que M ,le Letellier de Sainteville écrivit au Maire de 
Provins, trois jours après l’inhumation du naturaliste dans le cimetière de la 
ville, haute. On ne lira pas sans émotion les lignes suivantes : 

te Monsieur ue Al aire, 

rrDes rêves faits dans sa jeunesse, Al. de Savigny ne pouvait plus en réa¬ 
liser qu’un seul. C’était de faciliter le mariage de pauvres jeunes filles, en 
pourvoyant aux premiers besoins du ménage. A force d’économies, de priva¬ 
tions peut-être, M. de Savigny est parvenu à posséder la somme nécessaire 


Nous reproduisons, plus loin. l'alliehe qui fait appel aux candidates à ces fonctions. 
Mémoires de l’Institut d’Egypte , t. XVII. 10 















— 74 — 


à l’acquisition de 1200 francs de rente 3 o[o, qu’il destinait à cette pieuse 
action. M. de Savigny a cru devoir me réserver la jouissance de ces 1200 
francs de rente, mais je ne veux pas Monsieur le Maire, que les jours qu’il 
m’est donné de passer sur cette terre retardent le bonheur des jeunes filles 
qui auront mérité de recevoir le legs que leur bienfaiteur leur destine. Je sup¬ 
plie donc la ville de Provins de vouloir bien m’accorder la faveur d’accepter 
dès ce moment, ma renonciation à la jouissance de ces 1200 francs de rente. 

«•Les époques choisies par M. de Savigny pour la célébration des mariages 
sont le mois d’avril et le mois d’octobre. C’est dans ces mois que M. de Sa¬ 
vigny et moi sommes nés. Mon désir le plus ardent est que le mois d’avril 
prochain, au jour de la naissance de M. de Savigny, deux mariages soient 
célébrés, et que dès lors le nom de M. de Savigny soit béni. 

«Veuillez, Monsieur le Maire, m’indiquer les formalités qu’il me faudra 
remplir pour mettre la ville de Provins en mesure d’exécuter sans retard les 
dernières volontés d’un de ses enfants. 

« J’ai l’honneur d’être, avec respect, Monsieur le Maire, votre très humble 
et très obéissante servante, 

Agathe-Olympe Letellier de Sainteville. 

Gally, le 1 h octobre 18 5 1. 

La première remise des prix fut faite, le mercredi 12 mai, par le Maire, 
M. Garnier, devant le conseil municipal et les fonctionnaires publics con¬ 
voqués, à cet effet, à l’Hôtel de Ville. 

Les deux premières jeunes filles qui bénéficièrent de la donation de Sa- 
vigny-Letellier, furent Mesdemoiselles Denise Adolphine Champion et Caro¬ 
line Eléonore Bouchereau. 

Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, qui honorait cette cérémonie de sa présence, 
prononça un discours dans lequel il qualifia Savigny de cr Bélisaire de la 
science ri. 11 termina son discours par ces mots : 

«Vertu, gloire, souffrance, voilà, dit-il, quel fut M. de Savigny 8). t 


Le récit de cette ceremonie, sous la signature de Jules Mouton, professeur au Collège de 
Provins, a paru dans la Feuille de Provins, du i5 mai 18 5 2 . L’article a pour titre : U Œuvre de 
M. Savigny. Dotation annuelle de quatre jeunes filles pauvres. Notice sur celte fondation. 


— 75 — 


A cette fondation, qu’on regrette de n’avoir pas eu plus d'imitateurs, M llc 
Letellier ajouta un autre bienfait. 

Son testament olographe (le quatrième), en date du i er décembre 18 56 , 
comportait le legs suivant : 

«Moi, Agathe, Olympe, Letellier de Sainteville, voulant, avant toute autre 
disposition, perpétuer, autant qu’il est en mon pouvoir de le faire, le sou¬ 
venir d’un martyr de la science et de l’honneur, je lègue à 1 Institut de 
France, Académie des sciences, section de zoologie, vingt nulle francs au nom 
de Marie-Jules-César Le Lorgne de Savigny, ancien membre de 1 Institut 
d’Égypte et de l’Institut de France, pour I intérêt de cette somme de vingt 
mille francs être employé à aider les jeunes naturalistes voyageurs qui ne recevront 
pas de subvention du Gouvernement et qui s'occuperont plus spécialement des animaux 
sans vertèbres de l’Égypte et de la Syrie, qui voudraient publier leur ouvrage et 
se trouveraient en quelque sorte les continuateurs des recherches faites par 
M. Jules-César Savigny sur ces contrées et qui nont pu etre terminées a 
cause de l’affreuse maladie qui la précipité vivant dans la tombe .v 

Le général Le Bœuf, légataire universel, confirma cette donation et le s2 
février 1 863 l’Académie accepta ce legs et cette décision fut ratifiée par 
décret du 20 avril 1 864 . 

La première récompense sur la fondation Savigny fut décernée en 1866 
au naturaliste Léon Vaillant , qui fut plus tard professeur de Malacologie au 
Muséum, pour ses recherches sur la faune de Suez. 

Les deux autres bénéficiaires ex æquo lurent Mac Andrew et Issel (1870), 
pour le même sujet. 

Le prix ne fut plus attribué jusqu’en 1880, année a laquelle il fut décerné 
à Grandidier, l’explorateur de Madagascar, et, à partir de 1890, il a été à 
peu près régulièrement attribué chaque année. 

Les principaux bénéficiaires de ce prix ont été : en 1890, 1 e D- Jousseaume; 
en 1891, le D r Faurot; en 189/1, Mayer Eymar; en 1898, M. Coutières; en 
1901, MM. Bonnier et Pérez; en 1908, Fourtau; en 190/1, A. Krempf; en 
1905, M. Gravier; en 1906, Pallary; en 1907, Alluaud; en 1908, Lesne, 
en 1909, du Buysson; en 1910, D r Emile Brumpt; en 1911, Garni; en 
1912, Louis Germain; en 1918, Neuville; en 191A, Surcoût; en 1916, Ed. 
Lamy; en 19175 D r R. Jeanne!; en 1919, Eouis Doutan; en 1920, Feidi- 


10 , 




























— 76 — 

nanti Le Cerf; en 1921, Armand Krempf; en 1922, D r Jacques Pellegrin; 
en 1923, Gaston Seurat; en 1926, C. Houard; en 1925, Eugène Séguy; 
en 192G, Edouard Lamy; en 1927, Maurice Langeron; en 1928, J. L. Dan- 
tan; en 1929, H. Gauthier; en 1980, D r L. Parrot. 

Ici se termine la première partie de la tâche que nous nous sommes as¬ 
signée : celle de retracer la vie de Savigny et de sa noble compagne. 

Nous consacrerons les chapitres suivants, qui constitueront le deuxième 
volume, aux collections et publications de l'infortuné naturaliste. 


PIÈCES ANNEXES. 


A. — LETTRES INÉDITES DE SAVIGNY OU LE CONCERNANT. 

AU CITOYEN CUVIER, MEMBRE DE L’INSTITUT NATIONAL, 

JARDIN DES PLANTES À PARIS. 


Monsieur, 

Nous nous embarquons à l’instant, je devais vous écrire en vous faisant un 
envoi comme nous en étions convenus, le sort ne l’a pas permis, je n’ai pu me 
procurer d’Esprit de vin. 

Je ne vous parlerai pas de notre voyage jusqu’à Toulon, j’ai pendant tout 
son cours partagé l’Enthousiasme de notre Excellent ami, le C. (citoyen) Geof- 
froi, mais je ne pourrais rien ajouter aux tableaux séduisants qu’il vous en 
a faits. 

A présent je ne suis pas tranquille : Mes camarades s’apperçoivent de ma 
tristesse et tachent d’y faire diversion; Soins inutiles! on ne quitte pas son 
Pays sans regret. Mon dieu qu’est, ce que le cœur de l’homme! insensé que 
je suis de juger toujours des autres d’après moi même. 

Ne m’oubliez pas. Vous serez toujours présent à ma Pensée, vous et tous 
mes autres amis. Je ne puis leur Ecrire, j’ai l’Esprit trop malade Mais ils me 
connaissent et ils me le pardonneront. Remerciez bien Duméril; Hélas! je me 
repose sur lui du soin de ce j’ai de plus cher! 1 !. 

Nous sommes tous séparés. Heureusement on nous promet de relâcher a 
Gènes ( 2) . C’est la où je compte vous écrire de nouveau. La traversée sera 


W Celle phrase laisse supposer qu’il connaissait déjà M u * LeielHer. 
i s > Cette relâche n’eul pas lieu. 














78 — 


pénible pour moi. Nous sommes pour ainsi dire entassés les uns sur les autres, 
et cependant je ne crois pas qu’il y ait personne sur mon vaisseau avec qui 
je puisse lier connaissance. 

Je suis avec la plus respectueuse considération Votre tout Dévoué. 

J. Cés. Savignï. 

Toulon, ce a 4 floréal, an 6. 

(Académie des sciences, Fonds Cuvier, Carton 3220, pièce 7). 

Nous avons respecté scrupuleusement l’orthographe de cette lettre. 11 est à 
remarquer que Savigny ne mettait presque jamais de majuscule après un 
point. 


LE GÉNÉRAL EN CHEF MENOU 
AU GÉNÉRAL EN CHEF DE L’ARMÉE ANGLAISE. 

Alexandrie, le 18 fructidor, an 9 de la R.F. 

(5 septembre 1801). 

. . . Vous m’apprenez, Monsieur le général, par la dernière phrase de votre 
lettre que je n’aurais pas dû signer, avec autant d’abandon et de confiance, la 
Capitulation apportée par Monsieur le brigadier général Hoppe qui m’assura 
(fu’on aurait tous les égards possibles à mes observations. Je crus n’avoir pas 
besoin d’autres assurances. Et j’aurais crû me faire tort à moi même et, à Mes¬ 
sieurs les Généraux des puissances alliées en ayant une autre pensée. 

Quant à l’article des monumens qui est le seizième, il est dit : Monsieur le 
général llope ayant déclaré, sur quelques observations du Général en chef de l’année 
française, qu’il ne pouvait rien changer à cet Article, il a été convenu quil en serait 
écrit a M. le Général en chef de l’armée anglaise. 

J’ai exécuté, Monsieur le Général, le contenu de cet article. J’ai eu l’honneur 
de vous écrire. Je 11’ai point eu de réponse. 

J’ai encore eu l’honneur de vous proposer de vous en rapporter à ma parole 
d’honneur, pour faire la distinction entre ce qui pouvait appartenir à la Répu¬ 


— 79 — 


blique et aux particuliers. Il faut ici s’expliquer franchement, Monsieur le Gé¬ 
néral : si vous ne vous en rapportez pas à ma parole il est évident que c’est 
vous même qui ferez ce choix, alors il faudra nécessairement visiter tous les 
Effets de l’armée par ce que je crois qu’il 11’y a pas un seul individu, à com¬ 
mencer par moi, qui n’ait acheté quelque pierre, médaille ou antiquité, ou 
ramassé quelques cailloux. Si telles sont vos intentions, Monsieur le Général, 
il serait beaucoup plus simple de me les faire connoitre très promptement. . . 

(Archives historiques, Registre L. 2, folios 1 3 1 et 1 33 .) 

Nous n’avons pas retrouvé la lettre du général Hutchinson à laquelle répond 
le général Menou. Mais il est facile de voir qu’il s’agit d’une mise en demeure 
d’avoir à exécuter le fameux article 16 de la capitulation, relativement à la 
remise à l’armée anglaise des collections formées par nos savants durant leur 

f 

séjour en Egypte. 


M. IIELY HUTCHINSON, GÉNÉRAL EN CHEF DE L’ARMÉE ANGLAISE, 

AU GÉNÉRAL MENOU. 


Mon général, 


Au camp devant Alexandrie. 
5 septembre 1801. 


Quand je réclame les manuscrits arabes, les statues, plusieurs collections 
et objets d’antiquités, je ne fais que suivre le bel exemple que vous avez donné 
à l’Europe entière. Etiez vous en guerre contre l’Apollon du Belvédère, le Rao- 
coon et plusieurs beaux morceaux que vous avez enlevés de Rome? Certaine¬ 
ment les statues et les tableaux du prince Rorghèse étaient la propriété de sa 
famille, lis sont pourtant en partie à Paris. Dans tous les pays où les français 
ont fait la guerre, ils ont mis la main sur tout ce qui leur paraissait convenable 
de prendre. Gomme le sort des armes a décidé contre vous, je réclame l'exé¬ 
cution de la capitulation sur ee point, je ne veux rien relâcher là dessus. Et 
avant de partir vous aurez la bonté de remettre les manuscrits arabes que vous 

















— 80 — 


avez mis en réquisition au Kaire par l’entremise du père Raphaël et que vous 
avez tirés de la grande mosquée du Kaire et de plusieurs lieux publics. 

Vous avez aussi une pierre déterrée à La Rosette qui était à bord de la cor¬ 
vette l'Oiseau avec une inscription dans les langues grecque et cophte et avec 
des hiéroglyphes. Les deux statues dont j’ai eu l’honneur de vous parler ne 
peuvent pas être la propriété du général Friant. Nous avons déterré ici plu¬ 
sieurs objets de quelque importance qui ne sont pas aux individus de l’armée 
qui les ont trouvés, mais au public. Je sais que vous avez aussi plusieurs sarco¬ 
phages et objets d’antiquités qui doivent être placés à Paris, surtout une grande 
partie de ce que vous appelez la collection du citoyen Conté. Je réclame tous 
ces objets et vous pouvez être persuadé que je ne laisserai pas partir un seul 
morceau pour la France. Ayez la bonté de fouiller parmi vos papiers et vous 
trouverez toutes les cartes topographiques de l’Égypte. Le citoyen Jacotin a dit 
au quartier maître général de notre armée qu’ils étaient tous à Alexandrie. 
G était donc un petit oubli de votre part quand vous avez dit qu’ils n’y existaient 
pas. Faites moi la grâce de faire les recherches nécessaires. Je crois que les in¬ 
génieurs géographes peuvent vous indiquer le lieu où ils se trouvent. 

J’ai l’honneur d’être votre très humble et obéissant serviteur, 

Hélï Hdtchinson, général en chef. 


Mon général, 


Au camp, le 10 septembre 1801. 


Vous aurez la bonté de donner ordre qu’on remette dans les mains de Mon¬ 
sieur le Colonel Turner et de Monsieur Hainilton les objets d’antiquités, les 
statues, les manuscrits copthes et arabes que je réclame en vertu de la capitu¬ 
lation et aussi une collection dhistoire naturelle, botanique et minéralogique 
que je demande comme Propriété publique. 

I ai 1 honneur d’être, avec la plus haute considération, mon Général, votre 
très humble et très obéissant serviteur. 

H ely Hutchinson, général en chef. 

(Archives historiques. Dépôt de la guerre, Armée d’Orient, n° 1 87.) 


— 81 — 


Nous n’avons pas respecté l’orthographe de ces lettres ne voulant pas rendre 
responsable un étranger de l’ignorance des finesses de la langue française. 

On remarquera toutefois le pédantisme dont elles font preuve. Ce n est 
certainement pas un général en chef anglais qui aurait employé ce ton de 
persiflage à l’égard d’un collègue français. C’est, plutôt Hamilton qui en est le 
véritable auteur. 

11 est assurément amusant de voir reprocher aux français l’enlèvement des 
statues de Rome, alors qu’entre 1800 et 1810 lord Elgin devait enlever les 
sculptures du Parthénon, qu’il vendit ensuite au British Muséum. Cet Hamil¬ 
ton, d’ailleurs, était d’une inconscience rare puisqu’il avait fait aux savants 
français l’offre singulière de publier à Londres le résultat de leurs travaux! 


À MONSIEUR LE GÉNÉRAL HUTCHINSON, 
GÉNÉRAL EN CHEF DE L’ARMÉE ANGLAISE. 


Monsieur le général , 


Alexandrie, le 19 fructidor, an 9 de la R. F. 
(6 septembre 1801). 


. . . Depuis longtemps, Monsieur le général, les anglais ont donné 1 exemple 
à tout l’univers d’enlever tout ce qui était à leur convenance. Si nous avons 
emporté quelques statues d’Italie et plusieurs autres chefs d’œuvres, c’est en 
vertu de traités faits avec les princes et états de cette contrée, mais jamais nos 
généraux ne se sont permis d’enlever aux nombreuses armées qu’ils ont vain¬ 
cues le fruit des recherches et travaux que pouvaient avoir fait quelques indi¬ 
vidus de ces armées. 

. . . permettez moi, Monsieur le général, de vous faire observer la différence 
qu’il y a entre des statues et tableaux apportés d Italie en France, quelques 
sarcophages,*des fragmens de pierre, oiseaux, reptiles, rassemblés en Egypte, 
d’un côté et de l’autre avec . . . 

Je sçais parfaitement, Monsieur le général , que les sort des armes a décidé 
entre nous, qu’ainsi que j’ay eu l’honneur de vous le mander hier, vous avez 

Mémoires de VInstitut d’Egypte , t. XVII. 11 













— 82 — 


sans contredit le droit du plus fort, vous l’exercerés comme vous voudrez, 
comme bon vous semblera, je ne m’en mêlerai plus. 

Je ne vous remettrai point, Monsieur le général, de manuscrits arabes parce 
que je n’en ay point un seul; je n’en ay jamais parlé au père Raphaël, qu’à 
peine ay-je vu trois fois depuis que je suis en Egypte, jamais je n’ai donné 
l’ordre d’en tirer de la grande mosquée du Kaire, ny de plusieurs autres lieux 
publics. Ceux qui vous ont fait de tels rapports sont des fourbes insignes. 

11 est vrai, Monsieur le général, que j’ay en ma possession une pierre que 
j’ay fait déterrer à Rosette et qui porte trois inscriptions différentes, elle était 
ma propriété, mais je vous déclare que je comptais véritablement l’offrir à la 
République en arrivant en France. Vous la voulez, Monsieur le général, vous 
l’aurez parce que vous êtes le plus fort et que je ne serai pas fâché de publier 
en Europe que ma propriété m’a été enlevée par les ordres de Monsieur le 
général anglais. 

On vous a trompé quand on vous a dit que cette pierre était à bord de XOi- 
seau, elle était depuis longtemps dans un magasin d’Alexandrie; je l’avais fait 
venir chez moi, je l’en ferai sortir et vous la prendrès quand il vous plaira. 

Je ne me mêlerai point, Monsieur le général, des deux statues parce que je 
n’ay pas le droit d’enlever la propriété d’un autre, ce sera entre vous et le gé¬ 
néral Friant. 

Je vous ay parlé, Monsieur le général, dans une de mes lettres, des deux sar¬ 
cophages. Quant à la collection du citoyen Conté je n’en ay entendu parler, 
mais je vous déclare que je ne l’ay jamais vue. Je ne sçois même pas où elle 
existe dans la ville d’Alexandrie, pas plus que les instruments de musique du 
citoyen Villoteau. 

J’auray l’honneur de vous envoyer, Monsieur le général, des membres de 
1 Institut et de la Commission des arts qui vous mettront au fait de choses que 
j’ignore parfaitement, 

(Archives historiques du Ministère de la guerre, Armée d’Orient, f° i 33 .) 






— 83 — 


LE GÉNÉRAL HUTCHINSON, GÉNÉRAL EN CHEF DE L’ARMÉE ANGLAISE, 
AU GÉNÉRAL MENOU, GÉNÉRAL EN CHEF DE L’ARMÉE FRANÇAISE. 

Au camp, le 12 septembre 1801. 

Mon général, 

Au lieu de m’avoir remis tout ce qui est propriété publique, je sais que vous 
gardez plusieurs manuscrits arabes et cophtes et que vous cherchez à me dé¬ 
rober tout ce qui est possible. Vous avez réclamé la pierre trouvée à La Rosette 
comme votre propriété particulière et les deux statues déterrées à Alexandrie 
comme la propriété du général Friant. Vous savez, mon généra! que ces objets 
là ont toujours été censés appartenir à la République française, toute l’Égypte 
et toute votre armée sait cela aussi bien que moi. 

J ai appris à juger les hommes par ce qu’ils font et non par ce qu’ils disent. 
■Te n ai pas cherché à violer l’article 16 de ta capitulation : mais c’est vous qui 
lavez tait quand vous avez réclamé plusieurs objets comme appartenant à des 
individus de votre armée, qui sont à la République française. Je vous l’ai déjà 
dit dix fois, et je vous le répète, que je veux avoir tous ces objets que je deman- 
dois par la voye de M. Hamilton et du Lieutenant colonel Turner, c’est-à-dire 
tout ce qui appartient à la République trançaise et toutes les collections qui 
ont été faites a ses dépens. La guerre des soldats est finie, je ne veux pas la 
guerre de plume, il faut que celte correspondance finisse au moins de ma part, 
je ne veux plus la continuer. 

J ai 1 honneur d être votre très humble et obéissant serviteur, 

Hbly Hutchinson, général en chef. 

(Archives historiques du Ministère de la guerre, Armée d’Orient, f° 192.) 


_ 















■ 1 


— 84 - 


LE GÉNÉRAL EN CHEF MENOU 

À MONSIEUR HUTCHINSON, GÉNÉRAL EN CHEF DE L’ARMÉE ANGLAISE. 

Alexandrie, le 26 fructidor, an 9 de la R. I 1 . 

(1 3 septembre 1801.) 

Monsieur le général. 

Je m’en réfère aux diverses lettres que j’ai eu l’honneur de vous écrire rela¬ 
tivement à l’article 1 b de la Capitulation. Si vous 11'avez pas le droit de la justice 
en réclamant la propriété particulière vous avez celui de la force dont vous 
pouvez user comme bon vous semblera. Vous devez avoir tout ce qui appartient 
à la République et rien de plus. Il vous plait de regarder comme propriété 
publique plusieurs propriétés particulières. 

C’est ici que la question s’élève entre vous et moi : qui jugera la cause? Je 
ne vois pas ici d’autre tribunal que celui de la force. Vous êtes à la fois juge et 
partie, il ne me reste plus qu’à protester formellement contre cet acte de votre 
volonté, me réservant de réclamer en tems et lieu, et reservant aussi à mon 
Gouvernement la même faculté de réclamer contre cette spoliation de pro¬ 
priétés particulières. Les individus lezés se réservent aussi le même droit. 

J’ai donc l’honneur de vous répéter, Monsieur le general, que vous userez 
de votre droit du plus fort ainsi que vous le jugerez à propos. Quant a moi si 
j’ordonnais de vous remettre autre chose que les propriétés publiques j outre¬ 
passerais tellement les bornes de la justice, de mes devoirs et de 1 autorité qui 
m’est confiée que je mériterois de perdre la tête sur un echaffaud. Je veux bien 
la perdre honorablement, d’un coup de canon, mais je ne me soucie nullement 
de la perdre comme un criminel. 

J’ai l’honneur d’être, Monsieur le général, votre très humble et obéissant 
serviteur, 

Menou. 

(Archives historiques. Armée d’Orient. Registre n° 3 . Correspondance et 
ordres du général en chef Menou, feuillets 11 et 12). 


— 85 — 


À Monsieur IIutciiinson , 

Et moi aussi, Monsieur le général, je serai enchanté de terminer la guerre 
de plume avec vous, car elle est extrêmement fastidieuse. Je n’aurois pas même 
eu l’honneur de vous écrire aujourd’hui si Monsieur Hamilton ne m’eut fait 
celui de me remettre ce matin une lettre de vous. 

Quant à la guerre de soldats je 11e sçais où elle en est en Europe, mais si elle 
y continue, comme c’est probable, j’irai vous demander ma revanche. 

Quant aux manuscrits cophtes, je 11’en ai pas un seul. Quant aux manuscrits 
arabes, j’ai, comme cela est nécessaire à un vrai sectateur de 1 islamisme, deux 
korans et trois ou quatre petits livres de prières. J’imagine, Monsieur le géné¬ 
ral, que vous avez quelques bibles du rite anglican. Ainsi nouspossédon chacun 
des livres de nos religions. J’ai parlé ce matin à Monsieur Hamilton de mes Co- 
rans, il 111’a répondu avec beaucoup d’obligeance, qu’on n’enlevait à personne 
les livres dans lesquels on pouvait prier selon le rite de sa croyance religieuse. 

Au total, Monsieur le général, vous sçavez mille fois mieux que moi, car 
votre amour pour la science est connu dans toute l’Egypte et dans toute votre 
Armée, vous sçavez, dis-je, que dès qu’on achète en Egypte un livre arabe, c’est 
toujours un manuscrit, car il n’y existe pas d’imprimerie, je ne sçais même, 
car je suis fort ignorant, s’il en existe à Constantinople. 

Ce ne sera qu’en Europe, Monsieur le général, que je reviendrai sur la 
pierre, ma propriété, que vous avez la bonté de me dérober; vous trouverez 
peut-être ce dernier mot inconvenant, mais je ne fais que copier ce même mot 
dont vous vous êtes servi dans la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’é¬ 
crire. 

Quant aux deux statues, il me serait difficile de les dérober, car elles pèsent 
chacune deux ou trois mille livres et tout le monde peut les voir chez le géné¬ 
ral Friant. Quant aux autres collections, je m’en réfère à ce que j’ai eu l’hon¬ 
neur de vous mander, et je puis sur ma parole vous assurer que je ne me suis 
jamais exercé dans l’art sublime de dérober. 

Et moi aussi, Monsieur le général, j’ai appris à juger les hommes par ce 
qu’ils font et non par ce qu’ils disent! Les débats parlementaire de 1 Angleterre 
offrent à cet égard de très solides et de très curieuses observations. 























— 86 


Je finis ma dernière lettre en vous priant d’être persuadé des sentimens avec 
lesquels j’ai l’honneur d’être, Monsieur le général, votre, etc. 

Menou. 

P. S. — Messieurs Hainilton et Turner sont libres de faire tous ce que vous 
leur ordonnerez. 

J’apprends dans l’instant que plusieurs de nos faiseurs de collections désirent 
suivre leurs graines, minéraux, oiseaux, papillons ou reptiles partout où vous 
dirigerez leur caisses. Je ne sçais si pour cela ils se feront Empaillerai, mais je 
puis vous assurer que si la fantaisie leur en prenait, je ne les déroberois pas. 
Je leur ai permis de s’adresser à vous, Monsieur le général. 

(Archives historiques. Registre n" 2, f" 12.) 


A Alexandrie, le 28 fructidor, an 9 de la R.F. 
( 1 5 septembre 1801). 


Au Général en chef, 

Le désir de pouvoir concourir un jour aux progrès des sciences naturelles 
nous avait engagés à suivre l’armée française en Orient, et à entreprendre une 
suite de recherches qui ont commencé depuis notre départ de France, et que 
nous avons continuées presque sans interruption pendant près de quatre an¬ 
nées. 

Cependant la Déclaration formelle du Général anglais qui persiste, malgré 
vos représentations et les nôtres, à considérer les collections d’histoire natu¬ 
relle que nous avons recueillies, comme objets d’Arts publics, et à leur faire 
ainsi l’application de l’article XVI de la Capitulation d’Alexandrie, nous prive 
aujourd’hui de la partie essentielle de notre travail, et nous met dans 1 im¬ 
possibilité absolue d’en publier jamais les résultats. 

Dans ces circonstances pénibles, Citoyen Général, nous ne vous croirions pas 


(1) Nous espérons, qu’en bon anglais, le général Hamillon aura apprécié ce trait d’humour. 


87 — 


quittes envers les sciences et la patrie si nous ne vous faisions part du dernier 
moyen qui s’est offert à nous, le seul qui nous permette de conserver quelque 
espoir, celui d’accompagner nos collections jusqu’à Londres pour y adresser 
directement nos réclamations au Gouvernement anglais. 

Si vous approuvez ce projet, Citoyen Général, nous vous prions de l’auto¬ 
riser et de demander au Général en chef de l’armée ennemie, d’ordonner que 
nous soyons conduits à Londres le plutôt possible et par la voie la plus directe 
avec nos collections qui devront rester en notre pouvoir jusqu’à ce que le Gou¬ 
vernement anglais ait prononcé définitivement sur cet objet. 

Nous espérons, Citoyen Général, que le Gouvernement français, instruit par 
vous de nos démarches et des motifs qui nous les auront fait entreprendre, 
ajoutera bientôt ses puissantes réclamations à notre faible voix et nous fera 
rendre, après avoir obtenu la justice que nous attendons, à nos familles et à la 
Patrie. 

Salut et Respect, 

J. C. Savccny Aure R. Delile. 


Vu et approuvé les déclarations cy dessus et des autres parts, Monsieur le 
Général anglais n’a de son côté que le droit du plus fort, en s’emparant des 
propriétés particulières, il viole le droit de gens, il viole les usages reçus parmi 
tous les sçavans de l’Europe qui forme pour ainsi dire une société qui ne peut 
prendre et ne prend, en effet, aucune part aux guerres que se font les puis¬ 
sances. 11 oublie ce qui a toujours été pratiqué par la Société royale de Londres, 
par les instituts et académies de France et de toute l’Europe. H oublie les déci¬ 
sions qui tant de fois ont été rendues par les Gouvernements de France et 
d’Angleterre, décisions toutes conservatrices des travaux et des collections faites 
par les sçavans des deux nations. Je m’en réfère d’ailleurs à la lettre que j’ai eu 
l’honneur d’écrire à Monsieur le Général en chef anglais. 

Le 26 fructidor. 


(Archives historiques, Armée d’Orient, septembre 1801, feuillet 12 et re¬ 
gistre N. 2, n° k 1 5 .) 















— 88 — 


À MONSIEUR LE BARON CUVIER, CONSEILLER D’ÉTAT, 

SECRÉTAIRE PERPÉTUEL DE L’ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Mon très Cher et très honoré confrère, 

Vos lions oflices auprès de M. le Baron de la Bouillerie en me faisant 
obtenir la jouissance gratuite de la maison et du petit domaine de Gally 
m’ont assuré la possession d’un asile qu’il m’eut été bien pénible de quitter. 
Vous m’avez ainsi rendu, dans une adversité sans exemple, le service le plus 
propre à l’adoucir, à en diminuer l’affreux poids. Une telle marque de votre 
affection a pénétré mon cœur du sentiment de la plus profonde reconnais¬ 
sance. Permettez moi de vous en offrir l’expression. Puisse le Ciel m’appeler 
un jour à vous en donner des preuves sensibles! 

Agréez, mon très cher et très honoré confrère, une nouvelle et vive assu¬ 
rance de mon inviolable attachement. 

J. C. Savigny. 

Gally, le 5 mai t 83 o. 

(Académie des sciences. Fonds Cuvier, carton 3327, pièce 2A). 

11 nous manque malheureusement la lettre dans laquelle Savigny exposait 
à Cuvier sa pénible situation. 11 est très probable que celui-ci l’a adressée au 
baron de La Bouillerie, maître des requêtes au Conseil d’Etat, en lui deman¬ 
dant d’user de la plus grande bienveillance vis-à-vis du demandeur. 


Extraits des lettres de Geoffroy Saint-Hilaire concernant Savigny. 

( Lettres écrites d’Egypte, recueillies et publiées par le D r E. T. Hamy, Paris 1901). 

Page 80. — Geoffroy écrit à Cuvier qu’il a employé son influence auprès de 
Bonaparte pour faire admettre ses bons amis Savigny et Redouté à l’Institut. 

Page 101. — a L’entomologie, dont le citoyen Savigny s’occupe avec beau¬ 
coup de succès, lui rend beaucoup; les vers peu ... 11 (Lettre à de Jussieu). 


— 89 — 


Page 1 65 . — Lettre à M. A. Geoffroy Saint-Hilaire (son frère), comman¬ 
dant du génie. 

De 1 île de Farchi, en face Rosette, le i er ventôse, an VIII=jeudi 20 
février 1800. 

cr J’avais laissé la malle à Savigny ainsi que la clef du cadenas. La serrure 
avait été brisée par Bouilly; Savigny avait apporté ici la clef du cadenas que 
je te renvoie. La malle a été confiée aux soins de Dutertre. Savigny m’a de 
plus appris que grâce à sa négligence (de Bouilly), mes livres de littérature 
ont été pillés après mon départ (du Caire); il en a rapporté quelques-uns ici, 
et laissé d’autres chez moi. v 

Page 189. — Dans une lettre non datée, mais écrite de Rosette en 1801, 
Geoffroy Saint-Hilaire informe les professeurs du Muséum que Delile est 
fréquemment malade, la vue de Nectoux (botaniste) est presque perdue. 
Savigny et les minéralogistes Descotels et Rozières jouissent d’une meilleure 
santé. 

Page 2o 3 . — A Georges Cuvier. Au Caire, A compl., an IX = lundi 20 
septembre 1801. 

cf Savigny, qui a fait une collection d’insectes, est dans le même cas. Sa 
collection est tout à fait précieuse. 11 vous salue et pense toujours à vous aussi 
bien que moi; mais que nous en revient-il, si vous nous avez complètement 
oubliés! n 

Page 206. — Lettre aux professeurs du Muséum datée de Marseille, 27 
brumaire, an X = mercredi 18 novembre 1801. 

11 informe les professeurs de l'arrivée à Marseille des naturalistes, sauf du 
citoyen Coquebert (un botaniste), mort de la peste en mars 1801, au sud du 
Vieux-Caire. 

ce Nos collections réunies forment un total de ko à 5 o caisses^?. 

Il demande à ses collègues du Muséum des subsides pour renouveler l’eau 
de vie des bocaux et payer les frais de transport des caisses jusqu’à Paris. 

Page 207. — Lettre au citoyen Jussieu, directeur du Muséum, datée de 
Marseille, 3 nivôse, an X=jeudi 2A décembre 1801. 

crJe suis autorisé à prendre pour le service de l’histoire naturelle, sur le 
préfet des Bouches du Rhône, une somme qui est même illimitée. L’inconvé¬ 
nient, c’est que le préfet n’a aucun fonds à sa disposition : le citoyen Nectoux 

Mémoires de VInstitut d’Egypte, t. XVII. j 2 



















— 90 — 


a reçu une ordonnance de 5oo francs, mais le ministre de l’intérieur, en la 
lui accordant, n’a pas déterminé sur quel payeur il 1 avait expediee. Je regrette 
que la bienveillance du ministre reste ainsi sans effet, non pour moi, mais 
particulièrement pour Savigny dont la collection est très belle et très consi¬ 
dérable et dont les moyens pécuniaires sont bornés. 

crMes caisses d’antiquités et les caisses de Savigny sont soumises à quinze 
jours de plus de quarantaine à cause du coton servant de bourre. On m a 
remis les animaux conservés dans de la liqueur, je vais leur donner des soins, 
puis je les expédierai de suite et (partirai) moi-même immédiatement après, 

laissant Savigny s’occuper seul de ce qui reste en quarantaine. v> 

Page q 3 o. — Lettre au citoyen Jussieu, directeur du Muséum d histoire 
naturelle, datée de Marseille, le 11 nivôse, an i er janvier 1802. 

rr.la préfecture m’a fait offrir une somme de 3ooo francs dont j’ai 

fait la répartition au prorata des besoins de chacun et conformement au 
tableau ci-inclus : 

cc Tableau des dépenses relatives aux collections d histoire naturelle arrivées 
d’Égypte : 




Achat d’eau de vie pour la conservation d’animaux faisant partie des trancs - 
collections des citoyens Savigny et Geoffroy Saint-Hilaire, i5 quin¬ 
taux à raison de 43 francs l’un.. .. 645 


Dépenses d’emballage et de premiers frais de transport a raison de 


3 0 francs par caisse, savoir : 

Pour le citoyen Savigny, 19 caisses . Syo 

— Geoffroy, 10 — . 3oo 

— — Delile, 9 — . 2 7° 


— les citoyens Rozière et Dupuy, 12 caisses . .... 

— le citoyen Villoteau, 5 caisses. 

— dépenses de même nature au citoyen Nectoux, d’après une dé¬ 
cision particulière du ministre ... t 


2 79 5 


91 — 


B. — DOCUMENTS RELATIFS À L’ÉTAT CIVIL DE SAVIGNY. 

ACTE DE NAISSANCE DE SAVIGNY. 

Extrait du registre des Baptêmes, Mariages et Sépultures de la paroisse de Saint- 
Quiriace de Provins : 

Lan mil sept cent soixante dix sept, le sept avril, par nous, prêtre-vicaire de la paroisse 
de Saint-Ayoul de cette ville, maître es-arts et gradué de l’Université de Paris, du con¬ 
sentement de Monsieur le Curé de cette paroisse, a été baptisé Marie-Jules-César, né du 
cinq avril, fils du sieur Jean-Jacques Lelorgne de Savigny, bourgeois, et de dame Fran- 
çoise-Josèpbe de Barbaud, ses légitimes père et mère. Le parrain a été messire Jean- 
Baptiste Belly, prêtre-vicaire de la paroisse de Saint-Ayoul; la marraine, demoiselle Marie- 
Marguerite Lelorgne de Savigny qui ont signé avec le père dudit enfant, ainsi que M, le 
Curé de ladite paroisse, qui s’est trouvé présent à la cérémonie (1) . 

M.-M. Lelorgne de Savigny. Rilly, Vicaire de S.-Axoul. 

J.-J. Lelorgne de Savigny. 

Guynet, Curé. 


LETTRE DE FAIRE PART DES OBSÈQUES DE SAVIGNY, 


Messieurs , 

Vous êtes prié d’assister au Convoi, Service et Enterrement de M. Marie Jules César 
Lelorgne de Savigny, Membre de l’Institut (Académie des sciences), de l’ancien Institut 
d’Égypte, Officier de la Légiou d’honneur, décédé à Gally, petit parc de Versailles, dans 
sa 75 e année, qui se feront Mercredi i5 octobre 18 5 1 , à onze heures très-précises du 
matin, en l’Église de Saint-Quiriace. 

De la part de M. et M ,ne Delzéne, M. et M“’ Taxil et leurs enfants, M. le Baron Lelorgne 
d’Ideville, MM. Léon et Henri Lelorgne d’Ideville, M. le Baron Camille Faux, M rac Pain, 
M. et M me François, M. Crespin de la Bâchée, M. le Capitaine Besnaud, M. Charles Càttet, 
M. Honore Billy, M me Perrot-Billy, M ffle Deheurle-Billy, M. Lestumier et M Ue Letellier de 
Sainteville, ses Sœurs, Beaux Frères, Nieces et Neveux, Cousins et Exécutrice testamen¬ 
taire. 

De la part aussi de M. le Maire et de MM. les Membres du Conseil municipal de Provins. 


(O II resuite de cet acte que notre naturaliste aurait clone dû porter le nom de Lelorgne qui est bien le pa¬ 
tronyme de sa famille, Mais il a préféré celui de Savigny et lui est toujours resté fidele, alors que la plupart 

12. 






























— 92 


ACTE DE DÉCÈS DE SAVIGNY. 

(Extrait). 

D’un acte de décès dressé à la Mairie de Versailles, le 6 octobre i 85 i, il appert que : 
M. Marie-Jules-César Lelorgne de Savigny, membre de ITnstituI de France (Académie des 
Sciences) et de l'ancien Institut d’Égypte, célibataire, né à Provins (Seine et Marne) le 
17 avril 1777 9 ), demeurant à Gally, commune de Versailles, y est décédé le 5 octobre 
18 5 1, à deux heures et demie. 


TESTAMENT DE M. LELORGNE DE SAVIGNY. 


Mon testament. — Je lègue comme un témoignage de haute estime et de sincère recon¬ 
naissance a ma bien-aimée Mademoiselle Agathe-Olympe Letellier, demeurant aujourd’hui 
rue de Vaugirard, numéro cinquante trois, toutes mes propriétés et tous mes biens meu¬ 
bles et immeubles de quelque nature qu’ils soient sans aucune exception et je lui lègue 
également tous sous droits et titres, présents et à venir, à faire valoir auprès du Gouverne¬ 
ment ou de tout autre et de quelque nature qu’ils soient, sans aucune exception, pour elle 
posséder le tout et en jouir comme de sa propriété légitime, l’instituant ainsi ma légataire 
universelle, toutefois sous la condition expresse que ladite Mademoiselle Agathe-Olympe 
Letellier remettra un mois après la connaissance quelle aura de ma mort et dudit testa¬ 
ment, ou plus tôt si faire se peut, mais non plus tard, à ma bien-aimée sœur Àmable 
Eléonore Lelorgno de Savigny, femme Delezenne, ou à son défaut à ses sentants une inscrip¬ 
tion de douze cents francs de rente sur le grand livre de la dette publique, pour que ma 
dite sœur et ses enfants en jouissent et la possèdent en toute propriété. Je déclare et cer¬ 
tifie que le présent testament contenant ma volonté expresse est en entier écrit de ma 
main et signé de mes noms et prénoms 

Ma rie-Jules-César Lelorgne de Savigny 
Membre de l’Académie des Sciences. 

Paris, ce douze février, dix huit cent vingt deux. 


de ses contemporains dont le nom commençait par Le, La, De ou Du reprenaient, sous l’Empire, leur nom 
d’avant la Révolution. Exemples : De Lile, Du Tertre, Le Roi, Le Duc, De Villiers, etc. 

^ G es t une erreur. Par Pacte de naissance nous savons que Savigny est né le 5 avril et non le 17 . 


— 93 


FUNÉRAILLES DE M. DE SAVIGNY- 


DISCOURS DE M. ISIDORE GEOFFROY-SAINT-HILAIRE, 

MEMBRE DE L’ACADÉMIE DES SCIENCES, 

PRONONCÉ AUX FUNÉRAILLES DE M. DE SAVIGNY, LE 14 OCTOBRE 1851. 

Messieurs, 

Le confrère illustre auquel nous venons rendre les derniers devoirs manquait depuis 
bien longtemps dans nos rangs. De ceux qui entourent ses restes mortels, bien peu ont eu 
le bonheur de le connaître personnellement, et je suis presque le seul auquel ait été ac¬ 
cordé, depuis plus d’un quart de siècle, le douloureux privilège d’être témoin des tortures 
sans exemple de son long martyre. 

Dans ces tristes solennités auxquelles la mort nous appelle trop souvent, un touchant 
usage veut que l'un de nous retrace les principaux faits de la noble vie qui vient de sé- 
leindre. Usage plein de douceur et de consolations, lorsqu’il évoque, dans le deuil présent, 
les souvenirs d’un passé heureux, de longues années glorieusement et paisiblement écou¬ 
lées dans l’étude, d’une vieillesse tranquille autant qu’honorée, d’une mort calme et sereine 
au milieu de la famille, des amis et des disciples! Sans doute de tels souvenirs ne dimi¬ 
nuent pas les regrets de la dernière séparation; mais ils en tempèrent l’amertume, et 
nous pouvons nous dire, le cœur attristé et attendri plutôt que déchiré : C’est la fin d'un 
beau jour! 

Hélas! combien est différent, combien est cruel le devoir que j’ai aujourd'hui a remplir! 
Il n’est presque dans la vie de Savigny que des souvenirs de douleur! C'est sur elle, et 
non sur sa mort, que ses amis doivent pleurer! La mort, c’est sa délivrance. 11 y a vingt- 
sept ans qu’il appelait de ses vœux la tombe comme un asile! 

Marie-Jules-Gésar Lelorgne de Savigny est né le 17 avril 1777 W à Provins. Celui qui 
devait être si cruellement éprouve, avait vu le jour sous les auspices les plus favorables. 
Son père, fils et petit-fils de magistrats honorables, sa mère, qui appartenait à une famille 
noble et riche de la Franche-Comté, avaient d’illustres et puissantes amitiés; et Savigny, 
que la nature n’avait pas moins bien traité que la fortune, semblait avoir, à tous les titres, 
un heureux et brillant avenir. On se décida à le faire entrer dans les ordres, et, dès son 
enfance, le couvent des géaovéfains devint pour lui comme une seconde maison paternelle. 
Il y passait une grande partie de ses journées, recevant de l’homme le plus savant qui fût 
alors à Provins, le père Dumoutier, des leçons d’histoire, de latin, de grec, d’hébreu, 


Voir ci-contre, p. 92 , note 1 . 

















— 94 — 


avidement saisies par la précoce intelligence de Tenfant. Le père Dumoutier croyait deviner 
dans son élève un des membres futurs de l’épiscopat français. 

Vaines espérances! vains projets! La Révolution éclate, et bientôt Savigny perd tout a 
la fois. La carrière à laquelle il se préparait est fermée; et c’est à peine si sa mère, deve¬ 
nue veuve, peut sauver quelques faibles débris de la fortune de la famille. 

L’ancien élève des génovéfains devint alors celui d’un pharmacien de Provins. Sous la 
direction de ce nouveau maître, Savigny fit de rapides progrès dans l’étude de l’histoire 
naturelle et de la chimie. Un concours pour des places d’élèves à l’Ecole de santé ayant 
été, à cette époque, ouvert dans les départements, Savigny, encore adolescent, se présenta, 
fut l’un des vainqueurs, et vint a Paris. 

C’était la première fois qu’il se séparait de sa mère; et dans quelles circonstances ils 
devaient se retrouver! Je n’oserais dire, avec les détails affreux qui sont à ma connais¬ 
sance, toutes les souffrances auxquelles l’un et l’autre furent en proie! Savigny à Paris, sa 
mère à Provins, connurent toutes les horreurs de la détresse la plus extrême; il souffrirent 
souvent du froid; plus d’une fois le pain leur manqua! Et pas même la consolation de 
s’écrire, selon le besoin de leurs cœurs! C’était trop pour une mère. Madame de Savigny 
se sentit bientôt frappée a mort. Mais pouvait-elle mourir sans revoir son fils? Elle sc fit 
transporter à Paris dnns l’humble chambre de l’étudiant, seul asile qu’il put lui offrir : et 
quel asile! Qui pourrait dire les scènes de désespoir dont il fut témoin? Je ne veux citer 
qu’un seul trait de ce sombre tableau : une nuit, à travers le toit mal clos, il tomba de 
l’eau glacée sur le lit de la mourante! 

Savigny n’avait pas vingt ans lors de la mort de sa mère; et, jusque dans sa vieillesse 
la plus avancée, le souvenir de ces jours affreux est resté, au millieu de ses souffrances, la 
plus cruelle de toutes. C’était la plaie toujours vive de cette âme, aussi tendre que ferme 
et énergique. 

Cette époque est celle aussi ou Savigny délaissa la médecine pour se consacrer entière¬ 
ment aux sciences naturelles. Lamarck y fut son introducteur. Sous les auspices de ce 
grand maître, Savigny, comme Lamarck lui-même, fut d’abord botaniste; et quand, un 
peu plus Lard, Cuvier et M. Duméril le firent nommer professeur à l’Ecole centrale de la 
Seine-Inférieure, c’est la science des végétaux qu’il devait enseigner. 

Il allait partir pour Rouen, lorsqu’on lui offrit d’accompagner le général Bonaparte en 
Orient. Une place de zoologiste restait seule à donner. « Acceptez-la, dit Cuvier, dont nous 
citons les propres paroles; vous serez zoologiste quand vous voudrez .» Il accepta, fut adjoint à 
mon père pour les animaux sans vertèbres, et partit avec son ami pour l’Egypte. L’Europe 
savante sait comment il a justifié les prévisions de Cuvier. 

Ce que Savigny a fait pour la science en Égypte et en Syrie, ce quil a fait a son retour 
en France, nous ne saurions le dire ici : le temps nous manque, et bien plus encore le 
calme d’esprit nécessaire pour rendre à de tels travaux un juste hommage. Mais qu’il nous 
soit permis d’en signaler le double caractère. C’est la gloire bien rare de Savigny d’avoir 
réuni, à un très-haut degré, les mérites de l’observateur exact, ingénieux, plein de saga¬ 


95 — 


cité, et du généralisateur qui sait être hardi sans cesser d’être rigoureux. Comme généra¬ 
lisateur, qui ne l’admirerait démontrant, dès i 8 t 4 , par la plus délicate analyse, la com¬ 
position analogique de la bouche chez tous les insectes, et créant ainsi, en anatomie 
philosophique, le premier travail, et assurément l’un des plus beaux qui aient été faits 
en dehors de l’embranchement des vertébrés? Comme observateur, dans combien de direc¬ 
tions il s’est avancé le premier, et si loin, dès ce premier effort, quon a pu à peine le 
dépasser depuis! Cuvier, parlant de ses recherches sur les Luniciers, ne dit pas quil dé¬ 
couvre, mais qu’il révèle; car c’est presque dua monde inconnu qui! nous ouvrait 1 accès; 
et de combien d’autres travaux on pourrait le dire encore! Savigny est sans nul doute, 
avec Cuvier, l’auteur principal du mouvement qui depuis, et toujours de plus en plus, 
entraîne les zoologistes vers l’étude si longtemps négligée, mais si féconde, des animaux 
inférieurs. 

Tous ces admirables travaux, et bien d’autres encore, avaient été l’œuvre de quelques 
années. Que ne devait-on pas attendre de Savigny? Il était, lorsque l’Académie 1 admit en 
182 \ dans son sein, entre un passé glorieux et un avenir peut-être plus glorieux encore. 
Il était dans la force de l’àge et du talent; il avait d’immenses travaux préparés, d’autres 
achevés déjà. Aucun d’eux ne devait, hélas! voir le jour, de son vivant du moins! Atteint 
une première fois, en 1817, après plusieurs années d’observations microscopiques, d’une 
névrose douloureuse des sens et surtout de la vue, Savigny reprit, à peine guéri, les re¬ 
cherches dont il venait d’être victime; et une seconde et plus douloureuse invasion eut 
lieu en 1 82 4 . Cette fois, son martyre ne devait plus avoir d autre terme que sa vie! 

Savigny l’avait prévu. Les funestes symptômes avaient à peine reparu, quil disait : 
îf Je ne guérirai pas. On ne revient pas deux fois de l enfer! » Mais qui eut prevu que son sup¬ 
plice se prolongerait durant vingt-sept années; supplice horrible : la prison dans les 
ténèbres. Et ce n’était pas assez ; quand les ténèbres devenaient moins profondes, quand 
la moindre lueur menaçait les paupières du martyr de la science, un masque d’acier et 
deux voiles noirs devenaient nécessaires pour le protéger. Et durant ces vingt-sept années, 
pas un seul jour sans souffrances! 

Heureusement, pas un jour non plus sans consolations! Que serait devenu notre mal¬ 
heureux confrère, sans un de ces incroyables dévouements dont Dieu a mis le secret dans 
le cœur de la femme? Dans la sombre retraite où Savigny souffrit vingt-sept ans, près de 
Versailles, une amie était venue s’enfermer avec lui; et, jusqu au jour de sa délivrance, 
elle ne l’a pas quitté, captive volontaire, durant vingt-sept années, dans la solitude et les. 
ténèbres. Qn rapporte de tels actes; on ne les loue pas. 

11 est d’autres consolations qui ne manquent jamais au plus malheureux, celles de l’es¬ 
pérance. Aux heures où ses souffrances, jamais interrompues, devenaient moins cruelles, 
et jusque dans ces derniers temps, Savigny reportait sa pensée sur ces travaux inédits qui 
lui avaient coûté si cher, et qu’il conservait sans les voir, mais sans en rien oublier : l’es¬ 
poir qu’ils seraient un jour restitués à la science, qu’ils seraient publiés comme un volume 
complémentaire du grand ouvrage sur l’Egypte, a été sa derniere consolation. 















C est ainsi qu’il s’éteignit, toujours résigné, touiours fermp t„, ■ j , ,,, 

et jusqu a ia fin partagé entre elle et le souvenir de ses amis’et IT 7^ & , SCienCe ’ 
agrandis la science, et qui souffris peur elle! reconnu,ssance, toi qui 


A h suite du discours de M. Isidore Geojfroy-Sam-Hikire, M. Jo„ 1BD , i milé à 

jrr * * *» &.»«-, & «»« 

J gyp {e > a lm provisé les paroles suivantes : 


pC rrl2* e ’u «zr;, zviXTûii'î, 

sions d’innomhrahtac ■ . a e * “ a apporte de ses excar- 

l’expédition des bords du Nil" 7 “‘ ^ ^ fruit P reS( I ue de 

z ** - xl^sx*; 

r-TÆrr: 

sins rssse m , . »“ ■*■*- et des des- 

pnv Delile b ; ‘ "V’. r T“' ' es J**-*» '«■ artistes français, Geoffroy, Sari, 
déclarent i’d. prives d un appui sur lequel ils devaient compter, protestent Ils 

lui-même! “ ll "” ,SS “"' < ’ el * u l 6 "™ 1 anglais, comme an général français 

plutôt prisonniers et le,'sui™’l"' '“l.” j’"" er leul » qu’ils se constitueront 

et du droit des lns enfin e n 'T * ta rid “"" - — d. la science 

qu’ils les bnlle™,,! 'ou lë s ’ cj ’erf, 7 "T ”*™“ l »> 

Ce trait do coulé e de * ‘ ** *“ * « ml instant. 

«tZeZéir:’™ L;: = ' ee 


impossible de former le monument national élevé par l’empereur Napoléon en souvenir de 
la grande expédition. 

Pardonnez, Messieurs, la faiblesse de ces paroles, sans ordre et sans suite. Adieu, cher 
compagnon de voyage! Allez rejoindre vos émules dans cette mémorable campagne, Delile 
et Geoffroy-Saint-Hilaire, nos amis Conté, Malus, Larrey et tant d’autres hommes célè¬ 
bres, et nos illustres chefs Rerthollet, Monge et Fourier, dont la gloire jette un éclat qui 
va croissant tous les jours! 


VILLE DE PROVINS (S. ET M.). 

DOTS SAVIGNY. 

Le Maire de la Ville de Provins prévient les Jeunes Filles qui peuvent avoir des droits 
aux dots fondées par M. Lelorgke de Savigivy, que de ces dots sont disponibles : 

pour les Jeunes Filles nées sur la Paroisse Saint-Ouiriace; 
pour les Jeunes Filles nées sur la Paroisse Sainte-Croix; 

pour les Jeunes Filles nées sur la Paroisse Saint-Ayoui. 

/ 

Le but que s’est proposé le donateur, en créant ces dots, a été de procurer à de jeunes 
époux privés de ressources le moyen d’acquérir, plus facilement et plus tôt, les meubles 
nécessaires à leur entrée en ménage et les instruments indispensables à l’exercice de leur 
profession. 

Les conditions imposées par le fondateur pour l’obtention de ces dots sont les suivantes : 

Les postulantes devront être âgées de 16 ans au moins et de 22 ans au plus (26 ans 
dans les cas exceptionnels), être nées à Provins et issues de parents vivant du travail de 
leurs mains. 

Les dois étant distribuées au printemps et à l’automne, les demandes doivent être 
adressées au Secrétariat de la Mairie, avant les i 5 février et i 5 août, termes de rigueur. 

Le futur époux choisi par la postulante ne doit pas être âgé de plus de 3 o ans, être né 
dans l’arrondissement de Provins ou y être fixé depuis plus d'une année. 

Les mariages doivent être célébrés, pour les dots du printemps dans le courant du mois 
d’avril, pour les dots de l’automne dans le courant du mois d'octobre. 

Provins, le 

• Le Maire. 


Mémoires de VInstitut d'Égypte, t. XVII. 


i3 

















98 — 


C, DOCUMENTS RELATIFS À M LLE LETELL1ER DE SA1NTEV1LLE. 

PREMIER TESTAMENT DE M“« LETELLIER. 

i" Voulant, aulant qu'il est en ma puissance, perpétuer le souvenir de mon mal¬ 
heureux ami, M. Marie-Jules-César Lelorgne de Savigny, membre de l’ancien Institut 
d’Egypte, dès sa création, décédé membre de l’Institut de France et Académie des sciences, 
faire connaître quelles étaient les généreuses pensées que lui dictait son cœur, mais restées 
sans elïet par la cruelle destinée qui lui était réservée. Je lègue en son nom, et comme 
venant de lui, 3 o.ooo francs de capital à l’Académie des Sciences, Section de Zoologie, 
pour les intérêts en être accumulés et servir à aider les jeunes Français qui auraient, dans 
l’intérêt des sciences naturelles, entrepris des voyages, sans commission du Gouvernement, 
et qui, de îeloui dans leur patrie, voudraient publier quelques ouvrages dhistoire natu¬ 
relle pour lesquels ils se trouveraient encore sans aucun appui du Gouvernement. 

M. Savigny avait ressenti, plus que tout autre, combien le manque de fortune dans le 
monde peut entraver la carrière dans les Sciences et surtout dans les sciences naturelles. 

2 ° lègue a la Ville de Versailles comme souvenir de la famille Letellier de Sainte- 
ville, 20.000 francs, pour que chaque année, l’intérêt de cette somme serve à marier deux 
pauvres jeunes filles nées à Versailles et dont le défaut de ressources empêche l’établisse¬ 
ment, ne demandant, en retour, qu’une prière à Dieu en souvenir de mon passage sur 
celte terre. 

Je légué à ma chère Emilie Félicité Bournisien, qui est à mon service en qualité de 
cuisinière, depuis le 15 octobre 1826, une rente viagère de 1200 francs qui doit, à son 
décès, faire retour à la ville de Versailles encore comme souvenir de la famille Letellier de 
Sainleville et pour être employée tous les ans à donner à autant de pauvres ménages 
d ouvriers un livret de la Caisse d’épargne de cent francs, la distribution en sera toujours 
faite le jour (anniversaire) où j’aurai décédé. 

Je légué ensuite à M 11 ' Catherine Boursier, pour être ajoutée à son bien être, une rente 
viagère de Goo francs qui, à son décès, fera retour à la Ville de Versailles, et devra servir 
à l’entretien des collections de Marie-Jules-César Lelorgne de Savigny que j’ai données à 
la Ville pour la Bibliothèque Rb 


S’il reste encore quelque somme de libre, ma fortune pouvant varier beaucoup selon 
les temps, puisqu’elle est toute eu valeurs sujettes à des hausses et des baisses continuelles, 
je veux que ce qui restera soit donné à Edmond Le Bœuf, actuellement Colonel du 12 e 


(1 > Nous supprimons du testament tes clauses qui n’offrent aucun intérêt pour nos lecteurs. 


— 99 — 


d’Artillerie, comme souvenir de sa bonne petite mère Olympe, pour laquelle il a toujours 
professé un attachement filial. 

Je lègue à sa chère femme, Marie Doche, tous mes bijoux. À ma chère petite Margue¬ 
rite B), mon piano, ma harpe, mon argenterie et mon plaqué, sauf mes cinq vieux couverts 
que je donne à Emilie Bournisien. 

À Jules Le Bœuf, capitaine d’Artillerie, chevalier d’intendance militaire, entré depuis 
peu, un diamant de mille écus. 

Quant à mon mobilier en général, j’en dispose ainsi : 

Je donne mon guéridon de salon qui contient un exemplaire de l'ouvrage de M. de Savi¬ 
gny sur l’histoire naturelle de l’Égypte et de la Syrie, à la Bibliothèque de Versailles ainsi 
que tous les tableaux, médailles et portraits qui se trouveront à mon décès. 


Fait à Gally, le 6 janvier 1 854 . 


Agathe-Olympe Letellier 
dite de Sainleville. 


Mon corps sera porté à Provins et réuni à celui de mon malheureux ami dans la tombe 
où il m’attend depuis le 5 octobre 1 85 1. On ne gravera sur ta pierre que le prénom 
Olympe, au dessous de Savigny. 

Telle est ma volonté expresse, 

Agathe-Olympe Letellier. 


DEUXIÈME TESTAMENT DE M LLE LETELLIER. 

Ceci est ma dernière volonté et révoque toutes les dispositions que j’avais pu faire avant 
ce jour, 12 août i 85 A. 

Moi, Agathe-Olympe Le Tellier (dite de Sainleville parla volonté de mon oncle, Marie 
Alexandre Le Tellier de Sainleville) voulant, autant qu’il m’est possible de le faire, pro¬ 
longer le souvenir de mon malheureux ami, M. Marie Jules-César Le Lorgne de Savigny, 
ancien membre de l'Institut d’Egypte, décédé membre de l'Institut de France, Académie 
des Sciences, Section de Zoologie, et faire connaître à tous la bonté de son cœur et les 
idées généreuses qui l’occupaient, mais que son affreuse destinée ne lui a pas permis de 
réaliser, je lègue en son nom à l’Académie des Sciences, Section de Zoologie, la somme de 
quarante mille francs, dont les intérêts accumulés serviront à aider les jeunes naturalistes 


W Fille des époux Le Bœuf. 


















— 100 — 


voyageurs a publier le résultat de leurs voyages dans le cas ou leurs voyages n auraient 
pas été faits aux frais cle l’Etat 

Je lègue en outre, au nom de mon malheureux ami, M. J.-M. Savigny, qui jusqu’à sa 
dernière heure de souffrance, s’est occupé de la ville ou il est né : Provins, à la ville haute, 
où ses cendres reposent près des anciennes fortifications. Je lègue, dis-je, à cette ville de 
Provins, douze mille francs pour fonder deux lits à son Hospice. De plus, si au jour de mon 
décès, je ne m’étais pas encore rendu acquéreur de la maison sise place du Châtel, dans 
laquelle M. Savigny est né en 1777, et dont M. Garnier est, en ce moment, propriétaire, 
je veux que l’on prélève sur ma succession vingt mille francs pour être, ces vingt mille 
francs, employés à l’acquisition au nom de la Ville et le surplus de ce qu’elle aura coûté 
servira à l’entretenir. Le tout à la condition expresse que cette maison ne sera jamais dé¬ 
molie et que la Ville fera placer sur la grande porte donnant sur la Place du Châtel, la 
plaque de marbre noir ^ de Provins que le Conseil municipal de la Ville a fait préparer 
au décès de M. Savigny et qui porte l’inscription suivante : ^Ici est né en 1777, Marie 
Jules-César Lelorgne de Savigny » et que mon corps sera déposé dans la tombe Savigny sans 
autre indication que mon nom de baptême : Olympe. 

Ces premières volontés exprimées, je veux que pour récompenser les bons et loyaux ser¬ 
vices de la nommée Emilie Félicité Bournisien qui est à mon service, en qualité de cui¬ 
sinière, depuis le i 5 novembre 182G et qui a été témoin, jour et nuit, pendant vingt-huit 
années, des horribles souffrances endurées par M. de Savigny, il lui soit servi une rente 
annuelle et viagère de douze cents francs, qui, à son décès, fera retour à la Ville de 
Versailles et devra être employée par ladite Ville à délivrer à douze pauvres jeunes filles, 
le jour de leur première communion, un livret de la Caisse d’épargne de cent francs, mais 
ces livrets ne devront leur être remis, avec les intérêts accumulés, que le jour de leur 
mariage ou bien le jour où elles auront atteint leur majorité. 

.mon lit, mon portrait à l’huile et la pendule de M. Savigny (doivent revenir) à 

Emilie-Félicité Bournisien. 

À Edmond Le Bœuf, Colonel d’Artillerie, maintenant en Orient, comme souvenir de 
mon a initié eL de celle que lui portait son infortuné bon ami Savigny, je lègue le guéridon 
qui est dans mon salon et qui contient un exemplaire des travaux de M. Savigny sur 
l’histoire naturelle de l’Egypte et le médaillon de M. Savigny par David. A sa bien-aimée 
lemme, Marie Doche, mes douze couteaux de vermeil et tout ce qui se trouvera en vermeil 
chez moi, à mon décès. 

A ma chère petite Marguerite Le Bœuf trois mille francs pour avoir deux boutons d’o¬ 
reille en diamant. 

Fait à Gally, le 12 août 1 854 . 

Onze heures du soir. Je crois être atteinte du coléra (sic), je ne pourrai peut-être pas 


Cette plaque est en marbre blanc. 


— 101 — 


transcrire les volontés que j’ai exprimées ci-dessus. Je souffre beaucoup. Les ratures faites 
ne doivent pas annuler ce titre. Je n’ai pas de papier timbré. Je souffre beaucoup. 

Agathe-Olympe Letellier de Sàinteyille 

et, en codicille : 

On trouve (sic) en toutes sortes de valeurs un revenu de 9000 francs. 

Suit la liste de ces valeurs. 

TROISIÈME TESTAMENT DE M LLE LETELLIER. 

Voulant, autant qu’il est en mon pouvoir de le faire, perpétuer le souvenir d'un martyr 
de la Science et de l’Honneur, je lègue au nom de M. Marie Jules-César Lelorgne de Sa¬ 
vigny, membre de l’Institut de France et de l’ancien Institut d’Egypte dès sa création, à la 
Section de Zoologie de l’Académie des Sciences de l’Institut de France, 60 actions de che¬ 
min de fer de Strasbourg, soit j 5oo francs de revenus. Pour avec ces i 5 oo francs donner 
chaque année un encouragement aux jeunes zoologistes voyageurs qui, sans mission, ni 
rétribution du Gouvernement s’occuperont de publier quelque ouvrage sur les animaux 
sans vertèbres. 


5 ° J’institue pour le surplus de ma fortune, Edmond Le Bœuf, le fils d'affection de 
mon cœur, comme il l’était aussi de son malheureux ami Savigny, mon légataire univer¬ 
sel à la charge, par lui, de payer une rente annuelle et viagère à Emilie-Félicité Bourni¬ 
sien, si elle est encore à mon service au moment de mon décès, comme une récompense 
de ses bons et loyaux* services depuis le i 5 octobre 1826. Je veux en outre qu’il lui soit 
donné le lit sur lequel je serai morte, .... .mon portrait. 

J’avais laissé dans un précédent testament 20.000 francs pour acheter la maison, où 
mon malheureux ami M. Savigny, est né et la donner à la ville de Provins à la condition 
quelle ne serait jamais démolie et que la Ville y établirait sa bibliothèque. Je lai acquise 
en ce moment B), et j’espère que, de mon vivant, cette destination lui sera donnée. Dans 
tous les cas, je confie à mon cher Edmond, maintenant Général d’Artillerie, commandant 
l’Artillerie de la Garde de l’Empereur Napoléon III, le soin de faire exécuter cette volonté 
ainsi que celle de faire réunir mon corps dans la de son bon ami Savigny, dans la 
tombe oit il a été déposé, le 9 octobre i 85 i, dans le cimetière de Saint-Quiriace, ville 
haute de Provins, Scine-ebMarne. 

Ce testament est entièrement écrit de ma main et signé de mes noms et prénoms. 

Fait à Gally, le 1 5 février 1 85 6. 

A. O. Letellier de Saînteville. 


M b'acquisition avait été faite le 20 juillet 1 855 de M. Alexandre Garnier. 

W Sic! C’est une preuve que M Ue Letellier n’avait pas relu le testament. Elle voulait écrire : dans la 
tombe ? mois qu’elle repète un peu plus loin. 


















— 102 — 


QUATRIEME TESTAMENT DE M ,Ui LETELLIER 


Mo., Agathe-Olympe Letellier de Sainleville, voulant avant toute autre disposition 
perpétuer autant qu ,1 est en mon pouvoir de le faire, le souvenir d’un martyr de la science’ 
e de 1 honneur, Je légué à l’Institut de France, Académie des Sciences, Section de Zoolo- 

?“Tr deMarie J,,IeS ' GéSar Le,0rgne de Sa W «“Cien membre de 
franc O ^ 6 ^ P° Ur Pintérêt de celte somme de ao.ooo 

vent on f*™ 9 ' 0 *** * a,der U * j eunes zoo]o $' sles voyageurs qui ne recevront pas de sub- 
“ *Z77 al 61 q : CUpa 7. P,US S P écialement des animaux sans vertèbres 

I J. Ct ^ 3 Syne ’ V °' ldraient P ubliet ' ouvrages et se trouveraient, en quel- 
} ’ . leS , C ° ntmuateurs dcs recherches faites par M. Jules-César Savigny sur ces cou¬ 
da ns k tombe. 0 ” 1 P “ 6lre term,aéeS à CaUSe dC raffreUSe maJadie précipité vivant 

Comme seconde disposition, j’institue pour le reste de ma fortune, comme mon IcW 
k,re unnersel, le fils de mon affection, comme il l’était de son malheureux ami sJl 

voulant et n^d T™' dC ,a Garde Im P ériale ’ ^•«ellement à Versailles,’ 

fonciers oue mlbT 3 T ^ ^ ** j °" r de r,10u ' Uchs ^ ™ biens 

propriété.^ . ’ ° U P ° rteUr ’ enfi “ l ° Ut Ce J e P* Posséder, deviennent sa 

Je veux aussi que pour récompenser les loyaux et longs services d’Émilie Félicité Bour- 

™r ann f, dePUiS le - l5 / Ct0b T dmiier ’.™ ^ de quatre 

ents rancs Je lu, ai promis depuis longtemps.mon portrait. 

lail a Gally, le i er décembre i856. 

Agathe-Olympe Letellier de Sainteville. 

lIo"!l. <l ° 0ble * “ dép08é notaire à Versailles, pi.™ 

^ “ * Pr0,i " 8 ’ - U —e Sa* 

enlreZÎI'rr t P0 '' iti T ia «l '« jardin ,„i retour. ooieul 

eniietenus pai les soins du cure de Saint-Qu.riace. 

* mon cher Edmond trouve moyen d’assurer la conservation de la maison où son mal- 
heu.eux ami est ne il fera quelque chose d’agréable à ma mémoire. 

Gally, i er décembre 1 856. 


Agathe-Olympe Le Fellter de Sainteville. 


— 103 


CINQUIÈME TESTAMENT DE M LÏÆ LETELLIEIU 

Moi voulant, autant quil est en mon pouvoir de le faire, perpétuer le souvenir d’un 
martyr de la science et de l’honneur, je lègue, au nom de Jules-César Lelorgne de Savigny, 
membre de l’ancien Institut d’Égypte dès sa création, l’un des coopérateurs de la grande 
Description de VÉgypte, pour la Zoologie de TÉgypte et de la Syrie et membre de l’Institut 
impérial de France, Académie des sciences, Section de Zoologie dont il faisait partie, la 
somme de vingt-cinq mille francs, pour les intérêts de cette somme, servir à encourager 
les jeunes zoologistes voyageurs principalement ceux qui, en se faisant les continuateurs 
de Jules-César Savigny, s’occuperont principalement des animaux sans vertèbres de l’E¬ 
gypte et de la Syrie. 

Cette première disposition remplie, j’institue pour mon légataire universel, tant pour 
mes biens fonciers, que pour mes biens mobiliers, mon bien-aimé Edmond Le Bœuf, 
général d'Artillerie, mon fils d’adoption par le cœur, comme il fêlait de son malheureux 
ami Savigny. . , 

Mon cher Edmond Le Bœuf devra aussi servir une rente viagère de 800 francs a la 
nommée Félicité-Emilie Bournisien qui est à mon service depuis le i 5 octobre 1826, si 
toutefois elle est encore avec moi au moment de mon décès. 

Pour remplir toutes ces dispositions je laisse comine fortune un revenu de plus de 
10.000 francs de rente plus une inscription de 111 5 francs 4°/ 0 sur le grand livre de 
France. 

(Suit le détail des titres possédés par M Ue Letellier). 

Dans le cas où mon cher Edmond Le Bœuf, maintenant Général de division d’ÀrtiHerie 
et Aide-de-camp de l’Empereur, n’accepterait pas les conditions que je lui impose, toutes 
mes autres dispositions subsisteraient toujours, seulement les rentes seraient doublées pour 
chacun des légataires et feraient, après le décès de ceux-ci dessus nommés, retour, une 
partie à la famille de la Tasse et l’autre moitié à Amélie Taxil, petite nièce de Marie 
Jules-César de Savigny, mon malheureux ami. 

Je veux que mon corps soit réuni à celui de Jules-César Lelorgne de Savigny, et inhumé 
dans le cimetière de la Ville haute de Provins. 

Ce testament et ces dispositions sont ma volonté pleine et entière, et je les signe aujour¬ 
d’hui 1862 de mes noms et prénoms. 

Agathe Olympe Letellier 
dite de Sainteville. 

Une renie de cent francs sera créée à perpétuité pour que le desservant de la paroisse 
de Saint-Quiriace fasse entretenir la tombe et le jardin Savigny et dise deux messes dans 
l’année, i° le cinq avril et une le cinq octobre, cette dernière sera dite en noir. 

























RÉFLEXIONS SUR LES TESTAMENTS PRÉCÉDENTS. 


La lecture des cinq testaments de M !lc Letellier nous suggère quelques réflexions, 
a iord il y a deux choses qui sont restées invariables dans ces testaments; première¬ 
ment la donation faite à l’Académie des sciences, au nom de Savigny. Deuxièmement 
insistance a vouloir être inhumée dans la même tombe : cela revient comme un leit moi 
a la lin de chaque testament. 

, Seulement ° n P eut marquer que le montant de la donation à l’Académie des sciences 
nesl pas la même dans chacun d’eux. Ainsi, dans le premier, il est fixé à 3 o.ooo francs- 
il est de ko.ooo dans le deuxième; dans le troisième, le revenu seul (iàoo francs) est 
indique, ce qui à 3 •/. donne un capital de 5 o.ooo francs. Enfin dans le quatrième la do¬ 
nation n est plus que de 20.000 francs pour arriver à 26.000 dans le cinquième. Or ce 
n est pas cette somme qu’à reçue l’Academie : c’est le quatrième testament, celui qui men- 
lionne la donation la plus faible (20.000 francs) qui a été exécuté! 

Dans son premier testament, M lle Letellier voulait faire bénéficier la ville de Versailles 
de ses libéralités. On remarque, que, dans ce document il n’est pas encore fait mention 
de la ville de Provins. 

Par suite de quelles raisons a-t-elle été amenée à modifier si profondément ses inten¬ 
tions. A-t-elle eu a se plaindre des agissements de la Municipalité d'alors, à laquelle elle 
avait donnée les collections et une partie de la bibliothèque de Savigny? Nous n’avons 
aucune donnée pouvant nous permettre de répondre à cette question. 

, Ma ‘ (I) * * * S * * “ part,r du deuxiènîe Clament nous la voyous s’orienter vers Provins. Elle cherche 
a racheter la maison natale de Savigny et semble bien l’avoir fait si nous nous en rap¬ 
portons aux quatrième et cinquième testaments. Et cependant la ville de Provins n’a pas 
etc mise en possession de cet immeuble. 

Pourquoi? 

Et cependant, en ce qui concerne Provins, toutes les préoccupations sont pour la con¬ 
servation de la maison natale de son ami, l’entretien de sa tombe et la fondation de deux 
messes perpétuelles. 

Une fois sa conscience en règle avec ces devoirs rendus à la mémoire de Savigny elle 
( ispose de ses revenus et de son mobilier en faveur de diverses personnes : sa fidèle cuisi¬ 
nière dabord, son jardinier et des personnes amies. Mais là nous sommes déconcertés pai¬ 
es nombreuses variations que nous constatons : à part ses deux vieux serviteurs, ce sont 
des noms differents qui apparaissent dans chacun des testaments. Dans le dernier M" 8 Le- 

tclher se rappelle seulement la petite nièce de Savigny, M Ue Taxil, qui se trouvait alors 
dans tes Pyrenees orientales. 

Mais ce qui est inaltérable, c’est la tendresse passionnée qu’elle porte à son cher Edmond 

. SOn . ealarit i dado P ll<m ’ son bien-aimé fils. C’est lui qu’elle a chargé de l’cxécu- 

tion de ses volontés dernières. 


— 105 — 


Et ceci nous appelle naturellement à nous occuper du général Le Bœuf. 

Né en 1809, Edmond Le Bœuf avait un frère plus j’eune, Jules; tout enfants, sans 
doute à cause d uu voisinage de maison (1 *, ils furent admis dans l’intimité du foyer des 
deux vieillards et en devinrent rapidement les commensaux. On comprend facilement que 
le pauvre savant et sa compagne, qui vivaient en reclus et ne recevaient que de très rares 
visites, durent éprouver une grande joie à voir deux enfants égayer leur maison solitaire 
et les appeler de doux noms comme : petite mère et petit père! 

Mais les préférences des deux reclus allaient surtout à Edmond, sans doute plus cares¬ 
sant, mais sûrement plus intrigant. Son frère figure bien dans le premier testament de 
M Letellier, niais son nom n est plus mentionné dans les suivants. 

Lorsque Savigny mourut, en i 85 i, nous constatons que le nom de Le Bœuf ne figure 
pas parmi les assistants aux obsèques. 

Eu i 854 , le colonel Le Bœuf fit partie de l’expédition de Grimée. 

A sou retour, il fut promu général de brigade et aide-de-camp de l’empereur et résida 
à Versailles en 1 856 . Son emprise sur la vieille femme qu’était alors M Ue Letellier devint 
très grande et ce fut à sa suggestion que le quatrième testament, en date du i« r décembre 
1830, lut rédigé dans un style plus juridique que les précédents et déposé chez un 
notaire, précaution que M"" Letellier n’avait pas prise pour les autres. Le général Le Bœuf 
y figure, pour la première fois,.comme légataire universel. 

Ce testament se ressent grandement de son influence intéressée. 

C’est ainsi qu’au lieu d'une rente de 1200 francs que M" 8 Letellier attribuait à sa vieille 
cuisinière, en reconnaissance de ses longs et loyaux services, ce n'est plus que pour la 
somme Mémoire de 4 oo francs qu’elle figure dans le testament, dicté ou inspiré par son 
fils d adoption. D autres bénéficiaires sont éliminés definitivement de la succession ou 
voient leur part réduite de plus de moitié 1 

! ai venu a ses fins, le general s inquiéta peu du cinquième testament qui favorisait un 
peu plus les dépossédés : il l’escamota purement et simplement. L’Institut ne reçut que le 
legs piévu uu quatrième testament au lieu des 26.000 francs que mentionne le cinquième. 

M l,e Letellier s’était rendue acquéreur, le 20 juillet i 855 ! 2 >, de la maison natale de 
Savigny et-priait «son cher Edmond v d’assurer la conservalion de cette maison. Il ne 
semble pas que cette clause ait été exécutée car, bien que le troisième testament (daté du 
i 5 février 1 856 ) précise quelle était alors propriétaire de cette maison pour la donner 
à la ville de Provins, jamais la ville n’est entrée en possession de ladite maison t®). 


(I) Dans la Iiste des Paonnes auxquelles Savigny a offert en 1816 son Mémoire sur les animaux sans ver¬ 

tèbres figure le nom de Le Bœuf. Or il ne peut s’agir que du père, car Edmond n’avait alors que sept ans. 

Qui appartenait alors à M. Alexandre Garnier. 

( 1 Voulant éclaircir ce point, j ai prié M. Chabrol, qui a apporté à mes recherches un concours des plus 

précieux, de s’enquérir des noms des propriétaires de cette maison auprès du notaire, M' Caufmant, qui a 

passé le dernier acte de vente. Il résulte des recherches de M. Chabrol, qu’effeclivement , le maréchal Edmond 

Mémoires de l’Institut d’Égypte, t. XVII. l / l 















106 — 


II csl heureux que, de son vivant, M 11 " Letellier ait disposé en faveur de la ville de 
Versailles des collections et des vélins de l’infortuné naturaliste. On se demande ce qu’ils 
seraient devenus s’ils étaient tombés dans les mains du trop rapace général dont la légè¬ 
reté, en 1870, coûta si cher à la France! O) 


D. — LETTRE DE REMERCIEMENTS DU DIRECTEUR DU MUSÉUM. 

Paris, le 28 octobre 1928. 

Le Directeur du Muséum, membre de l’Institut, 
à M. Paglary, Correspondant du Muséum, 
Laboratoire de Malacologie, au Muséum. 

Monsieur , 

M. Joubin a annoncé, h une récente Assemblée des Professeurs, l’entrée à son Laboratoire 
de la Collection Savigny, et il a signalé tout particulièrement le concours actif que vous 
avez apporté à la reconstitution et au reclassement de tous les spécimens utilisables, dans 
des conditions particulièrement difficiles. 

L’Assemblée a tenu à vous en exprimer toute sa satisfaction et je suis heureux de vous 
transmettre les remerciements qu’elle a décidé de vous adresser. 

Veuillez agréer, Monsieur, l’assurance de ma considération très distinguée. 

L. Mangin. 

Une lettre semblable a été adressée à M. Canu, mon collaborateur. 


Le Bœuf, grand croix de la Légion d’honneur, a bien hérité de cette maison et que, sans tenir aucun compte 
des prières de sa bienfaitrice, il s’est empressé de la revendre à M. Cussmet, frustrant ainsi la ville de Provins 
d’un legs important. 

On ne peut que s’indigner qu’un homme, ayant rang de maréchal de France, comblé d’honneurs, se soit 
rendu coupable d’une telle vilenie à l’égard de sa bienfaitrice ! 

(l) Le Bœuf *coupable, du reste, bien plus d’incapacité et de servilité que d’intention*. — G * 1 Mojon, 

Metz 1870 —- in Revue de Parut } ig 3 o, p. qaS. 


TABLE DES MATIÈRES. 


Pages. 

Préfacé ... m 

Chapitre 1 . — Le berceau.... . .... t 

— II. — L’enfance...... 5 

—* III. — Savigny à Paris. g 

— IV. La Basse-Egvpte... 1 3 

— V. — Saint-Jean d’Àcre. .. 19 

VL — L’Institut d'Égypte. 23 

— VIL — La Haute-Égypte. 25 

— VJIl. — Le golfe de Suez. 2 q 

— IX. — La capitulation d'Alexandrie. 33 

— X. — Intervention de Geoffroy Saint-Hilaire, Savigny et Delile. 37 

— XL — Le retour en France....». In 

— XII. — Le chalet de Gally. 47 

—* XIII. — La rrDescription de l’Egypte». .. 5i 

— XIV. — L’intervention d’Audouin. 55 

— XV. — Les honneurs et les souffrances. ( . 59 

— XVI. — La fin du naturaliste.. 63 

— XVJL — Olympe Letellier de Sainfeviile. 67 

— XVIII.— La sépulture. t . 71 

— XIX. — Les fondations Savigny..... 73 


1*. 








































i 


r 








PIÈCES JUSTIFICATIVES. 


I 

A. — LETTRES INÉDITES DE SAVIGNY OU LE CONCERNANT. 

Pages. 

Au citoyen Cuvier, de Toulon...... . ^ 

Le générai Menou au générai Hutchiuson, 18 fructidor..... ^3 

— Hutchinson au générai Menou, 5 septembre... 

— — — — 10 — ... 80 

Menou au générai Hutchinson, 6 — ... 81 

— Hutchinson au général Menou, ia — .-.. 83 

— Menou au général Hutchinson, i 3 — ... S h 

— — — — iû? — ..... 85 

Savigny et Dehle au général Menou, 1 5 septembre. 86 

À Monsieur le baron Cuvier, de Gaîly, 5 mai i 83 o. 88 

Extraits de lettres de Geoffroy. Saint-Hilaire.« . 88 

B, — DOCUMENTS RELATIFS À L’ÉTAT CIVIL DE SAVIGNY. 

Acte de naissance de Savigny... . ... g 1 

Lettre de faire part des obsèques. ......... gi 

Extrait de l’acte de décès... gg 

Testament.. ............. g 3 

Discours d’Isidore Geoffroy Saint-Hilaire. g 3 

Allocution de Jomard......... g 6 

Dots Savigny..... g7 

C. — DOCUMENTS RELATIFS À LETELLIER DE SAINTEVÏLLE. 

Premier testament de M iîa Letellier.. ... . . g 8 

Deuxième — — gg 

Troisième — — 101 

Quatrième — — 102 

Cinquième — — ,.... io 3 

Réflexions sur les testaments précédents... . ... io 4 


D. — LETTRE DE REMERCIEMENTS DU DIRECTEUR DU MUSÉUM . 106